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Investissement direct étranger - Créées au Mali depuis 2003, une dizaine de sociétés libyennes peinent à démarrer
(L'Indépendant 20/04/2005)

Pour donner corps à ses ambitions panafricanistes, le Colonel Kadhafi a décidé d’encourager les investissements populaires dans les pays africains. C’est dans ce cadre que le Bureau d’Investissement Populaire au Mali qui est un démembrement du Bureau Populaire d’Investissement qui a son siège à Tripoli a démarré ses activités au Mali en 2003. C’est ainsi que la même année, il parrainera la création à Bamako d’une dizaine de sociétés gérées par de jeunes promoteurs libyens. De cette date à ce jour, ces sociétés qui totalisent 10 millions de dollars d’investissements (soit environ 5 milliards de FCFA) n’arrivent toujours pas à démarrer leurs activités. A cause de l’incompétence ou de la mauvaise foi des jeunes promoteurs libyens et de leurs encadreurs et, il faut le dire, de la négligence coupable de la partie malienne, en l’occurrence le ministère en charge de la promotion des investissements.

Les sociétés créées ont pour nom «Oasis» (transport routier et marchandises (1 800 000 dollars) «Aviculture du Sud» (1 000 000 dollars) la «Société Africaine de Coton» (250 000 dollars) la société «Tannerie Africaine» (1 200 000 dollars) la société commerciale «Espoir» (800 000 dollars) la société de concassage «l’Avenir» (1 200 000 dollars) la société hôtel «Akakos» (1 000 000 dollars) et société «Libyenne» pour le transport routier (250 000 dollars) et la société «Gazelle» pour la photographie.

Onzième sur la liste, la «Société de Transport et du Tourisme» a déménagé en Algérie.

D’autres sociétés devraient suivre selon le même principe et suivant la cadence de réalisation des premiers projets. Ces projets sont financés sur fonds publics via la Foreigner Bank représentée à Bamako par la BCS (la Banque Commerciale du Sahel).

Des jeunes Libyens qui veulent tenter l’aventure d’investir dans les pays africains bénéficient ainsi de ressources financières. Ces ressources sont, en fait, des prêts remboursables octroyés à des conditions douces.

Le hic est que, de leur création en 2003 à ce jour, aucune de ces sociétés n’a posé un acte dans le sens du démarrage de ses activités. Explications prises du côté libyen: on attend le reliquat du financement dont la moitié seulement est disponible à Bamako.

A l’analyse cet argument se révèle spécieux dans la mesure où le fonds disponible est à même de financer la moitié des projets. Une telle initiative présente l’avantage de faire bouger les choses car, faut-il le rappeler, cela fait deux ans que lesdites sociétés ont été mises sur les fonts baptismaux. Si elles avaient effectivement démarré, elles auraient déjà créé, au bas mot, 300 emplois.

Sans compter qu’elles auraient ouvert la voie à la création d’autres entreprises libyennes avec à la clé des centaines d’emplois et des dizaines de millions de dollars d’investissements. Pour le moment, toutes les parties semblent s’accommoder de cette situation, pour le moins, anormale. Les jeunes promoteurs libyens des sociétés créées reçoivent un traitement mensuel dépassant le million de FCFA vivent sur un grand pied et ne sont guère pressés.

N’auraient-ils pas intérêt que la situation s’éternise, pourvu qu’ils se la coulent douce sur les bords du «Djoliba»? N’en parlons pas pour le représentant du Bureau d’Investissement Populaire qui se taillerait dans les trois briques.

L’ambassadeur de la Jamahiriya Arabe Libyenne qui est le représentant de l’Etat libyen au Mali et qui se devait de rappeler à l’ordre les jeunes entrepreneurs a choisi lui aussi de garder le profil plutôt bas. Et le ministère en charge de la promotion des investissements dans tout ça? Comme les autres, il s’accommode de la situation. Devant le retard accusé dans le démarrage des sociétés en question, l’immobilisme et l’indifférence générale dont font preuve les protagonistes, les supputations vont bon train.

Les mauvaises langues vont jusqu’à prétendre que si la partie libyenne fait montre d’un tel immobilisme, c’est que, quelque part, la situation profiterait à des responsables, à travers les intérêts générés par le fonds domicilié à la Banque Commerciale du Sahel. La situation profite donc à tout le monde, sauf aux populations maliennes dont les conditions d’existence auraient pu s’améliorer grâce à la relance des activités économiques.

Et, bien sûr, le Frère Guide Kadhafi dont les pétrodollars prennent ainsi d’autres chemins que celui de la promotion du panafricanisme.

Par Yaya Sidibé

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