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Hausse des prix: l'huile et le savon font la course
(L'Essor 07/04/2003)

Huicoma accuse grossistes et détaillants qui accusent Huicoma. Tous admettent que l'offre bridée par des importations ralenties ne peut satisfaire la demande
Même si elles n'ont pas fondamentalement perturbé l'approvisionnement de notre pays en produits de consommation courante, les effets de la crise ivoirienne se font sporadiquement sentir sur le marché. Les dernières perturbations en date concernent l'huile et le savon dont les prix ont flambé ces temps derniers, un renchérissement brutal dont les commerçants et Huicoma se rejettent la responsabilité. Les responsables de l'usine assurent qu'aucune augmentation n'est intervenue au départ des magasins de Huicoma. Le carton qui contient 15 bidons d'huile continue à être cédé comme avant à 10.650 Fcfa soit 710 Fcfa le bidon. Le prix du carton contenant 48 morceaux de savon n'a lui aussi pas varié et s'élève à 4 800 Fcfa, le carton de 16 morceaux de grande taille revenant à 4000 Fcfa. Huicoma impute par conséquent les hausses à la poussée de spéculation que l'on observe chaque fois que la demande dépasse l'offre. L'usine relève que dans ce cas de figure, c'est la marge bénéficiaire du grossiste ou

du distributeur qui augmente et non celle de Huicoma, un bénéfice indu qui se fait bien entendu sur le dos du consommateur.
Dans les boutiques, l'augmentation est incontestable et sensible. Au fil des renchérissements, le litre d'huile qui coûtait il y peu, 650 Fcfa, revient aujourd'hui à 750 F. Quant au savon, le "géant Hippo", qui se vendait chez les détaillants à 250 FCFA pièce, il s'achète à 300 F CFA. Idem pour le petit Hippo dont le prix au détail a sauté de 100 à 150 Fcfa.
Accusés, les grossistes comme Gouro Aly Diallo persistent et signent et rejettent la responsabilité des hausses sur l'usine dont les prix aux grossistes auraient, assurent-ils, augmenté.
Le savon pose apparemment un problème spécifique. Alors que les importations de savon sont interrompues depuis quelques mois, nombre d'usines qui s'étaient lancées dans sa fabrication ont cessé de fonctionner, faute de matières premières. La Société des détergents du Mali (Sodema) qui épaulait l'Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma) dans l'approvisionnement du marché intérieur, produit aujourd'hui plus de lessive en poudre que de savon en morceaux.
Huicoma se retrouve donc seule pour assurer la totalité des besoins du marché malien. Une charge trop lourde pour elle et sa production oscillant entre 20 et 50 tonnes par jour. L'offre s'essoufflant à satisfaire la demande, les prix de tous les produits Huicoma ont entrepris de grimper depuis quelques mois déjà.
Ce renchérissement a malheureusement coïncide avec une dégradation de la qualité du "Koulikoro", le savon le plus utilisé par les ménagères bamakoises. En effet, il s'en dégage maintenant une odeur forte qui rebute les consommateurs et qui occasionne parfois des déboires inattendus. Comme à cette petite bonne qui a perdu son emploi pour avoir fait le linge de sa patronne avec ce savon malodorant. Ignorant que l'odeur désagréable qui collait au boubou provenait du savon utilisé, la maîtresse de maison a accusé la pauvre servante de négligence et l'a licenciée.
Ce savon a aussi occasionné beaucoup de palabres et de plaintes chez les boutiquiers. Les clients en colère, les interpellaient, les accusaient de leur vendre des stocks périmés et réclamaient d'être remboursés.
Échaudés par les récentes l'affaires de poulets et d'huile suspects qui avaient défrayé la chronique, des Bamakois ont vite fait de saisir l'Association des consommateurs du Mali (ASCOMA) sur la qualité du savon qui, selon eux, proviendrait de déchets. Le spécialiste en hygiène et en sécurité des produits alimentaires que celle-ci a commis sur l'affaire, s'est rendu à Koulikoro où se trouve l'usine Huicoma. À son retour, le docteur Ibrahima Sangaré a estimé que la mauvaise odeur dégagée par le savon n'entamait en rien sa qualité hygiénique. Autrement dit, explique-t-il, sa consommation ne présente aucun risque sanitaire.
La mauvaise odeur serait liée au fait que l'entreprise a commandé depuis août dernier des acides gras. A cause de la crise ivoirienne, le fournisseur a expédié la matière première sur Dakar. Là, les produits sont restés bloqués 90 jours avant d'être acheminés sur Bamako. Le lot de savon incriminé a justement été fabriqué avec cette matière première et livré un week-end. Quelques jours plus tard, les plaintes ont afflué. Les prélèvements effectués sur le produit en question ont révélé qu'il répondait à toutes les caractéristiques d'un acide, sauf pour l'odeur.
Par précaution, la compagnie avait cependant envisagé de retirer le lot de savon malodorant du marché mais a du rapidement y renoncer tant les circuits de distribution étaient complexes et enchevêtrés. Le président directeur général de Huicoma, Cheick Chérif Niaré, a toutefois promis d'échanger les stocks en circulation pourvu que les détenteurs les ramènent à la direction de la société.
Pour l'heure, Huicoma fait face à une situation exceptionnelle consistant à remplacer l'acide gras par de l'huile hydrogénée produite à partir de ses installations d'hydrogénation de Koulikoro. L'huile de coton dont dispose actuellement la compagnie est donc partagée entre la savonnerie et la consommation afin d'éviter une pénurie de savon dans le pays.
La situation va vite devenir intenable. C'est pourquoi Huicoma s'est lancée dans la quête tous azimuts d'huiles grasses. L'huile de palme et de coco qui donne un pouvoir moussant au savon font ainsi partie des commandes passées par la société.
Au nombre des tuiles qui émaillent sa saison, Huicoma, retient aussi l'emballage de carton du savon "Hippo". Le fournisseur local ne pouvant satisfaire ses besoins, Huicoma s'est rabattue sur Dakar où sa première commande, lancée il y a 4 mois, est restée en souffrance. C'est finalement au Ghana, qu'elle a pu se dépanner.

S. Doumbia

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