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Filière cuirs et peaux peut faire mieux
(L'Essor 20/02/2008)

Le secteur monte en puissance, mais doit prendre le virage du professionnalisme. Il y a un accent de fierté dans la réponse. Lorsqu'on lui demande ce qu'elle fait dans la vie, Massitan indique qu’elle est «commerçante en peaux" avec une pointe de défi amusé au fond des yeux. Notre dame a quelques raisons de se glorifier. La profession telle qu’elle l’exerce peut nourrir son homme, mais elle exige une grosse débauche d’énergie. Ainsi chaque jour que Dieu fait, Massitan arpente inlassablement les rues de Koulikoro pour démarcher les bouchers et les apprentis bouchers, ses fournisseurs en peaux. La brave dame fréquente aussi les abattoirs où elle trouve de temps en temps son bonheur. Le relationnel compte beaucoup dans sa profession. Massitan le souligne volontiers. "Mon travail, dit-elle, demande de la patience, mais aussi de la bonne humeur pour garder une clientèle très capricieuse ». Autre élément déterminant dans la préservation de relations privilégiées : ne pas avoir de dettes auprès des fournisseurs. « Je m'efforce autant que possible de payer comptant afin que mes fournisseurs ne vendent pas à d'autres. Car les acheteurs ne manquent. Le commerce de cuirs et peaux commence à attirer de plus en plus de monde", indique Massitan.

L’activité effectivement intéresse de plus en plus. Car des acteurs premiers (bouchers, apprentis-bouchers) aux exportateurs en passant par les intermédiaires, beaucoup y trouvent son compte. C’est vrai que la matière première ne manque pas. De Kayes à Kidal, en passant par Sikasso et Tombouctou, notre pays regorge de zones de concentration animale qui alimentent deux filières d’exportation, celle de la viande (surtout du bétail sur pied) et celle de la peau. La première, fort connue et la seconde, en progression continue. C’est ce que remarquent les vieux routiers de la collecte des peaux, comme Aliou qui opère dans le domaine depuis plus d’une dizaine d’années et qui souligne que le cuir malien est d’une qualité prisée à l'extérieur.
Mais plutôt que de parler d’une émergence de ce produit, il serait plus exact d’évoquer un retour en grâce. Il faut en effet rappeler qu’un important atelier national sur le commerce des cuirs et de peaux s’était réuni à Bamako (déjà) en 1974 et qu’en 1978 avait été adoptée toute une batterie de textes qui réglementait le secteur. Secteur qui en 1998 quittait le giron de l'État pour s’ouvrir aux privés. Mais, reconnaissent de nombreux opérateurs, cette ouverture amena paradoxalement une évolution contraire aux effets recherchés : la qualité des produits proposés à l’exportation baissa.

2,9 MILLIONS DE PEAUX. Pourtant, la peau « made in Mali » continue à être demandée, comme en témoignent les camions remplis de ce produit et dont la cargaison est embarquée ensuite à partir de la Côte d’ivoire à destination de l'Espagne, de l'Italie, ou de la France. Selon les statistiques disponibles au plan national, l’exportation présente des chiffres impressionnants : 800.000 peaux de bovins, 2,9 millions d’ovins et plus de 3 millions de caprins. Le gérant de la "Malienne des cuirs et peaux", Amadou Ascofaré, estime toutefois que ces données sont en dessous de la réalité, car une quantité énorme de cuirs et de peaux reste traitée de façon informelle. Ce qui joue sur l’exactitude des statistiques et aussi sur la qualité des exportations.

"N'est pas spécialiste du secteur qui veut. Il faut avoir une maîtrise de la technique de production, un souci de la qualité qui fait procéder à une sélection rigoureuse depuis l’animal sur pied jusqu’au produit tanné. L'intérêt des acheteurs pour nos produits ne peut être entretenu que si ces préalables sont observés", indique Ibrahima Diané, coordinateur du Projet sous-régional d'amélioration de la qualité des cuirs et peaux en Afrique de l'ouest (CFC/FIGHS/04). Il faut donc s’assurer de l’entière collaboration des deux catégories de professionnels qui interviennent dans le secteur, les collecteurs professionnels disposant de patente et de locaux appropriés et les exportateurs disposant de patente et d'infrastructures de stockage adaptée.

Aujourd'hui, la production nationale de cuirs et peaux est assurée par trois unités industrielles, à savoir la Tannerie de l'Afrique de l'ouest (TAO), la Tannerie Mamadou Keita (TAMAK) et enfin la Tannerie du Mali (TAMALI) qui disposent d’une capacité de traitement annuel de 1,822 millions de peaux d'ovins et caprins. Le métier bien fait est rémunérateur. Le directeur de la "Malienne de cuirs et peaux", Souleymane Sidibé, annonce un chiffre d'affaires qui atteignait l'année dernière plus de 200 millions de Fcfa. Ce qui lui permettait de payer correctement son personnel (1,5 million de Fcfa par mois de charge salariale) et de s’acquitter sans problème de ses taxes et impôts.

CHANGER LA DONNE. Pourtant, on ne se bouscule pas au niveau des investisseurs. "Le secteur manque encore de financement et d'infrastructures adaptées, reconnaît volontiers Ascofaré. Les banques et autres structures financières sont réticentes à s’intéresser à un secteur qu'elles jugent aléatoire, le cours du produit étant instable sur le marché international. Le manque de professionnalisme des acteurs eux-mêmes constitue un facteur pénalisant. Les méthodes et les moyens de production restent en deçà des normes requises. Le secteur pour décoller a besoin d'une véritable politique de structuration, au plan tant national que sous-régional ».

Les changements sont cependant en marche. Le Mali, le Sénégal, le Niger et le Burkina Faso ont mis en commun leurs efforts pour promouvoir le secteur à travers le Projet CFC/FIGHS/04, d'une durée de trois ans (2005-2007) et doté d’un budget d’environ 1,121 milliard de Fcfa. Parmi les objectifs prioritaires affichés, la qualité des cuirs et peaux. Qualité qu’il faut savoir préserver depuis le stade de l’abattage. Le coordinateur régional du Projet, Ibrahima Diané, compte d’ailleurs mettre en œuvre une série de mesures allant dans ce sens, notamment l'introduction d'un système de prix fondé sur des critères de qualité, la conception et la mise en place d'un système de marquage de la qualité, la certification des cuirs et peaux bruts conformément à des normes de qualité déterminées. Le projet va également développer un programme d'identification des professionnels.

L'établissement d'un système de promotion et de commercialisation des cuirs et peaux qui correspond au système commercial international, y compris les échanges effectués sur Internet, la mise en place d'un site web pour faciliter l'accès au marché des cuirs et peaux et la création d'un organe sous-régional dynamique des professionnels de la filière cuirs et peaux, devront permettre de sortir le secteur du marasme actuel, renchérit de son côté le coordinateur national du Projet CFC/FIGHS/04, Boubou Sow qui salue au passage la création de l'Association sous-régionale des professionnels de cuirs et peaux de l'Afrique de l'ouest (ASOAC). Une preuve éloquente de la montée de prise de conscience des acteurs du secteur. Qui comprennent désormais que hors de la rigueur, il n’y a pas de promotion possible.

L. DIARRA

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