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Développement du Mali : Qui se moque de qui ?
(Les Echos 04/02/2008)

Le développement ne se décrète pas. Il découle de la mise en œuvre des politiques favorables au progrès économique et social, notamment les réformes douloureuses, mais nécessaires. C’est un processus long, certes, mais plus on y pense plus on se rend compte que le Mali peine encore à trouver son chemin. Il en est ainsi parce que les règles élémentaires et le bon sens sont absents dans nos politiques de développement. Les acteurs et agents de développement passent à côté de l’essentiel.

Les règles les plus élémentaires du bon sens sont ignorées par nos politiques. La logique nous apprend que dans ce monde où nos envies sont illimitées et nos moyens si limités, qu’on fasse une analyse coût/bénéfices de toute action publique pour comparer son rendement à celui des alternatives.

Spécifiquement, avant d’entreprendre quoi que ce soit impliquant des dépenses publiques, l’Etat a le devoir de se poser la question suivante : est-ce une nécessité ou un luxe ? La question devient encore plus importante lorsqu’il s’agit de l’un des pays les plus pauvres. Que fait le gouvernement ? Il crée de nouvelles institutions qui, à leur tour, créent des rapports.

Il y en a assez des rapports des institutions inutiles avec des budgets annuels dépassant plusieurs milliards de F CFA et dont l’effet sur le quotidien des Maliens ne vaut pas plus que l’indifférence tant affichée de ceux censés être garants du denier public.

Qui peut honnêtement défendre une quelconque utilité du Bureau du Vérificateur général à part que celui-ci est là à rendre publics des rapports qui ne sont ni pris au sérieux et ni lus par qui de droit. Quelle suite donner à ce rapport qui faisait état d’une perte de plus de 100 milliards à l’Etat ?

Ne savez-vous pas que cette somme suffit pour envoyer tous les enfants de la rue à l’école ? A alimenter des milliers de villages en eau potable ou à connecter des milliers d’écoles à Internet ?

Qu’en est-il du Médiateur de la République, qui a publié récemment son rapport annuel ? De part et d’autre, l’occasion est toujours bonne pour faire un tapage médiatique lors de la rencontre du président de la République et les présidents desdites institutions.

Place à la routine : on félicite les bureaux pour le travail bien fait, on prend soin de mettre le rapport dans le placard et à l’année prochaine pour un autre rapport coûteux et sans effet.

Comme le Bureau du Vérificateur général, censé aussi intervenir entre le gouvernement et les administrés, le Médiateur de la République ne dispose d’aucun pouvoir contraignant envers qui que ce soit. A quoi bon ?

Certains n’hésiteront pas à dire que ces institutions sont en partie financées par les partenaires techniques. Autrement dit, un pays frère nous donne de l’argent gratuitement pour le fonctionnement de ces institutions. Mais là n’est pas le problème.

Ce n’est pas parce que vous avez de l’espace vide dans votre cour que vous accepterez de la transformer en des chambres d’hôtel. Ce n’est point les institutions qui manquent au Mali.

Plutôt, c’est la volonté politique qui est négligée. Qu’on mette un terme à la création des institutions qui n’ont ni utilité et dont le seul effet est de recommander des actions à entreprendre. Cessons de gaspiller l’argent du contribuable.

Le développement n’a pas de raccourci. Il existe un chemin bien connu, testé par des pays et qui sont à notre portée sans besoin de faire recours à un quelconque partenaire. Le bon sens veut qu’on pose des actes dès maintenant sans lesquels le développement ne sera jamais possible.

Ces actes ne coûtent pas un franc, mais nous aideront tout de même à consacrer l’essentiel de nos ressources là où le besoin est le plus pressent, tout en rendant les leaders exceptionnellement populaires. Parmi ces actes :

Des préalables

1. Réduire les avantages liés aux postes stratégiques. Un ministre n’a pas besoin de plus d’une voiture. Un ministre n’a pas besoin de voyager en première classe. Savez-vous qu’en Norvège, 3 ministres se partagent une voiture et un chauffeur, et qu’un ministre ne voyage qu’en classe économique ? Pourquoi le font-ils ? Ils veulent s’assurer que seules les personnes désireuses de rendre service au public se retrouvent dans des fonctions stratégiques.
En Norvège, un prétendant ne va pas voir un devin pour être ministre. Chez eux, les gens refusent d’être ministre. Qu’on interdise la circulation des voitures officielles en dehors des heures de travail (avec le prix du baril à 100 dollars, les économies seront énormes). Qu’est-ce qu’une Mercedes immatriculée G ou K fait dehors à minuit ou sur la route de Sélingué un samedi soir ?

2. La réforme de notre fonction publique est un passage obligé et le plus tôt serait le mieux. Qu’on soit un étranger ou un national, le constat est unanime : l’administration malienne est paralysée et démotivée, et un cadre normal au Mali ne travaille pas plus d’une heure par jour. Entre l’arrivée au bureau à 10 h, le thé en trois temps, les courses et appels téléphoniques payés par l’Etat, la productivité et l’efficacité de nos services publics sont sûrement les plus médiocres. Pis, l’attitude des chefs de service rappelle le diktat de Georges Clemenceau qui dit que « les fonctionnaires sont un petit peu comme les livres d’une bibliothèque. Ce sont les plus haut placés qui servent le moins ». Quelle réponse à l’inertie des bureaucrates ? Le gouvernement promet de recruter davantage.
Nous n’avons ni les moyens, ni le besoin de recruter dans la fonction publique. La fonction publique est surpeuplée et nous estimons qu’un pays comme le nôtre n’a pas vocation à payer des gens pour ne rien faire. Dans les autres pays, les gens se battent pour des postes dans le privée ; au Mali, il n’y a que la fonction publique qui intéresse et la raison est connue : on est payé pour ne rien faire.

3. Qu’on ouvre un débat national sur notre développement, représentant toutes les sensibilités politiques pour définir le rôle et la responsabilité de tous les acteurs. Consulter le peuple au nom duquel on gouverne sur ce qu’il attend de ses serviteurs est d’une légitimité incontestée. Quand on est consulté, on prend la part de responsabilité qui est la sienne.

4. Finalement et non moins le moindre, le support populaire est capital. Les leaders changent parce que la population l’exige. Le rôle de la société civile est crucial. Elle constitue un blocus permettant d’observer toute action des politiques en les rendant accessibles aux populations et aux médias. Mais quand la société civile peine à trouver toute sa place du fait de sa dépendance par rapport augouvernement et quand l’écrasante majorité de la population ne connaît ni son droit ni son devoir, on est à la merci des décideurs politiques. Une telle situation rend tout possible, y compris le pire.

Dire « je veux développer mon pays » ne suffit pas plus que « vouloir guérir » ne guérit pas un malade. Personne ne dispose de la formule magique pour développer un pays. Mais il existe des idées à appliquer et des comportements à éviter. Que les politiciens maliens comprennent une chose : gouverner veut souvent dire prendre des décisions provisoirement impopulaires, mais qui, dans le long terme, transforment la vie des millions de citoyens en un océan de bonheur. Qu’ils cessent d’exploiter l’ignorance de ceux qui leur sont aveuglement fidèles !

Soya Djigué (économiste)

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