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Koutiala : la capitale des huileries
(L'Essor 11/04/2007)
Une quarantaine d'unités sont implantées dans cette ville.
La plupart se caractérisent par labsence déquipements
de raffinage, de main-d'oeuvre qualifiée
L'industrialisation de la ville de Koutiala pose problème. La
question était d'ailleurs à l'ordre du jour des questions
orales de lAssemblée nationale en novembre 2006. Suite à
cette interpellation relative aux unités industrielles installées
à Koutiala et à leur impact sur lenvironnement, une
mission technique a été dépêchée dans
la localité. Cette mission a fait le point de la situation des
entreprises. Ainsi, la ville de Koutiala est confrontée à
trois grands problèmes en rapport avec son industrialisation :
linstallation anarchique des unités industrielles dans les
zones dhabitation, la pollution du milieu, la mise sur le marché
lhuile neutre de coton non raffinée produites par les petites
unités donc impropres à la consommation.
La mission a visité au total 10 unités industrielles et
passé en revue les chaînes technologiques, les matières
premières utilisées, les déchets de production, les
installations de traitement des déchets industriels là où
elles existent.
Sources de pollution diverses. Ainsi par exemple, Huicoma, dont la vocation
est la production dhuile neutre et d'aliment bétail utilise
les graines de coton comme matière première. Lhuile
obtenue est transportée à Koulikoro pour raffinage. Les
sources de pollution et de nuisance de lusine sont diverses. Par
ailleurs, les effluents liquides résultant du lavage de lhuile
neutre qui constituent par ailleurs lessentiel des déchets
qui sont traités en partie au niveau de la station dépuration
des eaux usées avant dêtre rejetés dans le marigot
Farako.
Les eaux de nettoyage de la chaudière et de la centrale thermique
ainsi que celles non traitées du lavage sont déversées
directement dans le marigot Farako. Lhuile
acide contenue dans les eaux usées est utilisée par les
femmes pour la fabrication du savon artisanal. Avant sa privatisation,
Huicoma avait fait lobjet dun audit environnemental qui avait
recommandé la plantation darbres autour de lentreprise
afin de constituer une ceinture verte, la mise à niveau de la hauteur
des murs de clôture, le pavage des aires de stockage des graines
de coton, la canalisation des eaux usées issues des aires de stockage
de la matière première ; la neutralisation complète
des eaux usées avant leur rejet dans le marigot, le revêtement
des graines à laide de bâche pour réduire la
prolifération des insectes. Seuls le pavage, le reboisement, la
mise à niveau du mûr de clôture ont été
réalisés de nos jours.
Linstallation des unités industrielles dans les zones dhabitation
contribue également à intensifier lampleur du phénomène
de la pollution et des nuisances. Cette installation anarchique dans les
zones dhabitation est liée à labsence de zone
industrielle mobilisée. La qualité des huiles, quant à
elle, est influencée par létat de la chaîne
technologique qui se caractérise dans les petites huileries par
labsence déquipement de raffinage, de main-d'oeuvre
qualifiée et de bonnes pratiques de fabrication dans les unités.
Il convient de souligner aussi que parmi les huileries implantées
à Koutiala (une quarantaine), seules deux unités ont reçu
lautorisation de la mairie pour sinstaller. La mairie de son
côté déplore la faiblesse de ses moyens ainsi que
les exonérations accordées à Huicoma dans le cadre
de la privatisation de l'unité notamment sur la patente. Ces exonérations
représentent un manque à gagner denviron 40 millions
de Fcfa par an.
Quant à la zone industrielle de Koutiala, elle a été
entièrement morcelée et les parcelles attribuées
aux tiers comme terrains à usage dhabitation. Cette absence
de terrains à usage industriel explique en partie linstallation
anarchique des huileries dans les zones dhabitation.
Le schéma technologique en place dans lusine SMO/FAMAB-SA
créée en 2002 (dont la capacité installée
est de 20.000 litres d'huile brute/jour et 14.000 litres huile raffinée/jour)
est presque le même que celui de Huicoma dont il se différencie
par la présence dune étape de raffinage.
Sur les sept huileries semi-industrielles visitées, cinq sont installées
en zone dhabitation, une en zone industrielle et une dans la zone
des garages. Hormis lhuilerie Diena en cours
de réalisation aucune des huileries ne dispose déquipements
de raffinage de lhuile. Pour six d'entre elles, la chaîne
technologique sarrête à la production dhuile
neutre de coton. Une par contre ne produit que de lhuile brute.
Les équipements utilisés sont constitués essentiellement
de petites presses de 2-3 tonnes graine/jour. La qualité d'huile
produite est lhuile neutre de coton non raffinée. Les sources
de pollution et de nuisance identifiées dans ces unités
sont : les odeurs, les fumées et poussières, les eaux usées
de lavage de lhuile neutre.
Les petits producteurs dhuile regroupés au sein dune
coopérative dénommée Coopérative des
pressoirs daliment bétail (CPAB) sont à la recherche
dun espace pour lexercice de leurs activités depuis
février 2006.
Rattrapées par le lotissement. Au niveau de la CMDT à Koutiala,
les trois usines visitées ont une capacité totale de traitement
de 400 tonnes coton graine/jour. Elles ont pour vocation légrenage
du coton et la commercialisation de la fibre et des graines. Le lotissement
a rattrapé le site de ces usines qui se trouvent aujourdhui
au centre ville de Koutiala. Les sources de pollution relevées
dans ces lieux sont les déchets invisibles (linter), les poussières
issues du nettoyage de la matière première les huiles de
vidange de la centrale thermique. Pour éviter la pollution des
quartiers voisins, la CMDT a acheté une parcelle de terrain de
30 ha hors de la ville en vue de délocaliser ses unités.
En attendant cette délocalisation, la compagnie a entrepris une
série de mesures visant à atténuer les problèmes.
La mission a recommandé en ce qui concerne les usines CMDT, linstallion
de cyclones là où il nen existe pas pour réduire
les émissions de poussière dans latmosphère,
le réajustement de la hauteur des cheminées des cages de
poussière, etc. S'agissant de Huicoma, elle a proposé la
mise à niveau de la station de traitement des eaux usées
dont la capacité installée savère insuffisante.
Pour ce qui est des petites huileries, il s'agit de leur affecter un espace
pour lexercice de leurs activités, de leur apporter des appuis
spécifiques pour la mise à niveau d'équipement et
un meilleur accès aux financements. Il s'agit aussi de promouvoir
dans ces usines, la mise en uvre des bonnes pratiques de fabrication
des huiles, de renforcer leur surveillance et la gestion de lenvironnement,
de les inciter à se regrouper sur un même espace afin de
réaliser des équipements collectifs : une station de traitement
des eaux usées et une raffinerie.
Les techniciens ont en outre proposé l'installation à Koutiala
d'un laboratoire de contrôle de qualité des denrées
alimentaires, la délocalisation des unités situées
dans les zones dhabitations, la recherche dun terrain à
usage industriel ainsi que l'exigence avant loctroi de lagrément
ou de lautorisation, de documents attestant la disponibilité
dun terrain dans une zone industrielle.
F. MAIGA
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