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Corridor Bamako-Abidjan : le commerce florissant des
agrumes et des tubercules
(L'Essor 02/04/2008)
L'année dernière, notre pays a importé plus de 25.000
tonnes de ces produits
Sil y a un business qui excelle aujourdhui entre notre pays
et la Côte dIvoire, cest bien le commerce des agrumes
et autres tubercules. Cela est perceptible sur le long du tronçon.
Les villages riverains sont inondés d'ignames, de bananes plantains,
d'attiékè, d'avocats et autres agrumes. Les vendeuses ont
le sourire et font de bonnes affaires.
Les statistiques de la direction régionale des douanes de Sikasso
montrent combien les agrumes ivoiriens très sollicités dans
notre pays. Parmi les produits en provenance de la Côte dIvoire,
les agrumes et les tubercules figurent en bonne partie. En 2007, plus
de 25.000 tonnes d'ignames, de patates, d'ananas, d'avocats, de bananes
plantains, de pomme de terre, de noix de coco ont été importés
par notre pays. Sur ces produits, la douane a perçu plus de 1 milliard
de Fcfa de taxes. Des régions ivoiriennes jusquà la
vente sur le marché, le parcours des agrumes est long.
Amadou Traoré est un importateur dagrumes de la Côte
dIvoire depuis 12 ans. Il a fait de ce commerce son affaire et maîtrise
bien le circuit de production et de commerce. Selon lui, ligname
est produite dans les régions de la vallée de Bandama. Pour
le commerçant, la production digname na pas beaucoup
souffert de la guerre. Les récoltes sont échelonnées
dans l'année et le produit se conserve relativement bien. Le manioc
est lessentiel de la production réalisée au Sud et
à lOuest du pays (régions des Lagunes, vallée
du Bandama, Sassandra et montagnes). Quant à la banane plantain,
elle est produite dans la vallée du Bandama, le Sud Bandama, les
Lagunes, la Comoé et Sassandra.
Pas de crédit. «Pour faire ce commerce, il faut disposer
de largent liquide», explique limportateur. Les producteurs
ne donnent jamais de crédit. Au contraire, parfois on paye le paysan
davance. «Par exemple, pour une camionnette dune à
5 tonnes, il faut verser au producteur la somme de 250.000 Fcfa. On peut
aller jusquà 2.000.000 Fcfa, si on utilise une remorque de
40 tonnes. En ce qui concerne le transport, le tarif varie non seulement
en fonction de la distance, mais également en fonction de la situation
géographique du lieu dapprovisionnement, du tonnage du véhicule
et surtout de la période de lannée. Pour ligname,
on utilise presque toujours des camions de 5 à 10 tonnes. Le transport
est devenu beaucoup plus cher après la crise.
Selon Amadou Traoré, en plus des taxes douanières, la présence
des Forces nouvelles le long du trajet favorise diverses tracasseries.
«Le nombre élevé de barrages et de contrôles
routiers abusifs accroît le montant des taxes officieuses à
débourser aux arrêts, et ralentit aussi le délai de
livraison des marchandises, augmente les pertes lorsque les agents de
la douane, de la police ou de la gendarmerie ordonnent le déchargement
total pour la vérification. Les coûts ne sont donc pas fixés
davance», ajoute l'opérateur économique.
Alimata Sanogo, commerçante de banane plantain et digname
au marché de Sikasso, explique qu'elle se ravitaille à Bouaké.
"Ce commerce est très rentable, seulement les tracasseries
routières entre Bouaké à la frontière malienne,
sont devenues un véritable casse-tête. Nous dépensons
environ 150.000 Fcfa comme frais de route, pour environ 10 tonnes de banane
plantain que nous transportons. Les barrages policiers nous prennent près
de 70.000 Fcfa», explique-t-elle.
Cette situation joue sur la vente des marchandises dans notre pays. «Ici,
on vend le paquet de bananes à 25.000 Fcfa. Et, même si ce
prix a nettement diminué par rapport au temps de la pénurie»,
argumente Alimata en faisant remarquer que la banane plantain par exemple
est un produit périssable.
Production locale. Commerçante d'igname à Bougouni, Mariam
Traoré fait le même constat et transporte ses tubercules
de Sikasso à Bougouni. «Pour la distance SikassoBougouni,
je dépense 180.000 Fcfa aux barrages», explique-t-il. Cela,
sans compter le transport qui lui revient à 100.000 Fcfa. «Je
dépense pour souvent 20 tonnes d'ignames, qui me reviennent à
3 millions de Fcfa", note Mariam Traoré. Elle est obligée
de répercuter ses coûts sur la vente en détail de
l'igname. Contrairement à bon nombre de commerçants, Mariam
est à la fois grossiste et détaillant. Il ne supporte donc
pas le racket à l'intérieur.
Oumou Diakité, vendeuse de banane plantain, s'approvisionne au
marché de Sikasso. Elle achète le «paquet à
40.000 Fcfa». Pour acheminer la marchandise jusqu'au marché
de Bougouni, elle dépense en moyenne 4.000 Fcfa, comme frais de
route. «Au lieu de 5000 Fcfa, les chauffeurs me prennent 1500 Fcfa,
de plus car le carburant est cher», indique-t-elle. Ces 4.000 Fcfa,
elle les rattrape d'une manière ou d'une autre dans la vente de
son aloco (banane frite).
Quant à lattiéké, depuis la crise, son importation
vers notre pays a beaucoup diminué. Nos ressortissants qui ont
quitté la Côte dIvoire pendant la crise se sont massivement
lancés dans la production locale. Certaines même ont créé
des petites entreprises de production dattiékè. Assan
Diarra est installé à Sikasso depuis son arrivée
de la Côte dIvoire pendant la crise. Elle a installé
son entreprise dans le quartier de Wayerma et emploie une quarantaine
de femmes. Tièkè Assan, c'est ainsi qu'on l'appelle est
devenue le fournisseur principal des vendeuses dattièkè
à travers notre pays. Son produit connaît un franc succès.
Comme Assan, elles sont des centaines de femmes à sinvestir
dans la fabrication dattièkè.
Doussou DJIRÉ
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