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Casses du 27 mars : le coût du "parapluie"
(L'Essor 07/04/2005)

Les assurance couvrent le vandalisme et le pillage mais seules les banques et quelques grandes entreprises ont recours à ces polices multirisques

Une violence inouïe s'est abattue sur la ville de Bamako dans la nuit du 27 mars après la défaite de l'équipe nationale de football face à son homologue du Togo. Cette défaite a servi de prétexte à des actes de vandalisme perpétrés un peu partout à travers la ville : feux de signalisation saccagés, édifices et monuments attaqués, bars, restaurants, et autres lieux d'hébergement pillés. Ces sont surtout ces derniers qui ont payé le plus lourd tribut à la furie des vandales et des casseurs.
Sans attendre une évaluation complète de ce qu'a coûté cette soirée insensée, l'on sait déjà que les pertes sont énormes. Les pillards ont réduit à néant des années de dur labeur, surtout des nombreux propriétaires de bar-restaurants, d'hôtels et de petites entreprises qui n'ont plus que leurs yeux pour pleurer.
Dans les pays développés, ce genre de dégâts est parfois couvert par les assurances. Mais dans un pays comme le notre où la culture de l'assurance n'est pas développée et où on rechigne même à "couvrir" son auto ou sa moto, le réflexe préventif est rare ou hors de portée.
En fait, ce type d'assurance existe-t-il chez nous ? Les propriétaires de bars-restaurants, hôtels et autres entreprises victimes des saccages avaient-ils eu la prudence et les moyens de se protéger contre ce risque ?
Les compagnies d'assurances et de réassurances de la place -AGF-Mali (Assurance générale de France au Mali), CNAR (Compagnie nouvelle d'assurance et réassurance), Sabu-Nyuman- confirment de concert ce que l'on subodorait : très peu de bars, espaces de loisirs, restaurants, hôtels et petites entreprises possèdent des contrats d'assurance multirisques qui couvrent les pillages.
Seules les grandes banques, les entreprises d'envergure sont sous le parapluie de la protection multirisques des compagnies d'assurance. Le chargé de communication de la Banque du développement du Mali (BDM Sa) précise ainsi que l'établissement a souscrit une assurance multirisques depuis fort longtemps.
AGF-Mali révèle, pour sa part, que le nombre de ses contrats multirisques tourne autour de 10% du total des clients enregistrés. Mais au moment de notre passage la semaine dernière, aucun de ces clients ne s'était encore manifesté ce qui laisse supposer qu'aucun d'entre eux n'a subi de casses.
Le manque d'empressement à souscrire une assurance multirisques, a incité AGF à offrir des garanties additionnelles dans ses polices d'assurances, notamment la couverture des dommages causés par les actes de vandalisme, les grèves, émeutes et mouvements populaires violents, explique David Sanon, le directeur technique de la compagnie. Les conditions pour jouir de ces garanties additionnelles sont définies dans deux clauses : la FANAF n°1 et la FANAF n°2. Elles sont offertes à la demande expresse de l'assuré. La FANAF est la Fédération des sociétés d'assurances de droit national africain créée en 1976 à Yamoussoukro (Côte d'Ivoire) et installée à Dakar au Sénégal.
Ces explications confirment que la protection multirisque existe dans notre pays mais que les opérateurs rechignent à y souscrire en partie car ils sous-estimaient la possibilité de subir des casses mais en partie aussi par manque d'information et par crainte des coûts supposés d'une telle couverture. Les coûts, effectivement, ne sont pas à la portée du premier venu.
AGF-Mali, par exemple, offre deux catégories de police multirisques. La première couvre le risque à usage exclusif d'habitation et les hôpitaux et coûte au minimum 30.000 Fcfa par an. La deuxième catégorie couvre donc tout ce qui n'est ni logement, ni hôpitaux et revient au minimum à 300.000 Fcfa par an. Le montant de l'assurance varie alors selon que les capitaux assurés sont inférieurs ou supérieurs à 10 milliards de Fcfa.
Les petites entreprises et sociétés n'ont visiblement pas les moyens d'une telle couverture qui grèverait leurs bénéfices. Elles restent donc, comme elles l'ont toujours fait, sous la protection de l'État en espérant que les mesures envisagées après le 27 mars contribuent réellement à les protéger contre les débordements.

Karim KOMAH

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