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Coton : une question de vie ou de mort pour la filière
(L'Essor 25/04/2005)

Le Mali, parallèlement aux négociations commerciales à l'OMC, va mettre un accent particulier sur la transformation du coton

La 9è session de l'Assemblée parlementaire paritaire UE-ACP a donné l'occasion au ministre de l'Agriculture; Seydou Traoré; et à son homologue de l'Industrie et du Commerce; Choguel K. Maïga, d'animer mercredi après-midi au Palais des Congrès un atelier sur l'évolution des négociations sur le coton à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et sur le rôle de cette filière dans l'économie nationale.
Pour sauvegarder la compétitivité de notre fibre dans un contexte international difficile, a indiqué le ministre de l'Agriculture, le Mali a élaboré un cadre national stratégique pour le développement du secteur cotonnier. De nouveaux investissements de 181,5 milliards de Fcfa se sont avérés nécessaires pour améliorer la productivité des exploitations cotonnières, la qualité de la fibre, introduire des outils modernes de classement du coton et appuyer la recherche sur la filière.

Un manque à gagner de 400 milliards de Fcfa. Les pouvoirs publics envisagent aussi de renforcer les capacités des producteurs, de restructurer le monde rural, de créer un marché électronique du coton au Mali ainsi qu'une bourse sous-régionale du coton dont le financement sera en partie assuré par l'UEMOA.
Les difficultés des expériences sous-régionales de privatisation du secteur et la nécessité d'une plus grande implication des organisations paysannes dans la gestion de la filière coton ont incité le gouvernement à un surcroit de prudence dans la conduite du processus de reforme. En préalable au lancement du processus de privatisation de la CMDT en 2008, sont ainsi prévues la définition de cadres organisationnel et réglementaire dans lesquels opèrent les acteurs de la filière, la mise en place de la bourse du coton et de structures chargées de l'exécution des fonctions réglementées tels que le classement du coton graine et de la fibre, la politique semencière, la recherche coton etc.… L'État va ouvrir le capital de la CMDT aux producteurs et achever le processus de restructuration des organisations paysannes etc.
Au cours des cinq dernières années, a relevé le ministre de l'Industrie et du Commerce, le Mali à lui seul a accusé un manque à gagner d'environ 400 milliards de Fcfa. L'ampleur de ce déficit atteste de l'urgence des mesures à prendre pour éviter que nos producteurs soient éjectés du marché mondial au profit de cotonculteurs peu compétitifs mais fortement subventionnés. Pour empêcher aussi nos filières cotonnières de sombrer et d'occasionner des problèmes économiques, sociaux et politiques incalculables pour nos pays qui figurent parmi les plus pauvres de la planète.
C'est pourquoi, a rappelé Choguel K. Maïga, en mars 2003, le Brésil, grand pays en développement producteur de coton, a porté plainte contre les États-Unis à l'OMC pour délit de dumping commercial. Du 30 avril au 2 mai suivants, les ministres du commerce du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad se sont réunis à Ouagadougou et ont décidé de dénoncer les subventions accordées par des pays développés à leurs producteurs de coton et de faire une soumission commune auprès de l'OMC sur une initiative sectorielle en faveur du coton. L'initiative sectorielle a été inscrite à l'ordre du jour de la conférence ministérielle de l'OMC à Cancun.

Une feuille de route. Les ministres des quatre pays coauteurs de l'initiative, y ont réaffirmé leur choix stratégique de privilégier le dialogue et la négociation multilatérale comme moyens les plus efficaces, à leurs yeux, de régler les distorsions du commerce mondial. Ils ont cependant exigé des résultats conformes au mandat du sous-comité de l'OMC mis en place le 19 novembre 2004 pour discuter de la question du coton de manière "ambitieuse, rapide et spécifique" dans les discutions agricoles. Les 4 pays veulent une solution rapide à la crise et demandent qu'un délai soit fixé pour réduire puis supprimer totalement les subventions. Ils militent aussi pour la création d'urgence d'un fonds de sauvetage en faveur des producteurs cotonniers afin d'éviter la disparition du secteur.
Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad ont aussi décidé de la mise en application d'une feuille de route fixant actions et propositions concrètes pour un régime légal à l'OMC afin d'aboutir à un marché équitable et libre de toute influence étatique et de mesures de distorsion.
A cet effet, a annoncé le ministre Maïga, les pays africains producteurs de coton prévoient d'adopter une "approximation" des résultats finaux du cycle de Soha en juillet 2005 et une série de reformes et de mesures d'urgence en décembre 2005 à Hong Kong.
Le Mali, parallèlement aux négociations commerciales, va mettre un accent particulier sur la transformation du coton.
L'UEMOA a initié, dans ce cadre, un agenda pour la compétitivité de la filière textile axée sur une stratégie régionale et un plan d'action pour la transformation de 25 % de la production cotonnière de l'union à l'horizon 2010. Le Mali, a ajouté le ministre de l'Industrie, envisage de porter d'ici 2007 le taux de valorisation locale du coton fibre (environ 1 % actuellement) à 10 % de la production nationale. Il prévoit également d'augmenter d'ici deux ans la capacité de transformation de Fitina-SA de 3600 à 5000 tonnes, d'accroître les activités de la COMATEX-SA en vue d'augmenter sa production de 2000 à 9000 tonnes de coton fibre. La production de BATEXCI-SA sera renforcée et deux nouvelles filatures seront réalisées, a révélé Choguel Maïga avant d'appeller la communauté internationale pour soutenir les efforts des pays africains afin d'assurer la survie de millions d'hommes et de femmes qui dépendent d'un or blanc aujourd'hui bien déprécié.

B. COULIBALY

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