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Privatisation de la Cmdt - Les inquiétudes de l'ancien ministre de l’économie El Madani Diallo
(L'Indépendant 04/04/2005)

Suivant le nouvel chronogramme entre le Mali et les institutions de Breton Woods, la privatisation de la CMDT doit aboutir en 2008. Cependant, au vu de l'évolution de la filière cotonnière, certains observateurs, dont l'ancien ministre de l’économie Ahmed El Madani Diallo doutent de l'aboutissement de cette privatisation à la date annoncée.

La problématique de la privatisation de la filière coton en générale, et celle de la CMDT en particulier, défraie la chronique depuis les états généraux de la filère. Cela, à cause du poids du coton dans l'économie malienne et des discussions dont elle fait l'objet avec les partenaires.

Le cercle de réflexion Djoliba a apporté sa contribution au débat, le samedi dernier, par une cnférence débat sur le thème "la privatisation au Mali : cas de la CMDT" qui était animée par l'ancien ministre de l'économie, du plan et de l'intégration africaine, ancien ministre du développement rural et candidat malheureux aux élections présidentielles de 2002, Ahmed El Madani Diallo. Celui-ci, dans son exposé, a fait la genèse de la politique de privatisation au Mali depuis 1960. Le débat sur la privatisation, selon le conférencier, s'est toujours déroulé sur un plan idéologique entre ses partisans et ses adversaires. Pour le cas du Mali, El Madani divise le processus de privatisation en trois phases : 1960 - 1980, 1981 - 1992 et de 1992 à nos jours. La première phase fut consacrée à la création des entreprises d'Etat dont le nombre passa de 10 en 1960 à 25 en 1980.

Mais dès 1979, la liquidation de certaines d'entre elles, comme la Socoma était déjà un mauvais signe.

La seconde phase (1981 - 1992) constitue le début effectif de la privatisation dans notre pays avec la réalisation de l'étude diagnostic des entreprises d'Etat par le gouvernement qui a conclu que les résultats de celles-ci étaient négatifs avec 15 milliards d'impôts impayés en 1987. C'est ainsi que le 7 septembre 1987, le Pasep verra le jour avec comme ambition la réhabilitation, la liquidation et la privatisation de certaines entreprises. Un objectif qui ne sera pas entièrement atteint.

Cependant, le conférencier dira que si 1988 a été une année charnière dans le processus de privatisation au Mali, celle-ci n'avait jamais concerné la CMDT alors que Huicoma en faisait partie.

Il a fallu attendre la troisième phase (1992) et surtout les états généraux de la filière coton en avril 2000 avec l'adoption par le gouvernement du plan d'action de la lettre de politique de la filière, pour qu'on puisse parler ouvertement de la privatisation de la CMDT qui, de sa création le 21 octobre 1974 à cette date, était considérée comme une entreprise stratégique à cause du poids du coton dans le développement socio-économique. Et pourtant, dans son évolution, la compagnie a été confrontée à des crises successives qui ont pu être jugulées jusqu'à celle de 1999 - 2000. La privatisation était alors devenue inévitable avec un déficit de 56 milliards de FCFA en 2001 supporté, en partie, par l'Etat. Le premier chrono-gramme, qui prévoyait l'aboutissement de la privatisation de la CMDT en 2005, n'a pu être respecté. Cependant, 2008 ne semble pas être aussi certain. En effet, d'après le conférencier, avec la tendance actuelle caractérisée entre autres par le coût élevé de la production, la chute du cours mondial, la baisse du dollar par rapport à l'euro, rien n'indique que les privés qui ne cherchent que le profit, seront rassurés en investissant dans la CMDT.

Pour l'ancien ministre d'Alpha Oumar Konaré, le salut passera par la recherche de la compétitivité pour notre coton en réduisant le coût de production, en créant les condition de transformation sur place et en optant pour la culture du coton biologique, qui est de plus en plus demandé sur le marché. Pour échapper à la subordination de notre économie au coton, El Madani propose une diversification de l'économie «en nous tournant vers d'autres secteurs plus porteurs».

Par Youssouf Camara

© Copyright L'Indépendant

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