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Secteur minier : Les nationaux à la peine
(L'Essor 09/05/2007)

A côté des grandes sociétés industrielles, des opérateurs locaux tentent difficilement de creuser leur trou. L'or ne peut briller pour tous les Maliens que si les nationaux prennent une part active dans l'exploitation industrielle de nos mines. Mais le coût exorbitant des industries extractives, notamment aurifères, empêche les entrepreneurs maliens à d'investir dans ce créneau. C'est pourquoi depuis un certain temps les autorités ne cessent de multiplier les initiatives pour promouvoir l'industrialisation des petites mines.

Aliou Boubacar Diallo, le promoteur de l'usine aurifère Wassoulor-SA, est un des pionniers du secteur. Il aura vite compris que l’investissement privé dans l’or peut s'avérer un choix réaliste. Lors d'une visite en octobre dernier dans le village de Kodiéran, pour s'enquérir de l'état d'avancement de la construction de son usine, le ministre de l'Énergie et de l'Eau Ahmed Diane Séméga avait au nom du président Amadou Toumani Touré et du gouvernement salué l'initiative de cet économiste qui étrennait l'exploitation industrielle de l'or par un acteur national.

L'initiative du promoteur est d'autant plus inédite qu'elle constitue une première dans le secteur aurifère. Natif de la première région, il précise lui-même que sa démarche n'est pas qu'économique. Elle est aussi motivée par son désir de contribuer au développement et à la promotion du secteur minier dans un pays qui recèle d'immenses potentialités minières mais dont les fils peinent à trouver leur voie dans le créneau. Alors que l'abondance des réserves d'or, de diamant et de bauxite a occasionné l'afflux massif de capitaux étrangers notamment sud-africains, australiens, malaysiens vers notre pays.

DES MESURES INCITATIVES. La dynamique ainsi enclenchée s'est accompagnée par l'adoption de nouvelles dispositions visant à encourager l'investissement des capitaux dans l'économie nationale. L'État a institué plusieurs initiatives pour attirer plus d'investissements vers le secteur. Parmi celles-ci, l'on peut retenir, l'introduction des rapports de faisabilité et environnementaux à la place des études proprement dites qui coûtent excessivement cher aux investisseurs nationaux. À cela faut-il ajouter des avantages fiscaux douaniers", explique Mohamed Keita, conseiller aux affaires juridiques au ministère des Mines, de l'Énergie et de l'Eau.

L'État a également encouragé les investissements nationaux, en facilitant dès 1991 la création des petites mines. À la différence des grandes mines, explique Mohamed Keita, l'État ne participe pas aux capitaux de ces petites unités industrielles. L'objectif était de trouver, entre l'orpaillage traditionnel et les grosses sociétés minières, un créneau accessible aux opérateurs nationaux. Cette initiative est à l'origine de la création du projet de développement des ressources minérales (PDRM). Une dizaine de petites mines ont ainsi vu le jour. Il s'agit notamment de "Prospect Indarset" à Kidal, "Medinandi" et "Sanou Koun" à Kéniéba.

Malgré ces efforts promotionnels, le secteur minier peine à attirer les investisseurs nationaux. "A notre grande surprise, le projet s'est heurté au manque de moyens financiers des acteurs nationaux, mais aussi à une entrave d'ordre traditionnel et culturel", indique Keita. En effet dans les zones minières, l'on éprouve le sentiment de tourner le dos à une pratique (l'orpaillage) séculaire profondément ancrée dans les mentalités. Quant on sait que "l'investissement dans une mine est un gros risque l'on comprend pourquoi les investisseurs ne se bousculent pas au portillon. L'usine de Sadiola a coûté environ 300 millions de dollars (soit 150 milliards de Fcfa).

Pour ouvrir Loulo, RandGold a dû faire recours aux capitaux de AngloGold qui a pris le risque de l'accompagner. Loulo a été découvert depuis longtemps. Notre pays avait signé des accords avec un groupe français à travers le Bureau de recherche géologique minier (BRGM). Mais cette amitié "Syndicat Mali-BRGM" n'avait pas les moyens financiers nécessaires pour démarrer la mine. Il a fallu chercher un troisième partenaire. C'est ainsi que la société BHP est entrée en jeu après le retrait du BRGM. Le nouveau partenaire céda ensuite ses parts à RandGold qui bénéficia d'un appui de AngloGold", explique Mohamed Keita.

MANQUE DE CAPITAUX. A en croire notre interlocuteur, de nombreux opérateurs miniers nationaux n'ont pas les connaissances nécessaires pour lever les capitaux. Ils sont plutôt commerçants "qu'affairistes". Les systèmes internationaux, notamment les Bourses et autres institutions financières, paraissent complexes et procédurières à leurs yeux. Ils travaillent pour l'argent rapide et sûr. Ils comprennent mieux le mécanisme "achat-vente" que de mettre leur argent dans un secteur qu'ils ignorent. Par ailleurs les banques de la place rechignent à les accompagner faute de garanties, indique-t-on à la Banque malienne de développement (BDM-SA) et à la Banque malienne de solidarité (BMS). "Les investissements sont trop lourds à supporter pour peu de garanties financières et de résultats", confirme un banquier qui a requis l'anonymat. Selon lui "un permis d'exploration n'est qu'un droit administratif. Il n'est peut être considéré comme une liquidité. Il n'a que de valeur que lorsque la mine se révèle positive. Pour preuve, un permis pour un km2 a la même valeur qu'un permis pour 100 km2 soit 500.000 Fcfa".

A l'Union nationale des opérateurs miniers (Unomin) la timidité des investisseurs locaux s'explique par le manque de capitaux, mais aussi et surtout à un manque d'organisation. Les sociétés industrielles des pays développés ont opté pour la capitalisation de leur économie, explique-t-on. Cela se traduit par la création des Bourses qui soutiennent toute initiative économique. "Les investisseurs nationaux doivent eux aussi avoir leur propre capitalisation boursière", plaide Chiaka Diarassouba, le président de l'Unomin.

Les acteurs nationaux tentent actuellement des initiatives d'industrialisation. A cet effet, l'Unomin entretient, depuis bientôt deux ans, des relations de coopération avec le Central african mining & exploration company du Nigeria pour l'exploitation de la bauxite dans la région de Sikasso et dans les zones de Naréna à la frontière guinéenne. Cette coopération consiste à diversifier l'exploitation minière dans notre pays, indique-t-il.

La coopération entre l'Unomin et le Camec devra aboutir à la construction d'une véritable mine industrielle dans notre pays. Déjà les investissements atteignent environ 1 milliard de Fcfa. Sans compter la construction et l'équipement par la société d'une école à Sirakoro, souligne Chiaka Diarassouba. Mais en attendant l'orpaillage continue de faire son petit bonhomme de chemin. On répertorie aujourd'hui environ 300.000 orpailleurs répartis entre les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso.

L. DIARRA

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