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Senegal-Mali-riziculture - Les riziculteurs de la vallée, pessimistes sur le projet de production de riz dans le bassin du Fleuve Niger
(Nouvelle Libération 20/04/2005)

Le président de la Fédération nationale des producteurs de riz du Sénégal, Saliou Sarr, s'est déclaré pessimiste par rapport au projet nourri par le gouvernement du Sénégal d'exploiter 25.000 hectares dans l'Office du Bassin du Fleuve Niger, situé dans la région de Ségou, à prés de 240 Km à l'est de Bamako ''Dans l'immédiat, le Sénégal a davantage intérêt à produire du riz au Sénégal plutôt qu'au Mali'' a confié à l'APS Saliou Sarr, estimant que ce ''projet est à mûrir''. Lors de la 6-éme session de la Conférence des chefs d'Etat de la Communauté des Etats Sahélo sahariens (CENSAD), tenue les 16 et 17 mai 2004 à Bamako, le président du Mali, Amadou Toumani Touré, avait décidé d'attribuer une superficie de 100.000 ha non aménagés à la dite organisation, sous forme d'un bail emphytéotique dans le bassin de l'Office du fleuve Niger, principale zone de production de riz du Mali. Le Sénégal a été le premier pays africain à accepter l'offre du gouvernement du Mali, en se proposant d'aménager 25 000 ha. Le projet consiste pour l'essentiel à développer la culture du riz au Mali avec des producteurs sénégalais et de faire en sorte que cette denrée puisse revenir à un prix acceptable pour le consommateur sénégalais ''Le Mali dispose certes d'un grand potentiel agricole avec un système d'irrigation par gravitation, mais si on devait le comparer avec le Sénégal on peut émettre de sérieuses réserves sur ce projet'' a ajouté M. Sarr, membre de l'équipe de techniciens agricoles dépêchée à Bamako par le Sénégal pour s'imprégner du projet ''production de riz dans le bassin du Fleuve Niger''. Selon M.Sarr, par ailleurs membre du Conseil national de concertation des ruraux (CNCR), ‘'ce projet n'est encore qu'à l'état d'hypothèse et il faut étudier tous les aspects techniques, sociaux et économiques y afférents afin de bien informer les autorités gouvernementales sénégalaises.''

Néanmoins, précise-t-il, le projet suscite beaucoup de réserves liées notamment à sa rentabilité. ‘'Sur le plan économique, le riz malien ne peut pas être compétitif par rapport à celui produit au Sénégal', a- t- il souligné, expliquant à ce propos que le prix du paddy coûte 125 FCFA au mali contre 90 FCFA au Sénégal, alors que le riz blanc en zone de culture est cédé à 225 FCFA au Mali contre 165 FCA. En termes de potentiel d'irrigation aussi, a poursuivi Saliou Sarr, le Mali impose une redevance hydraulique fixée à 65 000 FCFA, supérieure à celle en cours au Sénégal d'un montant de 60 000 FCFA. Le président de la Fédération nationale des producteurs de riz du Sénégal a également souligné le ‘'montant excessif'' qu'il faut débourser pour aménager les 25 000 ha cédés par le Mali, de l'ordre de 32 milliards de FCFA en raison de 125 FCFA par m2, compte non tenu des mesures d'accompagnent à dégager pour accueillir les éventuels ''colons'' sénégalais sur les terres du bassin du Niger, en termes de logement, de santé, d'école, etc. Compte tenu de tous ces paramètres, Saliou Sarr estime qu'il s'agit plutôt de poser le problème en termes de complémentarité des bassins de production agricole et de voir comment développer les différentes potentialités agricoles du Sénégal, du Mali et d'autres pays africains qui peuvent effectivement produire du riz afin de ne plus dépendre du marché mondial qui est résiduel. ''Si des pays comme le Mali, le Sénégal, le Nigeria et la Côte d'Ivoire avec des tonnages d'importation respectifs de 250.000 tonnes, 600.000 tonnes, 1.400.000 tonnes et 900.000 tonnes sont devenus dépendants du marché mondial pour leur consommation en riz, ils doivent trouver la solution pour assurer la production rizicole au niveau de nos différents pays'', souligne Sarr. Selon certaines sources, l'Afrique doit produire plus de riz car dans dix ans, la Chine passera du statut d'exportateur à celui d'importateur. Le ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture et de l'Hydraulique, Habib Sy, qui a visité récemment l'office du bassin du Niger, en compagnie du Premier ministre Macky Sall, a expliqué que ce projet à pour finalité d'augmenter la production du riz national ''véritable tyrannie'' des consommateurs sénégalais avec une importation annuelle de l'ordre de 600.000 tonnes, pour un coût de plus de 100 milliards de FCFA. Il a précisé que ''même si le prix du riz produit au Mali serait supérieur par rapport à celui du marché mondial, compte tenu du coût de production, on trouverait des mécanismes de péréquation pour qu'il soit à un prix acceptable''. S'expliquant sur le choix du bassin du Fleuve Niger au détriment de la vallée du fleuve Sénégal, il a expliqué que la région du fleuve dispose certes d'un potentiel de 240 000 ha, mais seulement 40.000 ha peuvent être irrigués et aménagés, compte tenu de ''nombreuses raisons techniques''. Aussi, a-t-il poursuivi, l'Office du Niger offre un système d'irrigation par gravitation, ne nécessitant pas de ressources énergétiques. Selon lui, à travers ce projet, les deux pays vont disposer d’un important instrument'' d'intégration sous-régionale, et ''l'agriculture peut bien faire l'objet d'une délocalisation à l'image de ce qui se fait dans certains pays développés''.

''Compte tenu des potentialités agricoles offertes par le Mali, on peut développer la culture du riz aussi bien au Sénégal qu'au Mali. Cela nous mettra à l'abri d'une insécurité alimentaire par rapport aux pays asiatiques'', a estimé M. Sy, indiquant avoir initié des concertations avec les riziculteurs sénégalais, le Conseil national de concertation des ruraux, les 3P, Force ouvrière et les riziculteurs de la vallée. Créé en 1932 dans le delta intérieur du Fleuve Niger, l'Office du Niger est le plus ancien des périmètres irrigués de l'Afrique de l'Ouest et l'un des plus étendus.

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