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Mamadou Koulibaly:“Il faut en finir avec le franc CFA”
(Notre Voie 11/02/2008)

Au cours de la cérémonie d’adhésion de plusieurs centaines de militants du RDR au FPI dont il assurait le parrainage, M. Koulibaly Mamadou, président de l’Assemblée nationale, a fait une importante déclaration. Notre Voie vous la livre.

“Quand je venais ici, on m’a dit que Bouaflé était une ville difficile. Mais quand on a fait Anyama et Abobo, les villes difficiles de Côte d’Ivoire deviennent rares. Peut être Bouaké ? Mais Bouaké n’est pas encore une ville. Quand une ville est occupée, on ne peut pas dire que c’est une ville. Bouaké est un camp de concentration aux mains de la rébellion et il faut attendre que nous en finissions avec avant de passer à d’autres considérations. Toute la zone du nord d’ailleurs. Vous y avez des parents et vous savez très bien qu’ils ne vivent pas comme nous vivons ici. Ce que vous avez fait ce matin, il faut faire en sorte que cela continue.
Vous savez, nous nous sommes levés ici en Côte d’Ivoire et nous nous sommes jetés les uns sur les autres pour nous faire une guerre bête, méchante, barbare, inutile, inefficace. Cela nous a tous appauvri en même temps. Ils disaient avant qu’il y a des Ivoiriens de première classe et des Ivoiriens de seconde classe. Ils ont dit que c’est pour cela que les armes se sont imposées à eux. Aujourd’hui, on a encore des Ivoiriens de première classe et des Ivoiriens de seconde classe. Les Ivoiriens qui sont au Sud ici sont des Ivoiriens de première classe. Nous sommes libres et nous faisons ce que nous voulons. Les Ivoiriens qui sont dans les zones occupées sont des Ivoiriens de seconde classe. Ils n’ont pas les mêmes droits que nous. Ils n’ont pas droit à l’école, à l’éducation, à la santé, à l’eau potable, à l’électricité, au minimum qu’il faut pour donner la dignité à un homme.
Comme on peut dire, pour justifier une crise, qu’on se bat pour que tous les Ivoiriens soient égaux et puis, une fois qu’on a commencé sa bataille, on fait une classification. On loge des Ivoiriens de seconde classe qu’on prend en otage et puis, à côté, on vient vivre avec les Ivoiriens de première classe. Et on proclame qu’on est démocrate. C’est inacceptable. Il fallait le dire et je l’ai dit !
Si vous sortez du RDR, si vous sortez du PDCI, ne restez pas là. Allez dire à ceux qui sont encore dedans que : les gars, si vous continuez de rester dedans, vous allez appauvrir davantage le pays. Il faut sortir de tous ces partis qui n’ont d’autre programme que de céder la destinée de la Côte d’Ivoire à la France. Il faut sortir de ces partis et vous engager sur la voie qui permet d’affirmer notre dignité et notre liberté.
Vous nous voyez en costume comme un président, mais j’ai les pieds et les mains enchaînés. Je ne peux pas tout faire. C’est valable pour tous les présidents africains. Ils sont présidents mais ils ne peuvent pas tout faire. Pour faire certaines chose, il leur faut d’abord le demander à Paris. Et si Paris dit : je ne veux pas, on ne le fait pas. Et si tu veux le faire quand même, on te chasse du pouvoir. Nous servons à quoi ? Ce n’est pas possible ! Nous sommes des hommes et nous avons des droits en tant qu’hommes. Regardez le ministre d’Etat Bohoun Bouabré. On voulait en faire un gouverneur de la Banque centrale à Dakar. Si c’était entre nous Africains, il serait le gouverneur de la banque centrale mais on dit que les Français ne veulent pas de lui. “Les Français ont quoi à voir dans notre Banque centrale ? », ont demandé certaines personnes. Mais pour ceux qui ne le savent pas, la Banque centrale appartient aux Français. Ils ont eu peur de lui. Ils ont dit : “Les gens d’Abidjan avec leur théorie bizarre d’économie, ils vont venir tout chambouler à la Banque centrale. Ils ne perdent rien pour attendre ! On ne peut pas continuer avec un franc CFA surévalué qui nous appauvri ! Nous avons une monnaie digne de l’Allemagne d’aujourd’hui, alors que nous sommes une économie pauvre d’Afrique.
Quand nos industriels vont à la banque pour investir, on leur demande, à Abidjan, 14 ou 15%. Quand les mêmes entrepreneurs français vont à la banque pour chercher de l’argent et investir, on leur demande 3 ou 4%. Comment pouvez-vous prendre un crédit ici à 15%, construire des usines, embaucher des gens et faire des bénéfices ? Donc, on n’a pas d’usine. Ceux qui ont de l’argent ouvrent des comptes là-bas. Et ils sont les premiers à dire : ce sont des pourris, ils ont des comptes en Europe. Il faut qu’on sache ce qu’on veut. Notre franc CFA, il faut en finir avec. Cela peut être dur, mais le Ghana a sa monnaie, le Nigeria a sa monnaie, la guinée a sa monnaie, l’Afrique du sud a sa monnaie, la Tanzanie a sa monnaie. Les écoles qu’ils ont faites pour pouvoir gérer leurs monnaies, nos gens, ici, ont fait ces mêmes écoles. Mais pour nous, on dit : la France dit qu’elle ne veut pas. Il faut qu’on arrête de demander ce que la France veut avant d’agir. Nous sommes des hommes, des responsables, nous avons un pays, il faut qu’on s’assume entièrement.
Que le gouvernement français gère la France, c’est son droit. Mais qu’il laisse les Africains gérer l’Afrique. La période de l’esclavage est finie. On ne va pas leur demander des comptes immédiatement, mais cela serait bien, aujourd’hui, qu’on fasse l’audit du compte d’opération. Depuis 1960, combien d’argent y avons-nous mis ? Combien avons-nous gagné ? A quel taux d’intérêt ? Où est allé l’argent ? Il faut qu’on fasse l’audit du compte d’opération, l’audit de la coopération monétaire, l’audit de la coopération économique ! Mais si nous sommes en guerre comme en ce moment, on ne peut pas s’asseoir et y penser.
Et quand vous dites : on veut l’audit, un autre passe pour dire : moi, je ne veux pas de l’audit. Si vous me donnez le pouvoir, vous faites ce que vous voulez. En Afrique, c’est comme ça qu’on fait. Mais en Europe, quand un pays dit qu’il ne veut pas, tout le monde dit la même chose.
Avec cette guerre, je suis allé voir les Allemands pour leur dire que les Français nous fatiguent, pouvez-vous nous aider à nous en sortir ? Ils ont dit : “Nous avons fait plusieurs guerres avec la France, ne comptez pas sur nous pour provoquer des palabres à cause de vous. Je suis allé voir les Belges, les Italiens, les Américains. Pareil !
Mais si c’est en Afrique et qu’il y a des palabres dans un pays, les autres disent : “On va vous aider à mélanger là-bas ! Nous nous sommes prêts à vendre nos parents. Les gens qui sont bien, ne vendent personne, à plus forte raison leurs parents. Et pourtant, leurs parlements ont voté des lois pour nous vendre, nous acheter. Aujourd’hui, ils parlent de droits de l’Homme. Comme si nous n’étions pas des hommes avant. Aujourd’hui, nous faisons travailler nos enfants dans nos champs et disent : Ah, ce sont des esclavagistes. Mais eux, ils ont voté des lois pour nous mettre en esclavage ! Les Droits de l’Homme ne concernaient pas les Africains ? Ce qui fait l’homme, ce n’est pas sa taille, sa corpulence. Il peut être malade mais si dans sa tête est clair, s’il aide son prochain, s’il est bon croyant, il est homme. Voilà, je ne veux pas être plus long, je vous remercie”.

Propos recueillis à Bouaflé par P. D. T

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