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Face aux accords commerciaux internationaux (Omc et Ape) - Les paysans de l’Afrique de l’ouest engagent la réflexion pour un plaidoyer efficace
(Nouvelle Libération 20/04/2005)

La libéralisation du commerce agricole et la dérégulation, impulsées par l’OMC, le FMI, les accords de libre-échanges sont source d’importants dégâts dans le monde entier. Des dégâts tels que: la faim, le chômage, l’inégalité, la pauvreté, la dégradation des ressources naturelles, la contrainte à l’exode rural et à l’immigration, la tendance de plus en plus forte vers l’industrie agroalimentaire caractérisée par l’accaparement des terres, c’est le point de vue des leaders paysans nationaux et régionaux, des représentants d’ONG, qui étaient dans notre capitale du 12 au 15 avril dernier à l’occasion d’une rencontre d’information et de sensibilisation, sur les enjeux des accords commerciaux internationaux (OMC et APE). Il s’agissait au cours de cette rencontre, organisée par le Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) et la Coordination Nationale des Organisations Paysannes (CNOP), de créer au sein de l’espace ROPPA, une masse critique de leaders paysans qui seront au parfum des négociations internationales (Organisation Mondiale du Commerce et les Accords de Partenariat Economiques)- très complexes pour nos paysans et même nos intellectuels- et engagés dans des actions de plaidoyer et de lobbying. Les participants se sont planchés sur les mécanismes de négociation sur les accords commerciaux de l’OMC et des APE pour le Mali et la sous-région (CEDEAO, UEMOA).

Cette rencontre paysanne, qui a coïncidé avec les travaux de la 9ème session de l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE que notre capitale abrite depuis hier, a été l’occasion pour les leaders paysans de donner leur vision sur les grandes difficultés que rencontre l’agriculture africaine à cause notamment de la libéralisation du commerce agricole caractérisée par une in équité sans précédent. Ils ont attiré l’attention des parlementaires sur les dérives d’un commerce inéquitable et ses conséquences pour les paysans. Selon le président de la CNOP, Ibrahim Coulibaly, le secteur agricole dans les pays pauvres occupe plus de 80% de la population, mais il est laissé entre les forces du marché, alors qu’il n’est pas protégé. «Les pays font tout pour que nous ne protégeons pas notre agriculture», a-t-il dit. De son côté, le président d’honneur du ROPPA, Mamadou Sissoko, précisera qu’il y a une confrontation brutale entre les produits agricoles or, ceux des pays riches sont protégés, subventionnés contrairement à ceux des pays pauvres. Il a aussi qualifié les accords de Cotonou de mortel. Poursuivant, il rappellera que 66% des 250 millions de personnes de l’espace CEDEAO sont des paysans. A en croire le président d’honneur, ils produisent 35% du PIB de la zone, assurent 60% des emplois. Mais, a-t-il déploré, les 40% de ces exploitants agricoles vivent dans l’insécurité alimentaire totale. Ils sont les pauvres des pauvres. Il a tenté de donner une explication à cette situation critique. Selon lui, plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. D’abord, les réalités naturelles (sécheresse, les criquets et autres). Ensuite, l’inadaptation de l’organisation économique à l’échelle mondiale à nos réalités. Enfin, le Tarif Extérieur Commun. Ce fameux TEC, a-t-il dit n’est pas bénéfique. Il a demandé de le revoir. Aminata Dramane Traoré, qui a aussi participé à la rencontre, a souligné que: «Nous sommes à un tournant décisif. Le commerce mondial appauvrit nos pays. Les violences armées, la pauvreté découlent de cet échange illégal. Si les pays riches veulent lutter contre la pauvreté, il faut qu’ils revoient le système d’échange en cours actuellement». Au terme de la rencontre, les participants ont proposé entre autres: la reconnaissance et le soutien des exploitations familiales agricoles, la suppression des taxes et TVA sur les intrants et les facteurs de production, le financement pérenne du conseil agricole, l’élaboration et l’adoption négociées de mécanismes de contrôle et de protection des produits agricoles locaux et nationaux…

Rappelons que le ROPPA a été crée en 2000 à Cotonou. Il est une initiative de 10 pays d’Afrique de l’Ouest. Le ROPPA est une organisation de promotion et de défense des valeurs d’une agriculture paysanne, performante et durable au service des agriculteurs familiales et des producteurs agricoles. Quant à la CNOP, qui regroupe de nombreuses organisations faîtières paysannes de notre pays, met tout en œuvre pour un meilleur épanouissement des paysans.

En tous les cas, les problèmes de l’agriculture dus à un commerce illégal n’est pas seulement une question paysanne mais de nation, de souveraineté, d’égalité, de justice sociale et méritent une attention particulière de la part des parlementaires présents à Bamako dans le cadre de la 9ème session de l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE.

Moussa Mamadou Bagayoko

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