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Développement du Mali : Qui se moque de qui ?
Le développement ne se décrète pas. Il découle de la mise en uvre des politiques favorables au progrès économique et social, notamment les réformes douloureuses, mais nécessaires. Cest un processus long, certes, mais plus on y pense plus on se rend compte que le Mali peine encore à trouver son chemin. Il en est ainsi parce que les règles élémentaires et le bon sens sont absents dans nos politiques de développement. Les acteurs et agents de développement passent à côté de lessentiel. Les règles les plus élémentaires du bon sens sont ignorées par nos politiques. La logique nous apprend que dans ce monde où nos envies sont illimitées et nos moyens si limités, quon fasse une analyse coût/bénéfices de toute action publique pour comparer son rendement à celui des alternatives. Spécifiquement, avant dentreprendre quoi que ce soit impliquant des dépenses publiques, lEtat a le devoir de se poser la question suivante : est-ce une nécessité ou un luxe ? La question devient encore plus importante lorsquil sagit de lun des pays les plus pauvres. Que fait le gouvernement ? Il crée de nouvelles institutions qui, à leur tour, créent des rapports. Il y en a assez des rapports des institutions inutiles avec des budgets annuels dépassant plusieurs milliards de F CFA et dont leffet sur le quotidien des Maliens ne vaut pas plus que lindifférence tant affichée de ceux censés être garants du denier public. Qui peut honnêtement défendre une quelconque utilité du Bureau du Vérificateur général à part que celui-ci est là à rendre publics des rapports qui ne sont ni pris au sérieux et ni lus par qui de droit. Quelle suite donner à ce rapport qui faisait état dune perte de plus de 100 milliards à lEtat ? Ne savez-vous pas que cette somme suffit pour envoyer tous les enfants de la rue à lécole ? A alimenter des milliers de villages en eau potable ou à connecter des milliers décoles à Internet ? Quen est-il du Médiateur de la République, qui a publié récemment son rapport annuel ? De part et dautre, loccasion est toujours bonne pour faire un tapage médiatique lors de la rencontre du président de la République et les présidents desdites institutions. Place à la routine : on félicite les bureaux pour le travail bien fait, on prend soin de mettre le rapport dans le placard et à lannée prochaine pour un autre rapport coûteux et sans effet. Comme le Bureau du Vérificateur général, censé aussi intervenir entre le gouvernement et les administrés, le Médiateur de la République ne dispose daucun pouvoir contraignant envers qui que ce soit. A quoi bon ? Certains nhésiteront pas à dire que ces institutions sont en partie financées par les partenaires techniques. Autrement dit, un pays frère nous donne de largent gratuitement pour le fonctionnement de ces institutions. Mais là nest pas le problème. Ce nest pas parce que vous avez de lespace vide dans votre cour que vous accepterez de la transformer en des chambres dhôtel. Ce nest point les institutions qui manquent au Mali. Plutôt, cest la volonté politique qui est négligée. Quon mette un terme à la création des institutions qui nont ni utilité et dont le seul effet est de recommander des actions à entreprendre. Cessons de gaspiller largent du contribuable. Le développement na pas de raccourci. Il existe un chemin bien connu, testé par des pays et qui sont à notre portée sans besoin de faire recours à un quelconque partenaire. Le bon sens veut quon pose des actes dès maintenant sans lesquels le développement ne sera jamais possible. Ces actes ne coûtent pas un franc, mais nous aideront tout de même à consacrer lessentiel de nos ressources là où le besoin est le plus pressent, tout en rendant les leaders exceptionnellement populaires. Parmi ces actes : Des préalables 1. Réduire les avantages liés aux postes stratégiques.
Un ministre na pas besoin de plus dune voiture. Un ministre
na pas besoin de voyager en première classe. Savez-vous quen
Norvège, 3 ministres se partagent une voiture et un chauffeur,
et quun ministre ne voyage quen classe économique ?
Pourquoi le font-ils ? Ils veulent sassurer que seules les personnes
désireuses de rendre service au public se retrouvent dans des fonctions
stratégiques. 2. La réforme de notre fonction publique est un passage obligé
et le plus tôt serait le mieux. Quon soit un étranger
ou un national, le constat est unanime : ladministration malienne
est paralysée et démotivée, et un cadre normal au
Mali ne travaille pas plus dune heure par jour. Entre larrivée
au bureau à 10 h, le thé en trois temps, les courses et
appels téléphoniques payés par lEtat, la productivité
et lefficacité de nos services publics sont sûrement
les plus médiocres. Pis, lattitude des chefs de service rappelle
le diktat de Georges Clemenceau qui dit que « les fonctionnaires
sont un petit peu comme les livres dune bibliothèque. Ce
sont les plus haut placés qui servent le moins ». Quelle
réponse à linertie des bureaucrates ? Le gouvernement
promet de recruter davantage. 3. Quon ouvre un débat national sur notre développement, représentant toutes les sensibilités politiques pour définir le rôle et la responsabilité de tous les acteurs. Consulter le peuple au nom duquel on gouverne sur ce quil attend de ses serviteurs est dune légitimité incontestée. Quand on est consulté, on prend la part de responsabilité qui est la sienne. 4. Finalement et non moins le moindre, le support populaire est capital. Les leaders changent parce que la population lexige. Le rôle de la société civile est crucial. Elle constitue un blocus permettant dobserver toute action des politiques en les rendant accessibles aux populations et aux médias. Mais quand la société civile peine à trouver toute sa place du fait de sa dépendance par rapport augouvernement et quand lécrasante majorité de la population ne connaît ni son droit ni son devoir, on est à la merci des décideurs politiques. Une telle situation rend tout possible, y compris le pire. Dire « je veux développer mon pays » ne suffit pas plus que « vouloir guérir » ne guérit pas un malade. Personne ne dispose de la formule magique pour développer un pays. Mais il existe des idées à appliquer et des comportements à éviter. Que les politiciens maliens comprennent une chose : gouverner veut souvent dire prendre des décisions provisoirement impopulaires, mais qui, dans le long terme, transforment la vie des millions de citoyens en un océan de bonheur. Quils cessent dexploiter lignorance de ceux qui leur sont aveuglement fidèles ! Soya Djigué (économiste) © Copyright Les Echos Archives |
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