|
4ème édition du forum de Bamako
- privatisations en Afrique : quel mode d'emploi ? (L'Essor 20/02/2004)
Certainement passage obligé mais nullement fatalité, la privatisation
a peut être manqué d'un arbitre fort, capable d'en imposer aux repreneurs L'ancien
Premier ministre centrafricain,Jean Paul Ngoupandé,s'interrogeait mercredi
sur les antennes de nos confrères de l'ORTM sur l'attitude à adopter
face à des entreprises publiques qui posent problèmes aux États
et à des privatisations qui ne sont pas gages de satisfaction. La complexe
et controversée question de la privatisation des sociétés
et entreprises publiques en Afrique, s'est retrouvée, hier à l'hôtel
Salam, au cur de la 4ème édition du Forum de Bamako. La
cérémonie d'ouverture présidée par le Premier ministre
Ahmed Mohamed Ag Hamani s'est déroulée en présence des membres
du gouvernement, des anciens Premiers ministres maliens Younoussi Touré,
Abdoulaye Sékou Sow et Mandé Sidibé et d'éminents
économistes des institutions de Bretton Woods et des pays voisins. Chiffres
parlants- Une étude de l'OCDE estime les recettes de privatisation des
États africains de 1988 à 2002, à 8,816 milliards de dollars
contre 1.100 milliards de dollars pour le reste du monde. Ces chiffres sont parlants. L'État
malien a encaissé de la première privatisation d'une de nos entreprises
publiques en 1979 à 2002, environ 54 milliards de Fcfa. Dans ce laps de
temps, 71 entreprises publiques ont été privatisées chez
nous et 17 autres privatisations étaient en gestation en mars dernier. C'est
sur cette réalité répandue sur le continent que le Forum
de Bamako entendait exercer sa capacité d'analyse et de réflexion,
son esprit critique et sa force de proposition. Abdoullah Coulibaly, le directeur
général de l'Institut des hautes études en management (IHEM)
maitre d'oeuvre du Forum, constatera que nombre de pays paient le prix fort des
privatisations conduites souvent à l'absence de toute transparence et équité.
Les économies africaines ont ainsi été victimes de l'opacité
des transactions menées par des acteurs économiques comparés,
à juste titre, à des vautours, relèvera le directeur de l'IHEM. La
privatisation est-elle un passage obligé ou une fatalité ? Quelle
leçon en tirer ? Comment éviter qu'elle ne conduise nos économies
à une situation de dépendance ? Quel rôle d'arbitre pour les
acteurs politiques face au jeu d'intérêts des opérateurs économiques
nationaux ? Les interrogations soulevées par Abdoullah Coulibaly tracent
les contours du vaste champ sur lequel les experts en économie et autres
spécialistes des problèmes de privatisations étaient appelés
à exercer leur sagacité. Abdoullah Coulibaly n'avait plus qu'à
souhaiter que le Forum travaille sans à priori et sans aucun complexe avec
des échanges équilibrés entre acteurs publics, opérateurs
privés et représentants de la société civile. La
nécessité d'être pragmatique- La formation et le perfectionnement
des cadres sont une préoccupation essentielle de nos politiques et le renforcement
des capacités, un thème incontournable de tous nos programmes de
développement, relèvera le Premier ministre Ahmed Mohamed Ag Hamani
en rendant un hommage appuyé à l'IHEM pour ses efforts dans ce sens. L'Afrique
doit assumer ses erreurs et tirer les leçons qui s'imposent. Une attitude
qui sera facilitée lorsque le diagnostic aura été posé
par les élites africaines elles-mêmes sans acrimonie et sans complaisance.
Un espace comme le forum se prête à cet exercice, notera le Premier
ministre. Les États africains face à la privatisation sont plongés
dans un dilemme. Leur rôle d'arbitre leur fait obligation de veiller à
l'intérêt du plus grand nombre alors que leurs objectifs stratégiques
les incitent à promouvoir le secteur privé. Mandé Sidibé
recommandera d'être pragmatique en la matière et de se fixer des
objectifs clairs et précis. Faut-il maintenir des entreprises publiques
qui constituent une charge pour l'État ou aller vers la privatisation qui
est une forme de soulagement pour l'État ? Les pouvoirs publics africains
ont adopté depuis les premières années de l'indépendance
des cadres juridiques et réglementaires aptes à leur assurer le
contrôle des économies nationales. Les effets escomptés, constatent
les spécialistes, n'ont pas été atteints car le secteur public
confronté à diverses difficultés s'est fortement dégradé.
Les entreprises publiques ont donc pesé sur les budgets. Ce n'est pas
pour autant que la privatisation constitue la panacée. C'est pour faire
plaisir à la Banque mondiale et au FMI, estime ainsi Jean Claude Berthelemy,
professeur à la Sorbonne de Paris, favorable à une appropriation
du phénomène par les États à la place du diktat des
bailleurs de fonds. Jean Claude Berthelemy préconise un "régulateur"
public efficace, c'est à dire un État fort capable de négocier
et d'imposer ses conditions aux repreneurs. Le cas du Cameroun est cité
en exemple dans le cadre de la privatisation des services d'électricité
de ce pays. Les autorités camerounaises ont réussi à faire
prendre nombre d'engagements par le nouvel acquéreur. B. DOUMBIA ©
Copyright L'Essor Nouvelles
économiques du mois de janvier Nouvelles
économiques du mois de décembre Nouvelles
économiques du mois de novembre Nouvelles
économiques du mois d'octobre Nouvelles
économiques du mois de septembre Nouvelles
économiques du mois d'août Nouvelles
économiques du mois de juillet Nouvelles
économiques du mois de juin Nouvelles
économiques du mois de mai Nouvelles
économiques du mois d'avril Nouvelles
économiques du mois de mars Nouvelles
économiques du mois de février
|