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La CMDT vers la fermeture
(Le Républicain 10/04/2008)

Faute d’avoir des intrants agricoles, la Compagnie Malienne pour le développement des Textiles pourrait fermer boutique. C’est l’hypothèse la plus crédible envisagée à l’heure actuelle, où le défaut d’avoir un fournisseur “moins disant” a compromis la campagne agricole prochaine. Un coup dur dont le géant du coton malien ne se relèvera certainement jamais.

“ La campagne agricole est compromise, nous risquons de ne pas produire de coton cette année à cause du manque d’engrais”, s’inquiète un paysan qui redoute d’être surpris par l’hivernage avant d’avoir son stock d’intrants. La situation est critique. La Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT) est-elle aujourd’hui à l’article de la mort ? Tout porte à le croire. Jadis fleuron de l’économie malienne, le géant du coton malien s’achemine lentement mais inexorablement vers sa chute. Comment ?

Un concours de circonstances provoquées par des décisions politiques fantaisistes risque de sonner le glas de la production cotonnière au Mali. La volonté du président de la République, Amadou Toumani Touré, de confier l’approvisionnement en intrants agricoles (engrais, insecticides) aux producteurs sous la pression de Bakary Togola, le tout puissant président de l’Assemblée permanente des chambres d’agricultures (APCAM), reste le péché originel.

Car cette mission qui était gérée par la CMDT et ses techniciens s’est avéré trop grosse pour des paysans sans préparation aucune. A la date d’aujourd’hui, le marché des intrants agricoles n’a pas encore été attribué à aucun fournisseur. En année normale, l’appel d’offres est lancé au mois d’août, le marché est attribué en septembre et des fournisseurs livraient les intrants agricoles en octobre. Le respect rigoureux de ce chronogramme permettrait à la CMDT d’acheminer les engrais et pesticides dans les champs avant le début des pluies en mai.

“Même si les intrants agricoles étaient fournis à la CMDT aujourd’hui, le temps matériel ne nous permet plus de les acheminer totalement au niveau des paysans”, soutient un cadre de la société cotonnière. Selon lui, la compagnie doit maintenant utiliser les transports spéciaux qui vont renchérir les coûts sans pour autant permettre l’acheminement total des intrants.

Comment en est-on arrivé là ?

L’union des producteurs à qui le président de la République a confié la gestion des intrants sous la houlette de Bakary Togola avait effectivement lancé un appel d’offres le 25 septembre dernier. Mais vu l’impréparation des producteurs pour la gestion du dossier, l’Etat a été obligé de créer une commission interministérielle le 27 septembre comprenant les paysans, les cadres de la CMDT, les techniciens des ministères de l’agriculture et des Finances et les banques. Mais lors du dépouillement des appels d’offres le 19 novembre, les prix proposés par les fournisseurs étaient hors de portée des paysans. Et depuis, les réunions de la commission interministérielle se succèdent et se ressemblent sans pour autant mettre tout le monde d’accord.

La campagne agricole commence au mois de mai. Sans intrants agricoles, les paysans ne pourront pas cultiver le coton. Le rêve de la CMDT - qui espérait sur une production de 500 000 tonnes coton graine - sera brisé au moment où les cours de l’or blanc font une remontée spectaculaire.

“Compte tenu du retard, il y a de fortes risques qu’on n’aura pas d’intrants. Sans intrants il n’y aura pas de coton et sans coton la CMDT va mourir de sa belle mort”, résume la situation critique avec une dose d’amertume Zakariyaou Diawara, le secrétaire général du syndicat de la filière coton.

C’est alors 1 645 travailleurs permanents et 2 393 saisonniers de la CMDT qui seront jetés dans la rue.

Mais c’est aussi une population de près de 4 millions de Maliens (producteurs, transporteurs, banquiers, ouvriers…) qui vivent directement ou indirectement du coton qui connaîtront des difficultés. Avec plus de 56% de la production du Mali en céréales sèches (mil, maïs, sorgho), soit 1 461 962 tonnes en 2006-2007, la CMDT assure une part importante dans l’autosuffisance alimentaire qui sera aussi compromise.

Au delà des problèmes d’approvisionnement en intrants, la CMDT traverse actuellement une crise de trésorerie sans précédent. Elle ne serait même plus en mesure d’acheter les pièces de rechange pour faire fonctionner ses usines et son parc auto. D’ailleurs des usines seraient arrêtées par manque de carburant, compromettant la fin de la campagne où il reste 500 tonnes de coton à egrener.

“Tout se passe comme si on veut laisser la CMDT mourir à petit feu et la vendre au franc symbolique”, fulmine Zakariyaou Diawara. Une manière pour l’Etat d’obtenir la privatisation de manière souple. Ce sera une triste fin pour une société qui distribuait par an 110 milliards de francs CFA au monde rural, 30 milliards à divers prestataires, 12 milliards aux transporteurs, 11 milliards aux banques, 10 milliards au trésor public et assurait 30 à 40% des recettes d’exportation du pays.

F. Traoré

© Copyright Le Républicain

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