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Coton : L'UE jette son poids dans la balance
(L'Essor 20/04/2005)

Le commissaire européen au commerce a annoncé une série de mesures pratiques qui vont changer le cours des négociations à l'OMC entre les cotonculteurs africains et les défenseurs des subventions agricoles
C'est officiel, l'Union européenne réduira de 65 % ses subventions au coton à partir de 2006. L'annonce en a été faite par Peter Mandelson, le commissaire européen au commerce au cours d'une conférence de presse qu'il a animée hier à l'hôtel Kempisky en marge de la 9è session parlementaire paritaire UE-ACP. C'était en présence des ministres de l'Agriculture, de l'Industrie et du Commerce, de la Promotion des Investissements et des Petites et Moyennes Entreprises ainsi que de Mme Irène Horejs, le chef de la Délégation de la Commission européenne au Mali. Cette annonce est d'autant plus importante que deux à trois millions de producteurs et environ 15 millions de personnes dépendent directement ou indirectement de la culture du coton qui représente entre 30 et 40 % des revenus à l'exportation du Bénin, du Burkina Faso, du Tchad et du Mali.
Derrière ces chiffres, on trouve des millions d'hommes et de femmes dont l'existence et le bien-être dépendent directement ou indirectement de cette culture. Dans les conditions actuelles du marché, cette dépendance est une cause de précarité et de pauvreté pour des communautés entières, a souligné Peter Mandelson. La réduction des coûts de production grâce aux avancées technologiques et la forte concurrence des fibres synthétiques couplées aux subventions ont fini par réduire le prix du coton. Ce prix est descendu en 2001-2002 à son niveau le plus bas en 30 ans. En 2004-2005, il se situe aux alentours de 53 cents (un peu plus de 250 F cfa) la livre en moyenne soit 30 à 20 % en dessous du prix particulièrement élevé de 2003-2004.
Les producteurs d'Afrique de l'ouest ont été particulièrement touchés par cette baisse du fait de la faiblesse du taux de change du dollar face à l'euro et au Fcfa. Une légère remontée est prévue en 2005-2006 car la production chinoise devrait légèrement décroître tandis que sa consommation tirera vers le haut. Cette situation placerait la Chine en position d'importateur net de 2,5 millions de tonnes. En conséquence les prix moyens de la prochaine saison pourrait se situer autour de 57-58 cents la livre soit une hausse de 10 % par rapport aux prix de la saison en cours, estiment les analystes.

2 % du coton mondial. L'Union européenne ne produit que 2 % du coton mondial et doit donc importer le gros de sa consommation. En 2002, 31 % de ses importations provenaient d'Afrique de l'ouest et du centre. Le reste arrivait d'Ouzbekistan (16 %), de Syrie (9 %), d'Egypte (7%), des USA (7 %) et d'Australie (6 %). La Banque mondiale estime que les subventions dont sont accusés l'Union européenne, les États-Unis et la Chine occasionnent une baisse de prix du coton des producteurs africains de l'ordre de 10 à 15 %.
Le comité de l'OMC sur le coton, créé le 19 novembre 2004 par une séance spéciale du comité de l'Agriculture, devait, après le revers de Cancun, servir de cadre privilégié à des négociations approfondies sur l'agriculture. Le coton était appelé à y être traité de façon "ambitieuse, prompte et spécifique".
Le président des négociations agricoles de l'OMC et du comité sur le coton, l'ambassadeur Tim Croser, avait indiqué en janvier dernier qu'il visait un premier rapprochement des points de vues et des modalités agricoles du commerce mondial d'ici l'été 2005. Mais jusque là rien ne présageait un règlement du différend agricole qui oppose producteurs africains de coton et pays riches, parce que les États Unis ont toujours refusé d'entrer dans des négociations sectorielles spécifiques au profit d'un accord global sur les questions agricoles.
Face à donc à l'appauvrissement grandissant des populations africaines, l'UE a commencé à réduire de manière substantielle, depuis l'année dernière, les subventions agricoles aux cotonculteurs européens. Cette réduction sera portée à 65 % en 2006 pour permettre aux producteurs africains de vendre plus de coton à l'Europe, a expliqué Mandelson qui s'est réjoui du résultat de l'initiative coton présentée à l'OMC par le Bénin, le Tchad, le Burkina Faso et le notre pays (voir l'Essor de lundi). Cette démarche a montré que, malgré le poids économiques faible de ces États pris individuellement, les pays en développement, lorsqu'ils parlent d'une même voix, peuvent s'imposer sur la scène internationale et changer le cours de l'histoire. Grâce à la détermination de ces quatre pays la question du coton n'a pu être mise en l'écart de l'accord cadre de l'OMC du 1er août 2004.

Des échanges plus justes- Pour sa part l'Union européenne, a annoncé Peter Mandelson, va exercer des pressions pour instaurer au sein de l'OMC un système d'échanges commerciaux plus juste particulièrement en ce qui concerne le coton africain. L'Europe va désormais plaider pour l'élimination de toutes les formes de subventions à l'exportation, le démantèlement tarifaire, l'annulation des subventions et l'accès des productions africaines et des pays en développement aux marchés européens sans aucune restriction.
Le libre échange n'est certainement pas la solution à tous les problèmes des pays en développement, a cependant reconnu Peter Mandelson. L'Afrique a aussi besoin d'aide pour renforcer ses capacités d'offres et de production. C'est pourquoi l'Union européenne a commencé à établir un partenariat avec les pays producteurs d'Afrique pour renflouer la filière. Lors du forum Europe-Afrique sur le coton qui s'est tenu à Paris en juillet dernier un plan d'action conjoint a été adopté qui couvre les domaines spécifiques liés au manque de combativité et à la vulnérabilité du secteur cotonnier. La Commission européenne va accorder des ressources additionnelles de 310 millions d'euros en faveur des quatre pays à l'origine de l'initiative coton soit un peu plus de 200 milliards de Fcfa. La Commission européenne a également accepté d'allouer une aide budgétaire directe en complément de son assistance actuelle au développement, indépendamment des aides individuelles à ces pays, a souligné Peter Mandelson. Elle va aussi mettre en place un programme international de renforcement des capacités pour les produits de base agricoles doté d'un budget de 45 millions d'euros (pas loin de 30 milliards de Fcfa).

Le soutien de la commission- L'instrument FLEX établi dans les accords de Cotonou sera déterminant pour le traitement des crises bénignes. Les critères d'éligibilité à ce mécanisme ont été élargis en 2004. Les pays africains devraient maintenant pouvoir accéder plus facilement aux ressources mises à leur disposition par cet instrument, a annoncé le commissaire au commerce. L'UE étudie en ce moment une stratégie plus large pour traiter les chocs économiques sévères auxquels les pays africains pourraient être confrontés.
Peter Mandelson confirmera la détermination de sa commission à soutenir le pays en développement qui font face à différents types de crises externes, y compris les chocs commerciaux et à veiller aux procédures de gestion des risques engagées par la communauté internationale. Celles-ci, relèvera-t-il, offrent des moyens innovants et efficaces pour stabiliser les revenus des pays et des producteurs qui font face à d'importantes fluctuations des prix. La C.E., a annoncé Mandelson, va contribuer pour 25 millions d'euros (16,3 milliards de Fcfa) à une facilité d'assurance dénommée Global index insurance en gestation à la Banque mondiale pour soutenir les pays affectés par la chute du prix des matières premières.
Choguel K. Maïga, notre ministre de l'Industrie et du Commerce, a salué les annonces du commissaire européen qui marquent un tournant capital en donnant un coup d'accélérateur aux négociations du cycle de Doha sur le coton. L'UE a une influence certaine sur le commerce mondial et cette influence est susceptible de changer le comportement des autres partenaires du G8 pour qu'enfin les producteurs africains de coton puissent bénéficier véritablement du fruit de leur labeur.

B. COULIBALY

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