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Privatisation de la CMDT: Laventure suicidaire
De la baisse considérable du niveau de la croissance économique du pays (au regard de son impact sur celle-ci) à laccroissement du taux de pauvreté à travers le licenciement des ressources humaines compétentes et leffondrement de la production (dramatique pour le million de producteurs) les conséquences de la privatisation de la Compagnie malienne de textile du Mali, CMDT, sont des plus dangereuses pour lessor socio-économique de notre pays. En quoi la crainte des producteurs est-elle justifiée ? En quoi cette privatisation constitue-t-elle un suicide pour notre pays et les générations futures ? Pourquoi lEtat doit il sassumer ? Quest-ce quil faut en lieu et place dune privatisation après les échecs cumulés des précédentes expériences ? Lisez notre analyse. Privatisation sauvage et suicidaire ! Cest en effet fort de ce constat déchecs cumulés dans la production que les plus hautes autorités de notre pays ont décidé de sinscrire depuis 2001 dans une dynamique de privatisation de la filière. Lobjectif visé par une telle aventure, qui rentre dans sa dernière phase cette année, est de « limiter, selon le gouvernement (dont la part dactions ne sera que 10%) les risques financiers pour le budget de lEtat, améliorer la gestion et la rentabilité de la filière, pérenniser en favorisant lentrée de professionnels dans le capital ». En clair, pour le gouvernement, cette privatisation constitue la seule issue vers la redynamisation du secteur coton. Mais selon toute vraisemblance et une analyse logique des risques à courir, il sagit tout simplement dune aventure suicidaire face à laquelle lEtat doit prendre ses responsabilités et éviter les échecs des précédentes privatisations. Lon comprend alors aisément la colère et lindignation des syndicats de producteurs qui craignent un scénario catastrophique. Le schéma de privatisation dont il sagit prévoit que la CMDT sera un « holding » divisé en filiales : les succursales de Bougouni-Sikasso, Koutiala-San, Fana-OHVN, et Kita. De lavis de plusieurs spécialistes de la question, ce schéma de la « CMDT holding » garde les achats, le commercial, le contrôle de la gestion, et les fonds générés par les filiales serviront à acquitter les créanciers de lex-CMDT. Ce qui fera dire à Maurice Adevah Poeuf (fin connaisseur de la filière en Afrique, et président de lAgence française dappui aux collectivités, AFAC), quavec la privatisation de la CMDT « le risque dun big bang social est réel ». Pour le spécialiste français, qui animait à Bamako une conférence-débat sur la question en novembre dernier, la concrétisation du projet de privatisation de la filière cotonnière par le Mali constitue « une catastrophe certaine. » Selon toute analyse logique, la mise à liquidation de la CMDT comporte des risques énormes, tant au plan technique, économique que social. De leffondrement de la production au licenciement des ressources humaines compétentes, en passant par labsence dopérateur sérieux pour lacquisition des filiales, et surtout des paysans dépourvus qui nauront pas accès au crédit des intrants, les conséquences de la privatisation de la filière coton seront assez dramatiques pour lessor socio-économique de notre pays. Et si le projet venait à se concrétiser, cest notre or blanc qui se transformerait en plomb. En clair, sil y a un échec, qui sajoutera malheureusement à la liste des précédents (comme les Chemins de fer, lEnergie du Mali, lITEMA, lHUICOMA, etc.) cest tout le Mali qui sera appauvri. Avec un chiffre daffaires de 200 milliards de nos francs, soit 20 à 25% du budget national, la filière coton fait nourrir au minimum 4 millions de personnes avec 1.200 employés à la CMDT. On imagine alors aisément la catastrophe que le Mali encourt avec le projet de mise à liquidation du secteur. La privatisation ne peut constituer à chaque fois une excuse pour le gouvernement de notre pays pour justifier « le redressement » dune entreprise ou société dEtat. Il est vrai quavec un passif denviron 100 milliards de francs CFA pour la CMDT, la résolution de la crise de notre coton relève dun véritable parcours du combattant. Mais il est nécessaire pour le gouvernement de redresser la barre. Ce, dans le sens de la responsabilité de lEtat et du souci de procéder à un assainissement complet de la gestion des ressources de la compagnie. Certains expliqueront cette descente aux enfers tout simplement par la baisse du prix du coton sur le marché mondial. Pour le cas malien, il ny a pas que cela : il faut dénoncer lirresponsabilité et le sens peu élevé de la bonne gestion des biens de lEtat. Comment éviter à une entreprise daccuser un déficit énorme, quand le prix bic (le simple bic tenez-vous bien) se chiffre à 1.500 francs CFA, selon des missions de contrôle crédibles? Comment redresser un secteur où le marché de lapprovisionnement en intrants agricoles est étouffé par la mafia tapise dans lombre et dont lobjectif nest autre que de se faire les poches au détriment des paysans arnaqués à chaque campagne ? Difficile du moins de sortir la tête de leau. LEtat qui ne peut sassumer, comme dans bien des cas malheureusement, na dautre choix que de cautionner le suicide. Bref, la CMDT a plus besoin dune restructuration que dune privatisation. Issa Fakaba SISSOKO © Copyright L'indicateur Renouveau Archives |