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Approvisionnement en céréales et aliment bétail - Les non dits de l'attribution du marché
(Le Républicain 12/04/2005)

L'affaire dite du marché d'approvisionnement des populations maliennes en aliment bétail et en céréales tire enfin vers son épilogue. Après les différents commentaires sur l'attribution de ce marché au richissime homme d'affaire Bakoré Sylla, les structures étatiques et le dit commerçant ont enfin décidé de rompre le silence.

L'affaire qui défraie aujourd'hui la chronique au Mali comporte deux volets distincts : un volet portant sur l'aliment bétail et un second tendant à combler le déficit céréalier.

Jusqu'à la campagne 2003-2004, c'est l'entreprise commerciale Huicoma qui avait en charge la gestion de la production de l'aliment bétail. Mais en raison de l'abondance des pluies enregistrées durant l'année 2003/2004, l'Huicoma a eu d'énormes difficultés à écouler sa production d'aliment bétail en fin d'année 2004. D'ailleurs, à cause du sur-stockage de cette production dans les magasins de l'Huicoma à Koutiala, environ 10.000 tonnes d'aliment bétail avaient brûlé. Les pertes enregistrées lors de ce sinistre ont été estimées à plus d'un milliard de F Cfa.

C'est donc à la suite de ce sinistre qu'un, Bakoré Sylla a approché Huicoma, sans aucune sorte d'intermédiation, et a négocié l'achat de 50.000 tonnes d'aliment bétail. A cet effet, Bakoré Sylla a acheté non seulement le stock calciné pour le détruire et empêcher ainsi la pollution de son marché, mais aussi tout le stock déclassé de 2004 ainsi que la nouvelle production jusqu'au mois de mai 2005.

Cette opération exceptionnelle avait été considérée en son temps comme une aubaine pour Huicoma qui avait des tensions de trésoreries énormes. L'opportunité commerciale sentie par Bakoré Sylla ne tarda pas à produire ses fruits. Quelques mois plus tard, le commissariat à la sécurité alimentaire, au constat d'un déficit annoncé de pâturage pour le bétail a décidé de lancer un approvisionnement des zones d'élevage. Cependant, deux contraintes majeures se posaient: le manque criard de ressources financières et la non disponibilité d'aliment bétail Huicoma à acheter, les éleveurs ne voulant que de cette marque. Pour lever toute barrière en la matière, le gouvernement décida de supprimer la TVA sur 15000 tonnes d'aliment bétail pour permettre aux opérateurs économiques d'approvisionner les éleveurs à moindre coût.

Bakoré Sylla étant le seul commerçant de la place à détenir le stock produit et à produire jusqu'en mai 2005, décida dans un élan de solidarité de céder ces 15.000 tonnes sur sa commande dont entre temps la demande avait augmenté. Le cour était de 75.000 F Cfa la tonne. Ce qui veut dire qu'il acceptait de céder au prix usine, une marchandise qui en valait le double sur le marché.

En raison du manque de financement, Bakoré Sylla a également décidé d'assurer le transport évalué à plus de 700 millions.

L'Etat renonce à la TVA sur l'aliment-bétail.

Toute cette opération d'approvisionnement en aliment bétail des éleveurs à moindre coût a été pré financé par Bakoré Sylla pour les charges financières conséquentes de 1,5 milliards F Cfa. Les règles du jeu en la matière sont les suivantes : dans ledit contrat, l'Etat a décidé selon un planning précis qu'il dispose des quantités dans toutes les capitales régionales et le district auprès des structures d'encadrement de l'élevage mais qu'il ne les délivre que contre paiement cash pour récupérer sa mise.

En réalité, il s'agit pour une fois, d'une opération de solidarité à l'endroit d'un secteur sensible de notre économie dans laquelle, l'Etat n'a renoncé qu'à la TVA estimée à 128 millions et qui est arrivé avec l'engament d'un privé malien à disposer sur tout le territoire de l'aliment bétail à 65.000 F Cfa la tonne, soit le prix carreau usine, contrairement aux 100.000 F Cfa des années passées pour la même période. Donc dans une opération de plus de 1,5 milliards de F Cfa, le privé a accepté de se contenter de la TVA moins les frais financiers et les charges. Il aurait pourtant pu gagner beaucoup plus en ne participant pas à cette opération humanitaire avec son stock légalement acquis.

A la date d'aujourd'hui, le privé a largement dépassé les prévisions de mise a disposition de 5000 tonnes d'aliments bétail. Il est à 680o tonnes donc au-delà des prévisions. Cependant à ce jour, seulement 1.730 tonnes ont été enlevées et payées. Près de 5100 tonnes d'aliment bétail sont stockés inutilement à 6500 F Cfa la tonne alors que le prix est à 75.000 F Cfa sur le marché noir. D'où une perte énorme pour l'opérateur et le bétail. Y a-t-il un sabotage organisé ?

L'Etat malien a enregistré au compte de la dernière campagne agricole un déficit céréalier découlant de l'invasion acridienne et de la mauvaise pluviométrie.

... Et sur les céréales.

Afin d'assurer un approvisionnement correct des populations, il a décidé d'exonérer de TVA 60.000 tonnes de riz. Pour mener à bien cette opération, une enquête des services publics a permis d'identifier les stocks disponibles au Mali, dans les ports et sur les bateaux à destination du Mali.

Il en est ressorti que Bakoré Sylla avait 30.000 tonnes de riz au Ghana et 10.000 tonnes en Guinée.

Cependant, pour éviter toute mauvaise interprétation, il a été décidé de ne lui accorder que 30.000 tonnes, le reste étant reparti entre 7 ou 8 autres opérateurs disposant de stocks en cours avec une moyenne de 50.000 tonnes.

Toutefois, à ce jour, Bakoré Sylla est le seul à avoir commencé l'acheminement en provenance du Ghana et de la Guinée alors qu'on se rend compte que certains n'ont même pas de stock comme annoncé.

Birama Fall

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