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Privatisation de la CMDT - A quoi faut-il s'attendre ?
(Nouvel Horizon 06/04/2005)

Peut-on parler de la problématique du développement des pays comme le Mali sans faire allusion aux difficultés inhérentes à nos grandes sociétés et entreprises d'Etat? Rien n'est moins sûr quand on sait que les conditions de vie des populations sont fonction du niveau des activités génératrices de revenus. Or, les sociétés et entreprises d'Etat sont pourvoyeuses d'emplois, sources de revenus pour les travailleurs. C'est pourquoi, les autorités politiques et administratives successives du Mali accordent une grande importance au développement du secteur de l'industrie et des sociétés et entreprises d'Etat. Qu'à cela ne tienne, nous sommes encore loin de voir le bout du tunnel dans ce processus, car ces structures ont du mal à se pérenniser.

LES RAISONS

La gestion des sociétés et entreprises publiques constitue l'un des plus grands problèmes de la gouvernance au Mali. Cela ne date pas de l'époque de la démocratie.

En effet, quelques années après la pose des premiers jalons de l'industrialisation, des problèmes ont surgi, relatifs à la gestion. Etait-ce parce que ceux qui l'avaient en charge n'avaient pas les compétences professionnelles requises? Ce n'était pas toujours le cas.

Cependant, la plupart de ces sociétés ont été butées à des problèmes de gestion, en raison du laxisme tantôt des gérants, tantôt des pouvoirs publics en ce qui concerne le contrôle. Ainsi, au fil du temps, le laisser-aller a conduit à des effets d'entraînement qui ont précipité les sociétés au bord du gouffre.

Les conséquences de ces pratiques sont entre autres les licenciements de personnel, la cessation temporaire, voire définitive des activités. Le géant de l'agro-industrie, la CMDT, n'échappe pas à ces situations.

En effet, pendant de nombreuses années, les autorités n'ont cessé d'y injecter des fonds importants pour sa pérennisation. Mais, en 2001, la nécessité de sa privatisation a été annoncée. Et depuis, les difficultés de survie de la société ne cessent de se multiplier. Le constat accablant est que les plus grandes sociétés, considérées comme stratégiques ne parviennent pas à remplir tout à fait leur contrat. Elles sont soit bradées, comme ce fut le cas de la cimenterie ( SOCIMA ) soit leur capital est ouvert aux privés ou sont mises en concession. Pour le cas spécifique de la CMDT, c'est la privatisation qui semble inéluctable.

Au moins à ce niveau il est pris en compte l'aspect social à travers les mesures d'accompagnement. Cet aspect est particulièrement important quand on sait que le plus grand mal de la privatisation au Mali est l'abandon des travailleurs compressés à leur sort. C'est cela qui explique en partie l'ampleur de la demande sociale aujourd'hui.

PLUS D'INCONVENIENTS QUE DE PROFITS

Ce qui intéresse beaucoup, c'est qu'on perdra plus en privatisant la CMDT. L'exemple récent est la concession d'EDM.SA. Aujourd'hui les autorités sont en train de faire des pieds et des mains pour revoir les clauses d'un contrat mal négocié, à en croire des représentants de la Banque mondiale.

La privatisation est, en effet, source de chômage et permet difficilement de préserver les intérêts des producteurs de coton.

En y allant, cela renforce les probabilités que le Mali perde sa position dans la sous région dans le cadre de la production cotonnière. Par la même occasion, on assistera sans doute à une baisse substantielle des recettes du secteur coton.

A l'étape actuelle du processus démocratique, le Mali a plutôt intérêt à se battre pour conserver ce géant de l'agro-industriel. Cela est une démarche stratégique.

Une chose est sûre, avec la privatisation de cette société, l'avenir des zones CMDT réputées prospères sera compromis.

Il semble que le Président de la République l'a compris, puisqu'il s'est battu pour que la privatisation de la société soit renvoyée à 2008. D'ici là qu'adviendra-t-il ?

Nul ne peut l'affirmer de façon précise, mais déjà, l'ancien ministre du Développement rural qui fut PDG de la CMDT Ahmed El Madani Diallo estime, en sa qualité de cadre connaissant bien cette société, que sa privatisation est nécessaire. Selon ses arguments, l'Etat n'a cessé d'investir des sommes faramineuses dans la CMDT, afin de la soutenir. C'est le retour à la case départ.

Or, nous sommes à une étape du processus démocratique où les préoccupations sont de plus en plus nombreuses. Faire face à la panoplie de demandes sociales permet-il de continuer à subventionner incessamment des sociétés publiques ? Rien n'est aussi difficile.

Ainsi, d'un côté, il y a les avantages socio-économiques, voire politiques qu'on peut tirer du maintien de la société, de l'autre, les charges énormes. Cela pose du coup un dilemme que les autorités se doivent dans tous les cas de trancher. Cela explique que privatiser la CMDT exige de nombreux préalables, des équations difficiles à résoudre en somme.

Moussa Sow

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