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Le Mali n'est pas un pays pauvre
(L'Indépendant 29/05/2007)

Le Mali, un pays pauvrement géré avez-vous dit ? - Le Mali n'est pas un pays pauvre, il est plutôt pauvrement géré". En prononçant cette petite phrase pendant la campagne pour l'élection présidentielle du 29 avril, Ibrahim Boubacar Keïta, candidat malheureux du RPM, ne croyait pas si bien dire. La récente hausse du prix du lait en poudre n'est qu'une petite illustration de la mal gouvernance économique de notre pays.

En effet, comment comprendre que le pays qui dispose du cheptel le plus important de l'Afrique de l'Ouest - après le Nigeria qui soit dit en passant accueille les cheptels de transit des pays comme le Tchad - avec à la clé 7 millions de têtes de bovins et 22 millions d'ovins - caprins, continue d'importer du lait à coup de dizaines de milliards de F CFA ? Comment comprendre également que depuis l'Indépendance notre pays continue d'exporter le bétail sur pied avec tout ce que cela sous - entend comme manque à gagner en termes de valeur ajoutée ? Alors qu'au même moment des marchés solvables pour la viande fraîche pullulent à travers le monde notamment dans la sous - région.

En Tunisie, le kilogramme de viande coûte au bas mot 6 000 F CFA. Contrairement au discours officiel, rien n'est entrepris pour inverser cette fâcheuse tendance. Rien qu'au seul poste de contrôle de Kati sur la RN 3, on enregistre par jour une moyenne de cinq camions remorques contenant chacun 30 têtes de bovins en partance pour le Sénégal.

En période de pointe, le nombre de camions remorques peut atteindre 15 par jour. Les pauvres opérateurs économiques qui se livrent à un tel commerce confient que c'est en désespoir de cause qu'il le font, les autorités maliennes ne leur ayant offert aucune autre solution de rechange.

En effet, malgré le fait que cette activité est tout bénéfice pour l'économie du Sénégal, les agents véreux de ce pays les soumettent à toutes sortes de tracasseries administratives et autres paiements de droits sauvages. Les têtes importées par le Sénégal sont abattues et réexportées en partie sous forme de viande fraîche grâce à l'existence d'abattoirs frigorifiques modernes qui créent des centaines d'emplois. La seconde illustration de la mal gouvernance économique du Mali est fournie par la filière karité. Découvert au Mali, plus précisément dans la Région de Ségou, par l'explorateur écossais Mungo Park, notre pays dispose, pour la petite histoire, de la plus grande surface de répartition des pieds de karité dans le monde. Cette surface est sensiblement égale à la superficie du Burkina Faso. Paradoxalement le pays des hommes intègres arrivent à tirer un meilleur profit de la filière karité à cause de son volontarisme, son sens de l'organisation, son agressivité commerciale et son agressivité tout court.

De nos jours c'est monnaie courante de voir des " acheteurs " burkinabé investir les villages maliens pour acheter qui de la noix, qui du beurre de karité qu'ils vont reconditionner dans leur pays avant de le revendre à prix d'or aux européens et aux américains sous le label " made in Burkina ". Ce n'est un secret pour personne que le karité dont le beurre entre depuis quelques années dans la fabrication du chocolat - à la suite d'une décision de l'Union Européenne - est présentement un produit recherché sur le marché international. Les Américains qui aussi l'utilisent en cosmétiques et en pharmacie ne diront pas le contraire. Les Burkinabé ne sont pas les seuls à profiter de la manne du karité malien.

Plus d'une dizaine de camions remorques bourrés d'amendes de karité prennent chaque semaine le chemin du Sénégal. Les Sénégalais à l'instar des Burkinabé profitent à outrance de la manne du karité malien qu'ils valorisent à travers leurs unités industrielles avant de les réexporter vers l'Europe et les Etats-Unis.

Pendant ce temps, au Mali, berceau du karité, l'on se complait dans la production artisanale qui a un impact insignifiant sur l'économie nationale.

Cette situation imputable à l'incurie et à l'incompétence des cadres de la haute administration malienne est d'autant plus scandaleuse que l'AGOA - la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique - est une opportunité en or qu'ils ont été incapables de saisir.

Yaya SIDIBE

© Copyright L'Indépendant

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