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Chemin de fer: CANAC-GETMA gèrera la ligne Dakar-Bamako
(L'Essor 04/03/2003)

L'entreprise canadienne présente la meilleure offre financière -15,668 milliards de Fcfa- et exploitera l'axe ferroviaire Dakar-Bamako à partir du 1er juin 2003

Le processus de mise en concession globale des chemins de fer du Mali et du Sénégal tire vers sa fin.

Si tout se passe comme prévu, c'est le groupement CANAC-GETMA, (le Canadien CANAC et le Français GETMA) qui héritera des deux réseaux à la fin du mois de mai prochain. Mettant fin ainsi au processus de privatisation entamé il y a une dizaine d'années. Par cette forme de privatisation qu'est la concession, le nouvel acquéreur s'engage pour un bail sans promesse de vente pour 25 ans.
En octobre dernier, deux groupements avaient soumissionné pour un appel d'offres qui se révélera infructueux. Il s'agit du groupement CANAC-GETMA et du groupement SNCFI/Bolloré/Maersk/Canarail/Comazar qui s'est présenté sous la dénomination SNCFI international.
Le 8 octobre, après examen, un comité interministériel sénégalo-malien déclarait les deux offres non conformes au dossier d'appel d'offres révisé et suspendait le processus de sélection de l'actionnaire de référence.
Le 24 décembre, le processus reprenait avec une nouvelle variante d'appel d'offres, préparé en collaboration avec les partenaires dont la Banque mondiale. Les candidats pouvaient faire alors des propositions de modification. Ce sont ces nouvelles propositions qui ont fait l'objet d'examen de la part du comité interministériel qui a établi un système de notation. Ces modifications portaient sur les textes juridiques et les offres financières.
Le groupement CANAC-GETMA n'a apporté aucune modification aux textes juridiques et a fait la meilleure offre financière (15,668 milliards contre 10,142 milliards pour le groupement SNCFI-Bolloré-Canarail-Maersk-Comazar).
Sur la base de ces deux notations, CANAC-GETMA a été déclaré adjudicataire définitif, partenaire de référence et devra constituer la future société qui reprendra l'exploitation de l'axe ferroviaire Dakar-Bamako à partir du 1er juin 2003.
Sur les 15,668 milliards proposés par CANAC-GETMA, 4,988 milliards constituent la redevance à verser aux États malien et sénégalais, le reste (10,988 milliards) devant servir au rachat du matériel existant.
A titre de comparaison, SNCFI-international avait proposé 7 milliards pour le rachat de l'équipement et 3,142 milliards pour la redevance.
D'ici la fin du mois d'avril prochain, une réunion aura lieu avec les bailleurs de fonds pour leur présenter l'adjudicataire de référence et boucler la procédure de mise en concession globale des réseaux malien et sénégalais.
Le groupement CANAC-GETMA s'est engagé à investir 40 milliards de Fcfa sur 5 ans pour améliorer le réseau, acquérir de nouvelles machines, des wagons et des voitures, mais aussi pour remettre au point certaines installations. Des investissements dont la Régie a un grand besoin pour augmenter son tonnage. Surtout maintenant que l'axe est très sollicité depuis l'éclatement de la crise ivoirienne en septembre dernier.
Comme toujours en pareil cas, le désengagement de l'État va s'accompagner d'un plan social. Avec la reprise du service par le nouvel acquéreur, ce sont quelque 1.500 agents des deux réseaux qui perdront leur emploi, la moitié pour le réseau malien et l'autre moitié pour le réseau sénégalais. Il est ainsi prévu, côté malien de débloquer 6,7 milliards pour prendre en charge les indemnités de licenciement qui seront versées aux partants. Des discussions sur le plan social seront engagées et il est prévu que tous les agents sur le départ reçoivent leur dû avant de quitter l'entreprise.
Parmi les travailleurs de la Régie du Chemin de fer du Mali que nous avons rencontrés, l'arrivée du canadien CANAC est plutôt bien accueillie. Ils s'empressent de rappeler que ce sont ces Canadiens qui ont offert en 1987 les 8 locomotives actuellement en service. Ce sont eux qui ont également aidé la Régie à se doter de son premier schéma directeur.
Le candidat malheureux à la concession globale étant propriétaire de la ligne Abidjan-Niger, l'arrivée du Canadien permettra une certaine concurrence dans la sous région. Certains cheminots rappellent les difficultés que connaît l'axe Abidjan Ouagadougou, avec le secret espoir que si les arrivants tiennent leur promesse, la ligne Dakar-Bamako prenne des parts de marché à l'autre société.
Si tout se passe bien, la lettre d'engagement avec l'adjudicataire sera signée avant la fin du mois de mai.
Certains cheminots qui reconnaissent une grande expertise à CANAC, pensent que c'est un nouvel espoir qui renaît à la Régie. Après 10 ans d'incertitude, c'est peut-être le début d'une ère nouvelle. A un moment où les chemins de fer restent très sollicités, alors que les difficultés s'accumulent pour empêcher la Régie de tourner normalement, l'arrivée d'un partenaire de référence ne peut annoncer que des lendemains meilleurs.

A. LAM

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