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Coton malien - Le pari de la qualité
(Le Républicain 08/05/2006)

Produire peu, mais vendre mieux ! C’est le nouveau credo de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) qui exhorte les paysans à réduire leurs superficies et à davantage prendre soin de leurs récoltes. Cette recherche de la qualité, étendue aux transporteurs et égreneurs, commence à porter ses fruits.

"Pour la CMDT, il ne s’agit plus d’être le premier producteur sur le plan continental, mais de se positionner comme le meilleur en qualité sur le marché international", commente, dans son immense bureau, M. Ousmane Amion Guindo, PDG de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT). À environ un mois du bouclage, fin avril, de la campagne de commercialisation, le patron du coton malien exhibe fièrement ses contrats de vente. Malgré la déprime des cours de l’or blanc sur le marché international, plus de la moitié des 252 000 tonnes de fibres produites ont été vendues à un prix moyen de 665 Fcfa (un peu plus d’un euro) le kilo, plus que le cours moyen sur le marché international (653 Fcfa).

La CMDT empoche ainsi des recettes supplémentaires d’environ 1,5 milliard Fcfa (près de 2,2 millions d’euros). Fini donc le leadership de la production africaine du coton, détenu depuis la campagne 2004-2005, par le Burkina Faso, avec une production record de 650 000 t de coton graine ! "Nous avons mis l’accent sur la qualité de notre coton afin de le rendre plus compétitif et de mieux le vendre. Subventions ou pas, le bon coton se vend bien sur le marché", soutient M. Guindo, visiblement satisfait des résultats obtenus depuis deux campagnes. En 2005, première année d’application de la politique qualité, les grades supérieurs représentaient 60 % de la production totale et 65,3 % cette année. L’objectif est d’atteindre 75% avant fin 2008.

Précieux “grades de tête”.

Le Mali, premier producteur de coton en 2004, a changé de stratégie, en raison de la persistance de la chute des cours sur le marché international, liée en partie aux subventions américaines et européennes et à sa faible proportion alors (40 %) de coton de qualité supérieure, les fameux “grades de tête”. Lors de la campagne 2004-2005, le déficit d’exploitation de la compagnie atteignait 55 milliards de Fcfa (près de 84 millions d’euros). Sans sa recapitalisation l’année dernière, l’entreprise aurait mis la clef sous la porte.

Pour parvenir à cet objectif qualité, la nouvelle direction de la CMDT ne néglige aucun maillon de la filière : du champ au port d’embarquement. "Le marché mondial du coton est de plus en plus concurrentiel. Nos clients expriment davantage leurs besoins et leurs nouvelles exigences. Leur satisfaction demeure notre priorité", dit Mme Nanténè Coulibaly, chef du Service qualité de la Compagnie. Elle rappelle que la qualité de la fibre produite par les usines dépend à 90% du paysan. Les meilleures exploitations sont récompensées avec des intrants, du matériel agricole et des ristournes qui s'ajoutent au bonus de prix entre le coton graine de premier choix et le bas de gamme. Le premier choix est acheté aux producteurs à 160 Fcfa le kg contre 135 Fcfa le deuxième et 125 le troisième. Le coton est classé suivant sa propreté, sa blancheur, sa brillance et son élasticité. "Le bon coton est propre, sans feuilles mortes, débris de végétaux, paille, fibres plastiques et poussières. Sa couleur n’est ternie par aucune salissure", rappelle Mme Coulibaly. Par ailleurs, pour éviter les impuretés, la cretonne, toile de coton a remplacé les anciens sacs en fibre plastique.

Les paysans adhèrent.

Depuis la mise en œuvre de la politique qualité, le rendement moyen est passé de 1 080 à 1 091 kg de coton graine à l’hectare et la CMDT vise 1 142 kg en 2007. Pour Siaka Dembelé, cultivateur de coton de la région de Sikasso, dans le sud du pays, mieux vaut cultiver une petite surface et obtenir un bon rendement que de disperser ses efforts. Il se souvient que, les années passées, c’était à qui ensemençait la plus grande surface. Siaka n’a cultivé que 4 ha cette année contre le double les années précédentes. Cela lui a permis de mieux entretenir son champ et de ne produire ainsi que du coton de premier choix. Un changement d'habitude qui semble avoir du mal à s'enraciner chez les paysans même si, actuellement, personne, y compris la CMDT, n'est capable de chiffrer avec précision la proportion de paysans qui n’appliquent pas les consignes de réduction.

Le coton récolté, il faut le transporter. Les camionneurs sont désormais tenus de présenter des véhicules propres avec bâches pour protéger la fibre, au risque de se faire écarter du circuit. Le Service qualité veille à la bonne exécution des consignes.

Cette quête de qualité a également permis à la société cotonnière d’adapter sa production à ses capacités d’égrenage. En 2004, la production avait atteint le record de 620 000 t de coton graine dépassant la capacité des 17 usines d’égrenage qui était de 575 000 t. Malgré les efforts, une partie du coton était restée sur les bras des paysans et avait été battue par la pluie. Cette année, la CMDT estime pouvoir égrener avant mai les 600 100 t produites. Il en va de la désormais sacro-sainte qualité du coton malien.

Fousséni Traoré

© Copyright Le Républicain

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