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Marché du blé : la tendance baissière
(L’Essor 30/04/2008)

Pour certaines, la composition doit être revue pour adapter le nouveau produit au goût des consommateurs
Elle s'appuie sur une augmentation de la production par rapport à l’année dernière
Dans sa chronique des matières premières du lundi dernier, la journaliste de RFI, Dominique Baillard annonçait qu'au niveau mondial, la moisson du blé, cette année, semble être prometteuse à peu près chez tous les grands producteurs. C'est une bonne nouvelle pour nos pays pauvres où ces derniers temps on assiste à des manifestations violentes parfois suivies de morts d'hommes. "Le Conseil international des céréales s’attend à une augmentation de la production de 45 millions de tonnes par rapport à l’année dernière, représentant presque la moitié des volumes échangés à travers le monde", a précisé notre consoeur.
Selon elle, les prévisions, publiées le 25 avril dernier, ont confirmé le sentiment baissier sensible, depuis un mois, sur les principaux marchés. A Chicago, les cours ont dégringolé de 35% depuis la fin mars. Un repli très net à Paris également, la tonne livrable en mai 2008 ne vaut plus que 200 euros, environ 131 000 Fcfa, contre 295 euros, environ 193 225 Fcfa, il y a à peine deux mois.

Réserves stratégiques. Les cours restent toutefois bien au dessus des niveaux de 2007 à la même époque. Toutefois, la météo, capricieuse par nature, n’a pas dit son dernier mot, a-t-elle averti. Autre facteur à suivre avec attention : l’attitude des États dans la gestion de leurs stocks. Craignant des désordres politiques, certains ont constitué des réserves stratégiques dont l’ampleur est souvent méconnue. La Chine est le cas le plus exemplaire. Ses réserves représenteraient 30 à 40% de sa production de céréales.
Touchés de plein fouet par la flambée des produits agricoles, plusieurs pays ont annoncé leur intention de constituer des stocks de sécurité, notamment le Pakistan et le Bangladesh. Mais c'est surtout l'attitude de l'Inde que les opérateurs guettent avec intérêt. Depuis deux ans, ce pays importe massivement pour reconstituer ses réserves, nul ne sait -pour l'instant- si la bonne récolte attendue permettra de remplir les silos sans passer par le marché mondial. En face, les exportateurs soucieux de préserver des prix modérés chez eux ont eu tendance à fermer les vannes. L’Argentine, la Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine ont limité, à des degrés divers, leurs exportations. C'est d'ailleurs le retour des blés de la mer noire annoncé par Kiev, la semaine dernière, qui a contribué à faire baisser les cours. Il faut rapidement vider les silos pour stocker le blé qui sera récolté en abondance dans les prochains mois, sinon une partie de la moisson 2008 pourrait bien pourrir sans jamais être vendue.
En attendant que la détente se concrétise sur les prix du pain chez nos boulangers, le gouvernement et ses partenaires du cadre de concertation des acteurs de la filière ont déjà initié une nouvelle recette de fabrication de pain visant à maintenir les prix à 250 Fcfa pour le gros pain et 125 Fcfa pour le petit pain. La nouvelle recette, ont expliqué les techniciens de la Direction nationale de l'industrie, est une combinaison à base de la farine du blé pour 65% plus la farine de céréales locales pour 35% (mil 12%, maïs 12,5% et sorgho 10%). L'initiative vise d'une part à soulager la souffrance des consommateurs, d'autre part à valoriser la production nationale. Son lancement a eu lieu en janvier dernier. C'était au cours d'une conférence de presse.
D'ores et déjà, les premiers échantillons de cette farine mixée ont été fournis aux boulangeries choisies pour conduire l'opération, en phase d'essai. C'est ce qui ressort de la note technique de la Direction nationale de l'industrie (DNI) déposée à notre rédaction la semaine dernière. Les Grands moulins du Mali (GMM) ont produit 10 tonnes de farines mixées pour un coût global de 3,9 millions de Fcfa. Les GMM, qui disposaient déjà de la farine de blé, ont reçu de l'Unité de conditionnement des denrées alimentaires (UCODAL) de la farine des céréales pour la fabrication du nouveau produit.
Les 7 boulangeries identifiées ont reçu chacune 500 kg de farines mixées, soit 3,5 tonnes de farines au total, livrées à ce jour. Le reliquat des 6,5 tonnes se trouve au niveau des magasins des GMM. La fabrication de ce nouveau type de pain a commencé et l'équipe de suivi est à pied d'oeuvre pour vérifier si tout se passe comme prévu. Elle a procédé à des visites d'inspections dans les différentes boulangeries concernées pour recueillir leur point de vue sur l'opération, les observations, les remarques et suggestions et les recommandations.

Formation des boulangers. Les avis, ainsi recueillis à l'issue de cette enquête, sont divergeants d'une boulangerie à une autre. Pour certaines, la composition doit être revue pour adapter le nouveau produit au goût des consommateurs. Aussi, ont-elles proposé de nouveaux procédés de fabrication de cette farine mixée. Pour d'autres, une formation s'avère nécessaire pour maîtriser les bonnes pratiques d'hygiène et des bonnes pratiques de fabrication du nouveau type de pain. Les boulangers ont évoqué l'équipement de leur unité en matériels adéquats, telle que la batteuse, pour offrir du pain de qualité à partir de la farine mixée.
Au regard de ces difficultés, il est impérieux de remédier rapidement aux insuffisances constatées, notamment la formation des personnels des boulangeries retenues. Des correspondances ont été adressées dans ce sens à l'Agence nationale de la promotion de l'emploi (ANPE) et au FAFPA demandant leur soutien. Et les enregistrements des candidatures pour la formation sont presque terminés. Il reste à mobiliser les ressources pour assurer le suivi, l'encadrement et la fourniture de stocks aux boulangeries retenues. Le coût global est estimé à plus de 37,7 millions de Fcfa.
Par ailleurs, au Mali, des efforts sont en cours au niveau du ministère de l'Agriculture pour promouvoir la culture du blé partout où c'est possible grâce à un partenariat public-privé. Et la Compagnie malienne pour le développement de la culture du blé (CMDB) qui attend une production record cette année est fortement engagée dans ce processus. C'est dire que si tout se passe comme prévu, les consommateurs maliens pourront pousser, cette année, un ouf de soulagement.

A. O. DIALLO

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