|
|
Ramassage des ordures : une mine d'opportunités
d'emplois
(L'Essor 28/02/2007)
Cette activité méprisée, recèle pourtant dénormes
potentialités de création de richesses
«Ma profession est ramasseur dordures. Je nen ai pas
honte, jy gagne mon pain. Mon ambition est de créer un environnement
sain pour les habitants de mon quartier.» Cest avec fierté
que, Tiécoro Sylla, titulaire dune licence en douane et dun
Brevet de technicien supérieur en marketing, relate son parcours.
Son histoire remonte tout près à juillet 2005. Après
des études universitaires au Maroc, il regagne la patrie, diplôme
en poche. Pour échapper aux affres du chômage, Tiécoro
et quelques camarades du quartier décident de relancer les activités
dune vieille association créée en 1997 par les aînés
du quartier. LAssociation pour la promotion de lenvironnement
et de la culture, cest le nom de la structure, a servi en son temps
de tremplin pour eux. «Ils étaient tous au chômage
quand ils créaient lAPEC», rappelle Tiécoro.
Bien qu'à cette époque, lAPEC navait quun
but non lucratif.
Son objectif est de promouvoir un environnement sain dans le quartier
et créer une nouvelle conscience chez les populations. Aussi ambitionne-t-elle
de créer des espaces verts à travers le quartier, curer
des caniveaux, dératiser, etc.
Pour réaliser ces objectifs au redémarrage des activités,
il fallait trouver de largent. La caisse de l'association étant
vide, il fallait soit élaborer des projets et démarcher
les bailleurs en vue de récolter des fonds pour financer les activités,
soit sinvestir carrément dans le ramassage des ordures, moyennant
une rémunération. Finalement, les jeunes promoteurs ont
opté pour la seconde alternantive. Cest ainsi, quils
ont approché le nouveau président dhonneur de lassociation,
Habib Touré, actuellement gestionnaire principal du Centre de formation
technique de Quinzambougou (CFTQ) avec un projet prévoyant l'achat
de six charrettes et des ânes pour la traction. Le coût total
du projet s'élevait à 990.000 Fcfa. Une somme que Habib
Touré a payé en espèces. "Je suis prêt
à vous appuyer chaque fois que vous avez besoin de moi, pourvu
que mon aide contribue à lutter contre le chômage des jeunes»,
a assuré le donateur, selon Tiécoro.
À la reprise, il fallait adapter le statut de lassociation
à la nouvelle orientation pour être conforme à la
réglementation. Car elle devait postuler pour les marchés
publics. Ce changement était nécessaire pour échapper
à la critique des autres Groupements dintérêts
économiques de la commune, sont légalement constitués.
Depuis, lAPEC sest transformée en Agence pour la promotion
de lenvironnement et la culture. Elle comporte deux volets : la
partie lucrative qui fait des prestations. Celle-ci soutient financièrement,
le second volet, qui est purement social. À ce jour, lAPEC
compte 19 employés. Elle distribue chaque mois à ses travailleurs
plus de 300.000 Fcfa de salaire. Elle paie à la mairie, 2500 Fcfa
tous les mois, 11 000 Fcfa aux impôts et 10.000 Fcfa de cotisation
à la coordination des GIE de la commune.
Elle fait face également aux charges dentretien de loutil
de production. Chaque charrette coûte au service environ 15.000
Fcfa par mois. Au plan social, lAPEC a aménagé plusieurs
espaces verts dans la commune. Au nombre de ces aménagements, lon
retient la cour du XIIe arrondissement à Korofina, les terres pleines
sur laxe Boulkassobougou-Sangarébougou, sur la route qui
passe derrière la mairie secondaire de Boulkassombougou et au niveau
du pont de Sangarébougou. Conformément à son statut,
dans le cadre de l'assainissement de la commune, lAPEC assure le
curage des caniveaux, la pulvérisation dans les quartiers et la
dératisation. Elle paie aux prestataires la note de ces services
et paie à lÉnergie du Mali, la facture deau
dentretien des espaces verts. «Parfois nous payons à
lEDM plus de 35.000 Fcfa par mois. Les manuvres qui soccupent
de leur entretien sont à la charge de lAPEC», explique
Tiécoro. Les recettes proviennent des prestations de services et
les frais de décharge des poubelles, qui sélève
à 1500 Fcfa par mois. Parfois les recettes générées
couvrent difficilement les charges de la jeune entreprise, ajoute-t-il.
Cest dire que lAPEC fait face à des difficultés
au nombre desquelles le recouvrement pénible des redevances relatives
aux frais de décharges des poubelles. Le taux de recouvrement atteint
difficilement 70%. Sagissant des contrats de prestation de service
de nettoyage et dentretien des espaces verts, les GIE dassainissement
font face à une concurrence déloyale des anciens manuvres.
Selon Tiécoro, une fois quils arrivent à se faire
un réseau de clients, ils quittent la boîte et travaillent
pour leur propre compte, en violation des règles de la concurrence.
Ce sont des clandestins qui nont aucune obligation ni charge.
Tiécoro regrette également la mauvaise perception de leur
métier par les populations. «On nous considère comme
des moins que rien. Dans mon quartier, on mappelle plus par mon
prénom, mais "Niamantièla". Ce qui est décourageant»,
regrette-t-il. Est-il besoin de rappeler que le pasteur noir américain,
Martin Luter King, disait à ses frères noirs qu«il
ny a pas de sots métiers, mais il y a des sottes gens».
Le secteur est très porteur dans notre pays : son enlèvement
rapporte de largent, sa transformation crée de la valeur
ajoutée, donc de largent». Voir notre article intitulé
«Commerce : PROFESSION VENDEUR DE FUMIER» du 10 janvier 2007.
Comme autres difficultés, le coût élevé de
lentretien des outils de production. Selon Tiécoro, les frais
dentretien des charrettes englouties lessentiel des revenus
de lentreprise. Il faut ajouter à cela linadéquation
entre le besoin dépanouissement de la jeune entreprise et
les moyens de production dont elle dispose. Il estime que lAPEC
a besoin dune engin motorisé pour être efficace. Car
le quartier est grand et les charrettes sont lentes. Chacune delle
assure la décharge de 100 poubelles. Cest pourquoi Tiécoro
et ses collègues comptent sur un appui de l'État pour permettre
à l'APEC de voler plus haut dans le ciel.
A. O. DIALLO
© Copyright L'Essor
Archives
|