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Marché des meubles: Sous la pression de la concurrence
guinéenne
(L'Essor 24/05/2007)
Les vendeurs des meubles importés de Guinée ont envahi
les abords des grands artères
Attirés par leurs prix nettement plus bas, de nombreux Bamakois
se tournent désormais vers les meubles importés de chez
notre voisin
Depuis quelques années, les ébénistes et menuisiers
bamakois ont de nouveaux concurrents.
Le constat est facile à faire en se promenant à travers
la capitale : les vendeurs des meubles importés de Guinée
ont envahi les abords des grands artères. De Hamdallaye à
Baco-Djicoroni en passant par l'Avenue Kwamé NKrumah, on les rencontre
un peu partout.
Bacar Dieng, Sénégalais d'origine, s'est installé
dans notre pays il y a bientôt 5 ans et a créé "Dieng
meubles" à l'ACI 2000. Beaucoup de ses collègues ne
comprennent pas pourquoi le jeune homme qui a fait fortune dans d'autres
activités s'est reconverti dans cette activité peu lucrative
de leur point de vue. Mais Dieng qui importe des meubles de Guinée
a commencé à faire son trou et possède aujourd'hui
des représentations à Koulikoro, Sanankoroba et bientôt
à Ségou. Le Sénégalais qui indique avoir travaillé
dans les casinos à Dakar et Abidjan entre 2000 et 2002, assure
que "c'est un choix personnel et réfléchi". Et
de poursuivre : "En me reconvertissant dans ce métier, je
savais que j'allais y gagner ma vie. C'est vrai qu'on arrive pas économiser
assez d'argent, mais au moins on parvient à nourrir sa famille".
Il admet que le commerce des meubles n'est pas facile et que le métier,
comme beaucoup d'autres, a ses contraintes. Ici, relève-t-il, la
courtoisie envers la clientèle doit être de rigueur. Le choix
des tissus pour les fauteuils, la qualité du bois et le talent
de négociation comptent beaucoup. Il faut aussi souvent faire avec
les intempéries, par exemple pendant la saison des pluies.
MÉVENTE : Selon le commerçant de meuble, le marché
a perdu en vigueur ces derniers mois. "Au début je faisais
le voyage au moins une fois par mois entre Bamako et Conakry. Maintenant
je passe près de 3 mois sans y aller. Par exemple, je suis arrivé
avec ce chargement que vous avez devant vous en décembre et nous
sommes en mars, je n'ai vendu que deux lits et demi". (Rire). Dans
le jargon des vendeurs de meubles, "le demi" désigne
le lit à une place. Dieng attribue cette mévente à
l'augmentation spectaculaire de l'offre par rapport à la demande.
"Nous n'étions qu'une poignée il y a environ 5 ans.
Maintenant nous sommes un peu partout en ville et notre nombre s'accroît
sans cesse", constate le commerçant dont le prix des meubles
oscille entre 10 000 et 175 000 Fcfa. Le lit d'une place coûte 10
000 Fcfa tandis que pour les "3 places", il faut compter de
55 000 à 60 000 Fcfa. Le prix du lit de deux places va de 25 000
à 35 000 Fcfa selon la qualité et le modèle. Les
armoires de 4 rangées sont proposés à 100 000 Fcfa
(à discuter). Un salon vous coûtera entre 150 000 et 175
000 Fcfa.
"Les prix sont vraiment abordables maintenant car nous savons que
les temps ne sont pas faciles", assure Dieng qui assure ne pas craindre
la concurrence. "Chacun a sa chance. Nous avons choisi de venir écouler
nos produits au Mali parce que nous nous considérons comme chez
nous ici. Nous n'avons pas de difficultés majeures. C'est vrai
que nous avons souvent quelques petits problèmes avec les populations
et les autorités municipales qui nous accusent d'occuper des espaces
sans autorisation. Les affaires se développent au Mali et le pays
est bon pour des gens qui se débrouillent comme nous", se
réjoui le commerçant.
Boureïma Bah un autre commerçant de meubles se présente
comme originaire du Fouta Djalon. Il s'est installé, il y a deux
ans, à Djicoroni Para non loin de l'École nationale des
postes et télécommunications. Bah est menuisier de profession.
Il possède un atelier à Conakry et s'occupe lui-même
de la vente de ses produits à Bamako. Il indique avoir appris le
métier de menuisier à Monrovia où il vivait avec
son père, un ébéniste. Il a regagné Conakry
après la reprise de la guerre civile au Liberia en 2001.
Le transport des meubles se fait par camion. Plusieurs commerçants
de meubles se mettent ensemble (à 4 ou 5) pour louer le poids lourd
qui transportera les meubles. Si la location revient de 50 000 et 65 000
Fcfa, propriétaires de la marchandise et camionneurs font ensemble
face aux frais de route et de carburant.
QUESTION DE QUALITÉ ? : "L'invasion" des meubles guinéens
ne menace-t-elle pas les menuisiers nationaux ? Boubacar Niaré
dit "Becken" installé à Hamdallaye répond
par la négative. "Partout où il y a des affaires, il
y a forcément de la concurrence. Personnellement j'ai pas peur
de la concurrence. Mieux, la concurrence me donne l'envie de mieux faire.
J'ai presque grandi dans ce métier que j'exerce depuis ma tendre
enfance. Je me suis forgé une identité et j'ai mes clients
fidèles", assure Niaré en refusant toutefois à
porter un jugement sur la qualité des meubles venus de la Guinée.
"C'est vrai qu'en toute honnêteté, je dois avouer que
j'apprécie certains modèles", ajoute "Becken"
en reconnaissant que les meubles guinéens sont moins chers. "C'est
ce qui nous pose problème car les gens aux revenus modestes préfèrent
toujours ce qui coûte moins cher, sans se soucier de la qualité".
Le prix du "salon complet" chez Niaré varie entre 250
000 et 350 000 Fcfa. Soit nettement plus que chez les Guinéens.
Aliou plus connu sous le nom de "Guinéen", balaie d'un
revers de main les accusations portées contre les Guinéens
de perturber le marché des meubles à Bamako. "Nous
ne sommes pas venus pour concurrencer nos frères Maliens. Nous
sommes là simplement pour écouler nos produits. Si vous
voyez que nous les vendons à bas prix c'est que nous avons nos
raisons pour le faire. C'est aussi la loi du marché. De toute façon,
nous ne vendons jamais à perte", assure le commerçant.
Et "Guinéen" de poursuivre : "nous aussi, nous connaissons
des moments de mévente. Des fois, on peut passer toute une semaine
sans rien vendre. Nous sommes à Bamako parce que beaucoup de Maliens
aiment nos produits".
Il faut dire que le commerce de meuble n'est pas le seul secteur d'activité
que les Guinéens ont investi. Ils sont aujourd'hui nombreux dans
la couture, même si en la matière, les Sénégalais
ont toujours la suprématie. Mais cela est une autre histoire.
S. BADIAGA
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