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La gangrène économique
(Les Echos 11/05/2007)

Les médicaments, l’habillement, les œuvres musicales, les cosmétiques, les véhicules, les pièces détachées, l’informatique… Rien n’échappe aujourd’hui au commerce déloyal marqué par l’importation frauduleuse et la contrefaçon. Une véritable gangrène pour l’économie malienne. Les pertes sont immenses pour le Trésor public et empêchent de vraies entreprises commerciales ou industrielles de s’installer.

Beaucoup de sociétés ont fait faillite à cause du commerce déloyal. La piraterie est par exemple la cause d’un manque à gagner de plusieurs milliards de F CFA par an pour l'économie du pays. Sans compter les préjudices socioéconomiques sur les artistes, les producteurs, les distributeurs…

Une série de mesures a été prise contre la piraterie des œuvres musicales. La volonté des pouvoirs publics de s'opposer à l'entrée en fraude des médicaments s’est aussi traduite par un décret de février 2002 créant la Commission nationale de lutte contre la vente illicite des médicaments.

Mais, ces phénomènes persistent toujours au profit d’une certaine impunité et d’une grande complicité entre les fraudeurs et certains agents de répression. Les trafiquants et les pirates, s’ils sont pris en flagrant délit, ne restent que quelques heures en garde-à-vue. Ils ne sont jamais jugés ou ne purgent jamais leur peine à cause de nombreuses complicités.

Aujourd'hui, les pirates sont considérés comme des voleurs, voire des criminels. Cela n’est évidemment pas suffisant s’ils ne répondent pas de leurs forfaits, de leurs crimes. La plupart des pirates condamnés paient une caution de 250 000 F CFA à 2,5 millions F CFA pour ne pas purger leurs peines. Les juges ne doivent plus cautionner ce type d'arrangement. Pour totalement éradiquer la piraterie, ils doivent faire preuve de plus de fermeté.

Il est évident que sans l'aide des tribunaux et des juges anti-corruptions, le combat contre la fraude et la contrefaçon sera vain. Les douaniers doivent aussi faire preuve de rigueur professionnelle et morale aux frontières du pays pour freiner l’importation frauduleuse des produits qui ne profitent non plus aux consommateurs car, même s’ils sont souvent vendus à vil prix, ils sont de très mauvaise qualité.

Arrêter les petits détaillants n'est pas s'attaquer à la source du problème. Il faut remonter les filières et surveiller les grands axes routiers transfrontaliers. L’Etat devra mettre fin au laxisme et à l’impunité qui sont aujourd’hui le terreau fertile du commerce déloyal. C’est la condition sine qua non du redécollage économique du Mali.

Moussa Bolly

© Copyright Les Echos

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