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Vérificateur général: pour
comprendre (L'Essor 05/04/2004) Pourquoi un Vérificateur
général ? Quelles sont ses missions, ses rapports avec les autres
structures de contrôle ? Qui le contrôle ? Comment le saisir ? Réponses
à quelques questions clés. La mise en place d'un Vérificateur
général est l'un des projets qui tient particulièrement à
cur le président de la République Amadou Toumani Touré
qui a mis la lutte contre la corruption et les infractions financières
au cur de son action. Après un long processus d'études et
l'adoption par l'Assemblée nationale de la loi créant l'institution
en août dernier, le projet est entré dans sa phase opérationnelle
avec la nomination jeudi du Vérificateur général et de son
adjoint. Même si le Vérificateur général vient s'ajouter
à d'autres structures de contrôle qui nous sont déjà
familières et avec lesquelles il sera complémentaire, son arrivée
est une innovation importante dans notre environnement administratif. Pas
de contrôle de trop- Pourquoi donc un Vérificateur général
? Il existe actuellement dans notre pays plus d'une dizaine de structures de contrôle.
Mais comme disent les spécialistes, il n'y a jamais un contrôle de
trop. En effet, la majeure partie de nos services échappent au contrôle,
tout simplement parce qu'il n'y a pas assez de contrôleurs. Or, il est recommandé
que chaque gestionnaire fasse l'objet de contrôles réguliers de façon
à éviter la découverte tardive de dérapages coûteux
pour la société. Un autre argument militant en faveur de l'institution
du Vérificateur général, tient au fait que les organismes
de contrôle qui existent actuellement sont situés dans la chaîne
hiérarchique administrative et dépendent entièrement des
décideurs administratifs qu'ils contrôlent. Or, pour des raisons
de transparence et de crédibilité, les gestionnaires publics ont
besoin qu'une structure non soumise à leur autorité hiérarchique,
jauge leur gestion pour se prononcer sur sa qualité. Le Vérificateur
répond à cette exigence puisqu'il s'agit d'une autorité administrative
indépendante. Indépendante de toutes les autres institutions dont
il ne reçoit ni ordre, ni injonction. Il a un budget propre qu'il gère. Mais
un poste aussi important et aussi prestigieux doit revenir à une personnalité
au-dessus de tout soupçon et à la compétence indiscutable.
Pour cela, il a été procédé à un appel à
candidatures sur la base de termes de références précis.
(voir article sur les conditions et modalités de recrutement). Une commission
de dépouillement et d'évaluation des dossiers a été
mise en place pour proposer au président de la République les trois
personnes les mieux placées parmi lesquelles, il a désigné
le Vérificateur. La même procédure s'est appliquée
au Vérificateur général adjoint. Le Vérificateur général
et son adjoint sont désignés pour un mandat de 7 ans non renouvelable.
Protégé par la loi- Le VG peut démissionner à
tout moment. Il en informe le président de la République par écrit.
Celle-ci ne peut lui être refusée. Il peut aussi être demis
de ses fonctions en cas de faute grave ou d'empêchement absolu constaté
par la Cour suprême saisie à cet effet par le président de
la République. Le VG est protégé par la loi contre les injures,
les provocations et les menaces dont il peut faire l'objet dans l'exercice de
ses fonctions. Il ne peut être inquiété, poursuivi, arrêté,
détenu ou jugé pour des opinions qu'il émet ou pour des faits
signalés dans ses rapports de vérification. Il est tenu au secret
professionnel. Avant leur entrée en fonction, le VG, son adjoint et les
vérificateurs prêtent serment devant la Cour suprême. Les
vérificateurs qui sont des agents techniques ayant le niveau et les qualifications
en matière de vérification, sont choisis à la suite d'un
appel à candidatures mis en uvre par le Vérificateur général.
Les personnes qualifiées, qu'elles soient de l'administration ou du secteur
privé peuvent faire acte de candidature aux postes de Vérificateur
général, d'adjoint à celui-ci et d'agents de vérificateur.
Mais les fonctions de Vérificateur général sont incompatibles
avec toute fonction administrative, politique, et toute activité professionnelle
privée. Une grande intégrité morale- Quelles qualités
faut-il avoir pour être Vérificateur général ? Il faut
naturellement avoir une formation académique de haut niveau et disposer
d'une expérience professionnelle de plusieurs années en matière
de gestion et de contrôle. Mais en plus de la compétence technique,
la fonction exige une grande intégrité morale. Cette dernière
dimension est d'autant plus importante que le VG doit donner le meilleur exemple
en matière de gestion et même de comportement de façon générale. Le
Vérificateur contrôle la gestion des ressources publiques par les
administrations et toutes les institutions de la République, les organismes
publics personnalisés (entreprises publiques, collectivités locales)
et les structures privées (associations et ONG) qui reçoivent des
subventions publiques. Le contrôle du Vérificateur porte non seulement
sur la régularité des actes de gestion, mais aussi sur la performance
et l'efficacité des dépenses effectuées. Le VG dispose d'un
adjoint et d'une administration appelée Bureau du Vérificateur général.
Il est composé d'agents de vérificateur et d'appui. Trois
cas de figure- Le contrôle opéré par le Vérificateur
est sanctionné par un rapport de vérification qui contient les constats
faits et les recommandations. Il doit aussi contenir les réponses et commentaires
du responsable dont la gestion a été contrôlée. Mais
ces commentaires n'engagent que leurs auteurs. Trois situations peuvent se
présenter. Premier cas de figure : l'opération de vérification
ne constate aucune anomalie, auquel cas, le Vérificateur fait son commentaire
sur la performance de la structure ou du programme contrôlé avant
transmission aux destinataires. Deuxième possibilité : l'opération
de vérification constate de simples dysfonctionnement administratif sans
aucun acte de violation de la loi. Dans ce cas, le rapport fait des recommandations
d'amélioration de l'organisation, du fonctionnement et de la méthode
de travail à l'attention de l'administration en plus du commentaire sur
la performance avant transmission aux destinataires. Troisième situation
: la vérification aboutit à la découverte d'irrégularités.
Alors, le vérificateur saisi directement la justice et il est tenu de suivre
le dossier notamment en apportant tout éclairage nécessaire au juge
pour faciliter les poursuites, puis établit en fin de contrôle son
rapport qu'il transmet aux destinataires. A la fin de l'année, le Vérificateur
rédige un rapport général qui récapitule les principales
conclusions faites au cours de l'exercice. Ce rapport est adressé au président
de la République, au Premier ministre, au président de l'Assemblée
nationale et est rendu public. Comment saisir le Vérificateur général
? C'est simple, toute personne qui serait en connaissance d'acte de mauvaise gestion
des ressources publiques par quelque organisation que ce soit peut en saisir le
Vérificateur. Mais il doit donner toutes les informations utiles pour permettre
au VG d'apprécier le bien fondé. Et celui-ci reste libre de donner
ou de ne pas donner une suite à ces saisines. En effet, le Vérificateur
reste maître de son programme et ne reçoit d'instruction de personne
pour effectuer tel ou tel contrôle. Pas de formalité particulière-
La saisine du Vérificateur général ne demande aucune formalité
particulière sauf celles que lui-même viendrait à mettre en
place pour des raisons d'efficacité. Mais qui contrôle le Vérificateur
général ? La question est d'importance. Il est soumis à un
contrôle externe qui a lieu au moins une fois tous les trois ans et porte
sur la gestion financière et le fonctionnement administratif de son bureau.
Mais ce contrôle ne porte pas sur les dossiers de contrôle. Il est
réalisé par un cabinet indépendant recruté sur la
base d'un appel à candidatures. Le rapport de contrôle de la gestion
du Vérificateur est rendu public. En plus de ce contrôle externe,
il est soumis au contrôle de l'opinion publique à travers la publication
de son rapport. L'une des questions qui est revenue sans cesse dans le débat
sur l'opportunité de la création de Vérificateur général
concerne ses rapports avec les autres structures de contrôle. Ce point mérite
des éclaircissements. Il n'y a pas de relations de subordination entre
le bureau du vérificateur et ces structures, tout simplement parce qu'une
autorité administrative indépendante ne peut pas être supérieure
hiérarchique des structures qui ne sont pas indépendantes sous peine
de créer des doutes et une confusion sur l'autonomie réelle du Vérificateur
général. Les relations entre le Vérificateur et les autres
structures sont en fait fonctionnelles. Concrètement, il y a deux types
de relations. D'une part, ces structures envoient au Vérificateur leur
programme et rapports de vérification, ce qui a l'avantage de favoriser
la complémentarité. D'autre part, le Vérificateur peut confier
des missions de vérification aux autres structures de contrôle au
même titre qu'à des structures privées dans un cadre contractuel.
Ce qui permet de tirer le meilleur avantage et de valoriser les expertises déjà
disponibles. © Copyright L'Essor Nouvelles
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