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Aliment-bétail: La spéculation bat son plein
(L'Essor 23/05/2007)

Le sac de tourteau coûte en ce moment de 4000 à 7000 Fcfa à Bamako
Les commerçants exploitent au mieux pour eux le déficit occasionné par la baisse de production de la graine de coton et des exportations incontrôlées

Le tourteau, une substance destinée à l'alimentation du cheptel communément appelée dans le jargon des éleveurs "aliment-bétail" se fait actuellement rare sur le marché national. Depuis quelques mois, le produit fait l'objet d'une spéculation débridée. Les commerçants qui détiennent encore quelques stocks montent sans ciller les enchères.
Quand s'achèvera la spéculation sur le prix du sac d'aliment-bétail ? Difficile de répondre à cette question au regard de l'ampleur de la crise. "Il manque du tourteau sur le marché", confirme G.S. un commerçant d'aliment-bétail rencontré sur un marché de tourteaux. "La demande, constate-t-il, dépasse de loin l'offre actuellement et cette situation ne cesse de tirer les prix vers le haut".
Vendu entre 3500 et 3600 Fcfa en temps normal, le sac de tourteau coûte en ce moment de 4000 à 7000 Fcfa à Bamako. Dans certaines localités du pays, la même quantité peut être vendue jusqu'à 7500 Fcfa, assure le commerçant.
"Huicoma, la société productrice du tourteau n'a pas augmenté les prix à l'usine", relève G.S. qui impute la hausse des prix par la spéculation à laquelle se livrent des commerçants. "Il y a une pénurie artificiellement entretenue sur le marché à cause de la pléthore d'intermédiaires dans la distribution du produit", indique notre interlocuteur.

UNE SITUATION INSUPPORTABLE. "La situation est insupportable pour les éleveurs", confie Boubacar Diallo, un marchand de bétail croisé sur la route de Koulikoro. En effet, les éleveurs traversent actuellement une mauvaise passe à cause de cette pénurie. "Ils doivent nourrir leurs bêtes. Mais il ne savent pas comment le faire", explique notre interlocuteur de forte méchante humeur à l'évocation de la question.
Oumar Traoré est un éleveur. Il est venu au marché de bétail de Sabalibougou à la recherche d'aliment-bétail. "Depuis hier, je sillonne les marchés de la capitale à la recherche du précieux produit. Mais en vain", confie-t-il. "J'ai constaté que certains commerçants détaillants de tourteau se sont retirés du secteur qui est devenu moins rentable", indique Oumar Traoré.
Kalilou Diallo, un autre éleveur interrogé au cours de cette enquête, attribue la pénurie à un manque de matière première à la CMDT. "Il n'y a plus de graines de coton à la CMDT la société qui approvisionne Huicoma pour la fabrication du tourteau" explique notre interlocuteur qui croit savoir qu'une grande quantité des graines de coton de la dernière campagne a été exportée.
La CMDT dément cette information. Salif Traoré, conseiller spécial du PDG de la CMDT, indique que pendant longtemps Huicoma a été la seule usine qui achetait toute la production de graines de coton de la CMDT. Par la suite, des problèmes internes se sont posés à Huicoma tandis que la production de la CMDT augmentait. L'usine ne pouvait plus absorber toute la production graine de la CMDT pour en extraire de l'huile et fabriquer de l'aliment-bétail. La CMDT vendait alors le surplus de sa graine à de tierces personnes en dehors de Huicoma, notamment les producteurs, les éleveurs et même les exportateurs à travers des appels d'offre, explique Salif Traoré.
La promotion des petites et moyennes entreprises a suscité la création de nombreuses d'unités de production tels les pressoirs, qui produisent de l'huile de coton et transforment la pulpe restante en aliment bétail, a indiqué notre interlocuteur.
Le contexte changeait et l'époque des surplus était révolue. Pour la campagne 2006-2007, les besoins des différentes unités de transformation y compris Huicoma étaient ainsi estimés à 780.000 tonnes de graines. Cette demande était largement supérieure à la production graine de la CMDT qui s'élève à ... 200.000 tonnes pour la campagne écoulée. La baisse de la production de graines suit mécaniquement celle du coton qui a été de 415.000 tonnes sur une prévision de 500 à 600 000 tonnes, explique notre interlocuteur.

ET CELA CONTINUE. Réagissant à cette situation, la CMDT a décidé de vendre exclusivement sa graine marchande à des unités locales agréées et, dans ce cadre, de donner la priorité aux grosses entreprises. "Nous n'avons pas vendu de graines de coton à des commerçants. Nous avons vendu aux entreprises dûment agréées et qui sont sensées transformer sur place", se défend notre interlocuteur. "Nous n'avons pas vendu à des exportateurs. S'il y a exportation, les raisons doivent être cherchées ailleurs", indique Oumar Traoré.
La société Huicoma rejette, elle aussi, toute responsabilité dans une quelconque exportation de coton graine ou d'aliment bétail. "Nous sommes une entreprise de transformation et de commercialisation. Nous ne maîtrisons pas le réseau d'exportation de graine ou d'aliment bétail", indique Nouhoum Sidibé, le directeur commercial de la société. Les besoins en graines de coton exprimés par sa société auprès de la CMDT n'ont d'ailleurs pas été satisfaits, souligne-t-il. "Nous avons demandé 180 000 tonnes de graines mais nous n'avons obtenu jusqu'aujourd'hui que 90.000 tonnes de graines qui ont été transformées et mises sur la marché" assure Nouhoum Sidibé. Il confirme recevoir des demandes d'éleveurs qu'il ne peut satisfaire. Le directeur commercial de Huicoma assure aussi que le prix du sac à l'usine n'a pas changé et reste compris entre 3650 à 3660 Fcfa selon les zones de production.
Pourtant il y a bien eu des sorties du pays de graines de coton et même de tourteau, confirme le département de l'Élevage et de la Pêche. "Il y a eu des exportations de graines et d'aliment bétail et cela continue. Mais nous n'avons pas situé la responsabilité", confie Mohamed Kéïta, conseiller technique au ministère de l'Élevage et de la Pêche. La crise découle de cette hémorragie, assure-t-il en jugeant qu'"avec une production de 250.000 tonnes de graines de coton, on aurait pu éviter cette situation". Des tonnes de graines et de tourteau ont été exportés vers des pays voisins, confirme-t-il en précisant que dans la semaine du 5 au 11 avril par exemple, 140 tonnes d'aliment bétail ont été exportés. Le département de l'Élevage a saisi le ministère de l'Industrie et du Commerce pour arrêter la saignée, indique-t-il.
En attendant de voir clair dans ce mic-mac, le département de l'Élevage et de Pêche conseille aux éleveurs de recourir au fourrage pour faire face à la période de soudure. Heureusement qu'avec l'hivernage qui s'annonce, ce mauvais cap va bientôt être franchi. Non sans dégâts !

Be COULIBALY

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