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Moussa Diarra, président du Comité AGOA-Mali - "L'AGOA en trois ans a permis la création de 200 000 emplois, 200 milliards de FCFA d'investissements et 12 500 milliards de FCFA d'exportation en Afrique"
(L'Indépendant 15/04/2005)

Aucun de ces chiffres ne concerne malheureusement pas le Mali pour la simple raison que notre pays, à cause de l'incompétence de ses cadres n'arrive, toujours pas à profiter de l'initiative américaine. C'est ce qui ressort, en tout cas de l'interview exclusive qu'a bien voulu nous accorder, le président du Comité national AGOA-Mali, Moussa Diarra. Suite et fin.

L’Indépendant: Malgré le manque de moyens que vous évoquiez tantôt, le Comité national AGOA existe….

Moussa Diarra: Nous avons toujours attiré l’attention des autorités compétentes sur le manque de moyens. Nous n’avons jamais eu d’échos favorables. Mais pour autant, nous n’avons pas baissé les bras. Nous allons toujours vers elles. Aujour­d’hui, pour forcer un peu les choses, nous sommes en train d’initier une grande table ronde à Bamako, en faisant venir l’ensemble des 22 pays d’Afrique sub-saharienne éligibles à l’AGOA dans la capitale malienne pour montrer, dans le cadre d’un grand forum, trois produits-phares du Mali. Montrer comment on peut les valoriser et les imposer sur le marché international. Il s’agit du beurre de karité, du textile malien et des fruits et légumes du Mali, notamment les mangues. Ces trois produits ont été identifiés par le Comité national AGOA comme des produits-phares du Mali que nous cherchons à propulser en avant. Lors de ce grand forum, qui est prévu en septembre, nous comptons vraiment booster la mise en œuvre de l’AGOA au Mali.

En dehors du textile, quels sont les autres produits parmi les 6 000 retenus par l’AGOA dont le Mali peut tirer profit?

Comme je l’ai dit tantôt, en dehors du textile il y a beaucoup d’autres produits que le Mali peut mettre sur le marché américain. Mais nous avons estimé qu’il ne serait pas réaliste de promouvoir, d’un seul coup, tous ces 6 000 produits. Nous avons estimé que si nous pouvons promouvoir deux ou trois produits principaux sur le marché américain, ce serait déjà pas mal, dans la mesure où un seul produit peut rapporter des milliards de FCFA au Mali. Si nous arrivons à mettre deux ou trois sur le marché, ce serait déjà un bon départ pour le Mali. Il s’agit, après le textile, du beurre de karité qui, aujourd’hui, jouit d’un grand débouché aux Etats-Unis et dans l’Union Européenne. Il s’agit aussi des fruits et légumes. Les mangues, dans leur forme transformée, soit en mangues séchées, soit en compotes de mangues, soit en confiture, soit en concentré, soit même en jus frais de mangues, sont très demandées sur le marché américain. La demande est, donc, là. Encore faut-il qu’il y ait des projets viables qui soient présentés pour le financement. Pour ce qui est de la mangue à l’état frais, pour l’instant, les conditions phytosanitaires ne permettent pas à nos mangues d’accéder au marché américain Par contre, quand elles subissent un processus, il n’y a aucun problème, elles sont éligibles au marché américain.

Pourquoi, selon vous, le Mali n’arrive pas à profiter, comme il faut, de l’initiative AGOA? Quelles solutions y voyez-vous?

On n’arrive pas à profiter pour plusieurs raisons. D’abord, nous-mêmes, Comité AGOA, nous n’avons pas eu de financement pour aller au fond de notre programme d’activité. En allant au fond de ce programme d’activité, nous aurions pu pousser les gens à adhérer à l’AGOA. Deuxième raison, l’on a constaté que les opérateurs économiques sont réfractaires à la formation et au renforcement de leurs capacités et surtout au regroupement. Alors que c’est le regroupement qui les rendra capables de produire et d’exporter sur les Etats-Unis.

Avez-vous un appel à lancer aux pouvoirs publics, aux opérateurs économiques?

Je voudrais que les pouvoirs publics aussi bien que la société civile et le secteur privé, les trois composantes de la nation malienne, voient ce que l’AGOA a rapporté ailleurs.

A ce sujet pouvez-vous nous donner des chiffres précis?

Grâce à l’AGOA, 200 milliards de FCFA ont déjà été investis sur le sol africain dans d’autres pays, pas au Mali.

Des exemples?

C’est le cas d’une usine de chaussettes au Ghana, tout près de nous. C’est vrai que le gros des investissements est allé à des pays comme l’Ile Maurice, Madagascar, le Lesotho, le Kenya, le Botswana et l’Afrique du sud.. Mais tout près de nous, il y a le Ghana où quelqu’un a monté une usine de chaussettes. Il exporte toute sa production de chaussettes en coton aux Etats-Unis. Tenez-vous bien: les affaires vont tellement bien qu’il va doubler sa production, d’ici à l’année prochaine. Voilà un exemple qu’on peut imiter chez nous, mais encore faut-il que quelqu’un présente un projet viable. Il faut y croire pour le faire. Les gens ici semblent ne pas y croire. Don, j’invite les gens à regarder ces exemples qui ont été réussis ailleurs.

Après le chiffre portant sur les investissements, il y a celui relatif à la création d’emplois. A ce sujet l’AGOA a permis la création de plus de 200 000 emplois, depuis trois ans en Afrique. Troisième chiffre, il y a aujourd’hui plus de 25 milliards de dollars (soit plus de 12 500 milliards de FCFA d’exportations des pays africains vers les Etats-Unis. C’est vrai, le pétrole africain y occupe une place prépondérante. Hors pétrole, il y a environ 4,5 milliards de dollars dans les autres produits qui ont été exportés vers les Etats-Unis. Cela veut dire que l’AGOA marche fort. Dans d’autres pays. Pourquoi pas chez nous? Je lance un appel aux gens pour qu’ils croient en l’AGOA, qui est une belle opportunité à saisir au bond. Elle a, certes, ses contraintes que les autres ont surmontées. Je crois que le Mali aussi peut relever le défi..

Quid du Sénégal?

Le Sénégal aussi est sur le point de profiter de l’AGOA. Il y a déjà une usine de T-shirts dans ce pays qui rafle beaucoup de commandes dans le cadre de l’AGOA. Il faut le dire et le redire: l’AGOA, c’est la qualité et la quantité. Donc un seul individu, à moins d’être exceptionnellement puissant, pourra difficilement profiter du marché de l’AGOA. Le regroupement est souhaité pour former des coopératives, des associations… Il est même urgent de faire du commerce sous-régional entre nos pays éligibles à l’AGOA . Si, par exemple, le Mali n’est pas prêt pour faire des produits pour le marché américain, il peut sous-traiter avec le Ghana ou avec le Sénégal qui, eux, exportent les produits. C’est un peu l’exemple de FITINA. Cette société envoie, aujourd’hui, des fils en Ile Maurice. Des fils qui sont transformés en textile et vêtements avant d’être exportés aux Etats-Unis. C’est un premier exemple de collaboration dans le cadre de l’AGOA qui est réussi pour le Mali, il faut le dire.

Et BATEX-CI?

BATEX-CI vient de démarrer. Si elle arrive à produire des textiles aux normes de l’AGOA, elle sera éligible. Il faut préciser, en parlant de textile dans le cadre de l’AGOA, il s’agit des vêtements confectionnés. Il ne s’agit pas des tissus. Les tissus viendront peut-être après. Il y a un autre agrément en cours, une certification qui s’appelle la catégorie 9. Si le Mali arrive à être éligible à cet agrément, des tissus répondant à certains critères de design et des dessins tirés de notre artisanat national, peuvent être éligibles à l’AGOA. Mais pour le moment, ce n’est pas le cas. Pour ce qui est de l’artisanat, tous les produits en cuir et peaux, sculpture, bois, bronze, métal sont éligibles à l’AGOA.

Propos recueillis par Yaya SIDIBE

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