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Fret routier: une inquiétante course d'obstacles
(L'Essor 13/06/2002)

Le problème d'approvisionnement de notre économie en général et des entreprises en particulier constitue à l'heure actuelle une des principales entraves à la compétitivité du secteur privé malien.
En effet au sortir du Forum sur le partenariat État/Secteur privé, tenu récemment à Bamako, la question a été largement examinée et prise en compte dans le plan d'action issu des assises. Selon le président de l'Organisation patronale des industriels du Mali, Mamadou Moctar Bâh "le forum a été une bonne opportunité pour lancer un SOS par rapport à la question du réacheminement des marchandises vers notre pays".
Les causes des difficultés d'évacuation des matières premières vers le Mali ? Elles sont liées à plusieurs facteurs, mais soulignons d'abord qu'à l'heure actuelle 200 000 tonnes de marchandises en transit à destination du Mali et du Burkina Faso sont en souffrance au port d'Abidjan et quelques 400 conteneurs traînent au port de Dakar.
Pour le responsable des industriels et les représentants de la SDV Mamadou Abdoulaye Diop et Lamine Traoré respectivement directeur et chef du service maritime de la structure, les causes sont à rechercher dans l'insuffisance de moyens de transport, la lenteur dans la rotation des camions sur l'axe Abidjan-Bamako, les tracasseries administratives, la défaillance du chemin de fer, le mauvais état du réseau routier surtout sur le tronçon ivoirien.
En effet, le parc automobile du Mali est mal garni (lorsque l'on sait qu'au Ghana un seul transporteur peut détenir 200 camions ou en Côte d'Ivoire 100 camions) et vétuste. Par ailleurs, la crise du coton a entraîné une forte diminution du nombre de véhicules. A cela, il faut ajouter qu'après déchargement les camions en provenance d'Abidjan vont d'abord charger des balles de coton à la CMDT avant de retourner.
Il en résulte une longue rétention des automobiles devant les usines CMDT pour charger du coton et au niveau du port d'Abidjan pour décharger. Alors que les bateaux arrivent à tout moment et sont déchargés immédiatement. Souvent, une cinquantaine de camions peuvent se retrouver ensemble à Abidjan.
Une autre difficulté a trait aux tracasseries administratives qui font qu'au niveau du port les camions peuvent être maintenus 72 h après chargement.
L'autre gros problème qui freine la fluidité du trafic Bamako-Abidjan résulte des désagréments et des surcoûts provoqués par les nombreux postes de contrôle et les barrages spontanés existant sur le territoire ivoirien. Une mission effectuée récemment par le port autonome d'Abidjan a permis d'en dénombrer plus de 50 sur l'axe Abidjan-frontière Nord de la Côte d'Ivoire avec quelques fois des barrages spontanés sur tous les 10 kilomètres. Ce qui crée des surcoûts non officiels variant entre 150 000 et 300 000 F CFA alors que le bénéfice prévu pour ces chargements n'excède pas 300 000 F CFA.
L'insécurité permanente sur les axes routiers ralentit la rotation des véhicules et le mauvais état de la route sur l'axe ivoirien reste une source d'accident (situation qui s'aggrave pendant l'hivernage).
Quant à l'axe Dakar-Bamako, c'est à dire le chemin de fer, il est défaillant et ne parvient plus à satisfaire les clients en raison de la crise de wagons et de locomotives. Raison qui a d'ailleurs amené beaucoup d'opérateurs économiques à se rabattre sur l'axe Abidjan-Bamako.
Par ailleurs il importe aussi de souligner que de nombreux importateurs ne maîtrisent pas leurs stocks de sécurité, ne commandent pas à temps.
Les conséquences ? Elles se répercutent sur les chiffres d'affaires des opérateurs économiques, l'administration des douanes et sur les consommateurs. Par exemple, avec l'engorgement sur l'axe Abidjan dû à la défaillance du chemin de fer, les prix du transport ont augmenté et en conséquence ceux des marchandises.
Aussi, la tonne de ciment qui coûtait 89 000 F CFA en janvier dernier revient actuellement à 115 - 120 000 F CFA.
Les solutions ? Même si nos interlocuteurs reconnaissent unanimement que le Mali a fait des efforts réels en vue de la diminution des tracasseries administratives ils estiment que le secteur en question doit faire l'objet d'une réflexion très approfondie et doit être radicalement réorganisé. Il s'agit pour eux d'assurer une rotation normale et régulière des automobiles. Et pour ce faire des mesures efficaces, impliquant les autorités administratives elles-mêmes doivent être prises car à l'heure actuelle l'on sait que des camions peuvent séjourner pendant 20 jours à la Douane avant d'être déchargés.
Pour résoudre leurs problèmes, nos opérateurs économiques s'orientent de plus en plus vers le port de Lomé (qui a consenti des efforts importants afin d'attirer le trafic malien et qui offre un transit time très intéressant) et vers le port de Tema au Ghana, intéressant mais dont l'une des barrières demeure la langue.
L'ouverture des voies routières de la Guinée et du Sénégal, une meilleure organisation de la logistique par la CMDT, une meilleure rotation des camions par l'organisation d'un système de manutention pour les camions transportant des conteneurs sont autant de solutions au problème. L'ouverture du transport routier aux voisins dans le cadre de l'intégration ne faciliterait-elle pas aussi la résolution de l'épineux problème de transport des matières premières ?

Fatoumata MAIGA

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