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Filière coton : la transformation est une priorité (L'Essor
18/04/2005) Des APE mal négociés contraindraient nos pays
à demeurer des exportateurs de coton brut
Le Mali a une économie
qui dépend fortement de quelques matières premières exportées
dont le coton. Actuellement, il est le premier producteur de coton de la sous-région
avec une production qui tourne autour de 500 000 tonnes de coton graine et 210
000 tonnes de coton fibre par an. Le coton contribue pour 50% des recettes d'exportation
du pays et avec le secteur textile participe pour 8 à 9% du PIB. Directement
ou indirectement, la filière fait vivre près de 3,5 millions de
personnes et génère, dans le monde rural, des revenus considérables
qui ont permis d'importants investissements en infrastructures physiques et sociales. Une
contribution sur les APE de Eric Hasard "d'ENDA prospectives dialogues politiques"
publiée par la fondation Friedrich Ebert, met l'accent sur le fait que
de nombreux dispositifs incluant des subventions à l'exportation, les statuts
d'entreprises franches, la Convention de Lomé... ont indûment favorisé,
dans un contexte d'ajustement, la production ouest-africaine destinée à
l'exportation. Cette faible valorisation limite la création de la valeur
ajoutée, d'emplois et de richesses et ce faisant, elle pèse sur
les perspectives de développement durable de cette filière et des
économies nationales de manière plus large. L'avenir du coton réside
dans l'exploitation, la gestion et la valorisation régionale, car le coton
est produit dans la majeur partie des pays de la CEDEAO. En effet, si le Mali
est le principal pays producteur de la sous-région, il ne participe qu'à
hauteur de 1% de la production mondiale et 2,5% des exportations internationales.
Donc seul, il ne dispose pas d'une taille critique lui permettant de relever les
défis qui se posent pour la survie de sa filière (chute des cours
internationaux et négociations internationales sur les subventions agricoles)
et son développement durable (valorisation par la transformation et essor
d'une industrie oléagineuse et textile insérée dans les échanges
commerciaux internationaux). Par contre, l'ensemble des pays de la sous-région
Afrique de l'ouest participe à hauteur de 13% des exportations mondiales
de coton, fait vivre 10 à 12 millions de producteurs et représente
un marché textile d'une valeur de plus de 700 milliards de Fcfa. En conséquence,
le développement du marché sous-régional du textile en partenariat
avec l'UE apparaît comme une opportunité nouvelle d'asseoir un tissu
d'industries textiles et oléagineuses dans l'ensemble de la sous-région.
Cette industrie s'appuiera sur la disponibilité d'une matière
première de qualité et à des coûts de production très
compétitifs tout en jouant sur la valeur ajoutée des différents
pays en termes d'accès aux infrastructures (coût de l'électricité,
disponibilité des infrastructures de dégagement telles que les routes,
les ponts
). Pression sur l'industrie. Mais le développement
d'une industrie sous-régionale ne doit pas faire perdre de vue la possible
concentration des investissements dans les pays disposant d'infrastructures avancées
et de coûts d'accès aux services moindres. Les pays productifs moins
attractifs observeront certainement des pertes de recettes fiscales au bénéfice
du bloc régional. Pour éviter des APE a deux vitesses, l'harmonisation
des politiques commerciales et la fluidification des échanges au sein même
de la CEDEAO d'ici 2008 constituent dès lors un préalable dont les
bénéfices profiteront au plus grand nombre. L'auteur de l'étude
estime cependant qu'au moment où les APE sont négociés, les
accords de Cotonou semblent offrir un cadre plus à même de soutenir
le développement durable du coton ouest-africain. La fin des accords de
non réciprocité, constate-t-il, obligera l'UEMOA à baisser
de 14% son niveau de protection tarifaire alors que la baisse ne sera que de 4
à 5% pour l'UE. Ce décalage déséquilibrera la concurrence
sur une industrie ouest-africaine à peine assise. Une approche supposant
un traitement différencié et une évolution progressive pour
les pays de l'Union devrait donc être recherchée. Cette différenciation
pourrait s'étendre au delà de 2008 et être régulièrement
évaluée à l'aune de la consolidation du développement
industriel en cours. Elle permettrait ainsi à l'Union d'atténuer
le choc tarifaire tout en lui offrant la possibilité d'asseoir durablement
un tissu d'industries utiles au développement durable de la sous-région.
Les droits de douane (pour le coton brut entrant sur le marché européen,
ils sont inférieurs à ceux appliqués pour un produit transformé
à base de coton) doivent faire l'objet d'une attention particulière
de la part des pays de l'UEMOA. Au cas contraire, la sous-région demeurera
enfermée dans un modèle extraverti où 50 à 80 % des
ventes à l'extérieur du Mali, du Togo, du Burkina Faso et du Bénin
resteront dépendantes de l'exportation de coton brut. Ainsi l'objectif
de l'UEMOA de transformer 25 % de son coton brut contre les 5 % actuels d'ici
2010 doit être une de ses priorités voire de la CEDEAO. Si les
APE témoignent des nouvelles formes de partenariat et de relations que
l'UE souhaite développer avec la sous-région, l'Europe doit tenir
compte des différences réelles entre les deux blocs partenaires
et faire en sorte que les accords ne soient pas de nouvelles "trappes à
pauvreté". F. MAÏGA © Copyright
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