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Coton malien et burkinabè : deux modèles, une ambition
(Jeune Afrique 13/03/2012)

Les deux premiers producteurs de coton d'Afrique subsaharienne, le Mali et le Burkina Faso, reposent sur des schémas différents. Au moment où toute la filière redoute une nouvelle chute des cours, lequel est le mieux armé pour affronter les conséquences ?

Après un premier trimestre 2011 exceptionnel, les cours du coton ont chuté de moitié depuis un an. Alors que l'Association cotonnière africaine se réunira du 15 au 17 mars à Victoria Falls, au Zimbabwe, la filière redoute que les cours continuent de s'effondrer. De réformes en plans de relance, le Mali et le Burkina Faso, les deux premiers producteurs d'Afrique subsaharienne, ont développé chacun leur modèle pour surmonter la crise et affronter l'avenir. Le secteur est vital pour les deux économies : entre 3 millions et 3,5 millions de personnes vivent du coton dans chacun des deux pays.

Premier producteur du continent avec 406 000 tonnes pendant la saison 2011-2012, la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT), détenue à 99 % par l'État (1 % par Geocoton), devrait être à l'équilibre sur l'exercice 2011, après plusieurs années de déficits et une véritable cure d'austérité qui a fait passer les effectifs de 2 000 personnes à moins de 1 100 aujourd'hui. Elle annonce un chiffre d'affaires de 200 milliards à 250 milliards de F CFA (de 305 millions à 380 millions d'euros) pour la campagne 2011-1012. Face à elle, la Société burkinabè des fibres textiles (Sofitex) assure 80 % des 380 000 t de la production nationale. En progression après une libéralisation difficile en 2004, la compagnie a notamment misé sur les OGM.

Reste à savoir si les réformes entreprises par la CMDT seront de nature à renforcer durablement la filière malienne et si les choix audacieux de la Sofitex la rendront plus compétitive. Quelles sont leurs différences et leurs convergences ? Réponses en six points.

1. OGM ou semences classiques ?

Le débat est surtout politique. De 50 % sur la saison 2011-2012, le taux de semences OGM au Burkina, premier pays d'Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) à y recourir (depuis 2008), devrait atteindre 60 % lors de la prochaine campagne. D'un coût supérieur aux semences hybrides (24 000 F CFA le kg, contre 20 000 F CFA), la semence OGM a surtout réduit la pénibilité du travail pour les producteurs : de sept à huit traitements par an, les cotonculteurs sont passés à deux. Néanmoins, les gains espérés sur le rendement (+ 30 %) ne sont toujours pas au rendez-vous : il n'a été que de 950 kg par hectare, contre 1,2 t promise par Monsanto, le fournisseur américain de semences OGM. La Sofitex met en cause la mauvaise utilisation des engrais (quantité et programmation) et les conditions climatiques. Elle ambitionne de fournir la sous-région en semences modifiées via son partenariat avec Monsanto.

Au Mali, l'utilisation de graines « classiques » n'a pas empêché le pays de regagner sa place de premier cotonnier subsaharien, avec des rendements compris entre 800 et 900 kg par hectare. « Le cadre réglementaire permet aujourd'hui d'expérimenter des OGM si nous le souhaitons », explique Tiéna Coulibaly, PDG de la CMDT.

2. La libéralisation est-elle nécessaire ?

Depuis 2004, deux sociétés, Socoma et Faso Coton, opèrent aux côtés de la Sofitex. Mais le Burkina n'a pas pour autant dépassé son rival malien, malgré un objectif de production commun aux deux pays de 500 000 t par an. Après de multiples recapitalisations, l'État burkinabè détient toujours 35,16 % du capital de la Sofitex, le reste étant réparti entre le Fonds burkinabè pour le développement économique et social (30,28 %), l'Union nationale des producteurs de coton (30,13 %), Geocoton (3,87 %) et des privés burkinabè (BIB et Bicia-B, 0,56 %).

Au Mali, si elle a pris du retard, la privatisation de la CMDT est toujours d'actualité. Déjà quatre filiales ont été créées en fonction d'un découpage géographique. Au final, l'État gardera 17 % dans chacune d'elles, aux côtés des producteurs et des salariés (22 %). Les 61 % restants seront partagés entre plusieurs prétendants (dont des Chinois). La présence de l'État n'est pas remise en question, car elle reste nécessaire pour soutenir la filière en temps de crise.

3. Quelle politique auprès des producteurs ?

Après des années d'abandon, le retour des paysans à la culture cotonnière reste un défi clé. En ce sens, les politiques des deux compagnies se ressemblent. L'une comme l'autre préfinancent les intrants (remboursés lors de la vente du coton) et fixent des prix à l'avance (à partir du mois d'avril). Portés par les cours mondiaux, ces derniers ont pu être relevés par rapport à l'an dernier. La Sofitex a payé 245 F CFA le kilo (contre 230) ; la CMDT, 255 F CFA (contre 185). Une différence cependant : les producteurs sont actionnaires de la Sofitex, alors qu'ils ne le sont pas encore à la CMDT (le plan de privatisation malien prévoit qu'ils le deviennent). Confrontée à une fronde des cultivateurs il y a un an, la Sofitex s'est en outre efforcée de raccourcir les délais de paiement à dix jours après l'enlèvement du coton, contre vingt et un auparavant. La CMDT tente quant à elle d'individualiser les paiements, afin de mieux valoriser les cultivateurs les plus performants. Enfin, les deux possèdent un fonds de soutien.

4. La transformation locale est-elle un atout ?

Elle le serait si elle pouvait être compétitive. La CMDT ne gère plus que l'égrenage, vend la totalité de ses graines à une quarantaine d'huileries locales et seulement 2 % de son coton-fibre à une demi-douzaine de filatures maliennes. La Sofitex est toujours actionnaire à 30 % de la Filature du Sahel (Filsah) mais, tout comme la CMDT, vend ses graines aux huileries. « Malheureusement, l'essentiel de la fibre de coton est exporté. Nous essayons de voir avec des investisseurs, notamment indiens, comment la transformer sur place pour apporter une plus grande valeur ajoutée, créer des emplois et se protéger de la volatilité des cours », explique le ministre burkinabè de l'Économie, Lucien Marie Noël Bembamba. Pour un patron de la filière en Afrique de l'Ouest, il est « dommage, mais normal dans le contexte actuel, que les sociétés et les pays n'aient pu garder une filière intégrée ». La faible compétitivité des filatures (coûts élevés de l'énergie et manque de moyens pour une industrie très capitalistique) est le principal obstacle.

5. Comment sont financées les filières ?

Les deux recourent à un pool bancaire pour financer l'achat des intrants et la campagne de commercialisation. Pour le premier emprunt (entre janvier et juin), la CMDT passe par la Banque nationale de développement agricole, qui coordonne les crédits auprès de diverses banques de la place (64 milliards de F CFA). Pour acheter le coton, la Banque de développement du Mali s'adresse à partir d'octobre à des organismes locaux et étrangers (115 milliards de F CFA).

La Sofitex utilise le même mécanisme pour les intrants (77 milliards de F CFA) et l'achat de la production (avec un premier emprunt de 55 milliards de F CFA pour la saison 2012-2013). Parmi les organismes qui l'ont soutenue, on trouve la Banque Atlantique, la Banque commerciale du Burkina, Bank of Africa, Ecobank... Le recours aux banques étrangères est plus intéressant (crédit moins cher), mais les États imposent aux deux sociétés de faire appel en partie aux banques nationales. En cas de pertes, l'État malien est le seul à éponger les dettes de la CMDT (20 milliards de F CFA par an avant 2011, année de bénéfices), tandis qu'à la Sofitex elles sont couvertes par l'ensemble des actionnaires.

6. Qui a la plus grande marge de négociation ?

Ni l'une ni l'autre n'ont de grandes marges de manoeuvre avec leurs clients (Louis Dreyfus, Reinhart, Olam, Plexus Cotton...), malgré un fonctionnement légèrement différent. Alors que la Sofitex négocie la fibre de gré à gré, la CMDT recourt à des appels d'offres électroniques. Le processus est transparent. Environ un tiers de sa production est vendue à l'avance si les cours sont intéressants.

Néanmoins, sur le plan commercial, le coton africain souffrira encore longtemps de sa taille modeste à l'échelle mondiale.

Un cours en chute libre

Les prix anormalement élevés de 2010 et du début de 2011 étaient liés à un mouvement de panique résultant d'une hausse de la demande asiatique et d'une incertitude sur les quantités disponibles. La chute entamée en avril 2011 s'accélère à partir de juin . Elle est due à une baisse de la demande, à une reconstitution des stocks et à une renégociation des contrats en Asie. Les prix actuels , autour de 1 dollar la livre, sont toujours au-dessus des niveaux moyens de la décennie précédente (0,60 dollar entre 1998 et 2010). Il y a moins de volatilité, car les stocks, notamment chinois, ont été reconstitués et la demande stagne. Mais au-dessous de 0,80 dollar, la filière africaine est en danger.

Michael Pauron

© Copyright Jeune Afrique

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