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Ahmed Mohamed Ag Hamani : « Tous nos indicateurs économiques sont au vert ! »
(Jeune Afrique-L'Intelligent du 21 au 27 mars 2004)

Jeune Afrique/l'intelligent : À quelques jours de la table ronde de Genève, les résultats de votre gouvernement en matière économique plaident-ils en votre faveur ?

Ahmed Mohamed Ag Hamani : Cette rencontre avec les bailleurs de fonds ne pouvait tomber à un moment plus favorable : tous nos indicateurs économiques sont au vert, comme la dernière mission du FMI, du 10 au 24 février, a pu le constater. Le taux de croissance économique a été d’environ 6 % en 2003, soit beaucoup plus que les 3,2 % initialement prévus. Par ailleurs, notre fiscalité devient plus efficace : les recettes budgétaires ont atteint 16,6 % du PIB en 2003, contre 15,9 % au cours de l’année précédente. Enfin, notre déficit budgétaire a diminué de 2,2 % pour s’établir à 5,1 % du PIB. Ces progrès sont largement dus aux bons résultats de la campagne agricole 2003-2004, rendus possibles par l’abondance des pluies. En progression de 38,4 %, la récolte de coton-graine a par exemple atteint le record de 610 000 t. En 2003, le Mali est arrivé au terme de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).

J.A.I. : Tout cela a-t-il des effets sur le « panier de la ménagère », comme l’on dit ?

A.M.A.H. : Il est évident que les bonnes récoltes de cette année ont rempli les greniers des paysans, qui représentent plus de 70 % de la population et produisent 80 % de la nourriture (riz, maïs, sorgho, mil) qu’ils consomment. L’an dernier, l’effet combiné d’une offre de céréales plus abondante et de la réduction des tarifs de l’eau, du téléphone et de l’électricité a fait baisser de 1,3 % l’indice des prix à la consommation. Le panier de la ménagère ne s’en porte que mieux. La crise ivoirienne a certes provoqué un renchérissement des coûts d’acheminement des produits importés à partir de Lomé ou d’Accra, mais nous avons, par le biais de détaxes, veillé à maintenir le niveau des prix.

J.A.I. : Les résultats sont moins convaincants en ce qui concerne l’emploi des jeunes…

A.M.A.H. : Cette question préoccupe beaucoup le chef de l’État, qui en a fait, avec l’amélioration de la condition des femmes, l’une des priorités de son mandat. Le 24 février, il a d’ailleurs inauguré le siège de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes, une structure qui va s’efforcer de résoudre les problèmes d’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi. Un fonds de plusieurs milliards de francs CFA est par ailleurs en cours de création, dans le même objectif. Mais la principale piste que nous explorons est celle du déploiement des jeunes dans l’agriculture et l’élevage, deux domaines d’activités à fort potentiel de main-d’œuvre.

J.A.I. : Selon certains, la réalisation d'infrastructures est au point mort et n’a guère progressé depuis le départ du président Alpha Oumar Konaré…

A.M.A.H. : Ceux-là se trompent, tout le pays est en chantier. Je pourrais multiplier les exemples. Il y a la construction, à Bamako, de la Cité administrative, qui abritera la primature et douze ministères (coût : 40 millions de dollars) et celle du complexe destiné à accueillir, en février 2005, le sommet France-Afrique. Par ailleurs, 1 008 logements sociaux sont en cours d’achèvement et les travaux de construction de la route Tombouctou-Niafounké ont commencé en décembre 2003, de même que ceux des axes Mali-Guinée et Mali-Mauritanie.

J.A.I. : L’insécurité règne dans le Nord. La présence au Mali d’islamistes algériens membres du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) crée un certain nombre de problèmes, de même que celle de mercenaires et d’ex-rebelles ivoiriens… Tout cela ne risque-t-il pas de décourager les investissements ?

A.M.A.H. : Je ne le crois pas. Le climat politique est aujourd’hui apaisé, consensuel. Nous avons signé avec les syndicats un pacte de solidarité pour la croissance et le développement, et l’école a renoué avec la stabilité depuis deux ans. Le Mali n’est pas confronté à l’extrémisme islamiste. Après négociations, nous avons convaincu les salafistes algériens de quitter le Mali. Comme vous le savez, ils se sont repliés au Tchad. Le Nord est désormais sécurisé, surveillé en permanence par nos troupes, dont la formation est actuellement assurée par les forces spéciales américaines.

Propos recueillis par Cheikh Yérim Seck

© Copyright Jeune Afrique-L'Intelligent

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