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Vie chère à Bamako: Déjà le ras-le bol des populations
(Le Républicain 18/01/2008)

Carence d’huile sur le marché, hausse du prix du pain et des hydrocarbures, la peur d’un lendemain plus difficile… Tels sont les problèmes qui hantent l’esprit des Bamakois. Les habitants de la capitale malienne sont désarçonnés par la cherté de la vie et chacun attend désespérément un geste salvateur. Le gouvernement Modibo Sidibé tarde à trouver une solution. Notre enquête.

Dans le quartier populaire de Bolibana, Fanta Mariko est une vendeuse de galettes bien connue de son entourage. Mais aujourd’hui elle est beaucoup plus côtoyée. Son petit commerce a pris de l’essor depuis la hausse du prix du pain fait avec du blé pur. Chaque matin, un attroupement de plus en plus important se fait autour du foyer où elle prépare et vend des galettes. Pour elle, les galettes se vendent bien comme d’habitude, mais elle constate qu’il y a plus de clients dont la majeure partie est constituée d’enfants. «Il y a beaucoup de personnes qui achètent des galettes… Le constat particulier que j’ai fait récemment est que ma marchandise finit plus tôt». Fanta Mariko sait que l’augmentation du prix du pain l’arrange. Mais elle aussi fait face à des problèmes de « matière première ». «Les clients me posent des questions sur la qualité de l’huile que j’utilise maintenant. Les gens ne l’aiment pas», a-t-elle dit. En effet, la vendeuse utilise une huile dont la couleur ne rassure pas. Il n’est plus possible de trouver de la bonne qualité selon ses explications.

La cherté de la vie est ressentie par toutes les couches de la société. «Je trouve que la hausse du coût de la vie en ce moment est inquiétante. Qui sait ce qui va se passer plus tard ?», s’interroge A. Sidibé, enseignant. Sa mobylette et celle de ses enfants constituent une source supplémentaire d’angoisse pour lui, puisqu’il est convaincu que le prix du baril de pétrole pourrait monter, et les difficultés aussi.

Mais qu’est ce qui est à la base de ce problème ? Pour le plus grand nombre des habitants de Bamako, l’Etat est au début et à la fin du problème. «Il faut demander aux Fama (autorités)», a sèchement lancé un boutiquier qui n’aime pas apparemment aborder le sujet.

Ce n’est pas le moment de crier pour les responsables de l’Etat qui expliquent que pour lutter contre la cherté de la vie, une subvention de près de 40 milliards a été accordée à l’importation de produits divers. Et en ce qui concerne la hausse du prix du pain, des opérateurs économiques eux-mêmes auraient entre septembre dernier et maintenant contribué à la subvention de plusieurs centaines de milliers de francs. Au cours de 2007, l’augmentation du cours du blé sur le marché international a atteint un niveau vertigineux. Les statistiques avancent une hausse de plus de 100%.

De l’avis des critiques, tout n’est pas clair dans ces subventions. Des privilégiés seraient en train d’en abuser. C’est pourquoi la peur des autorités demeure toujours réelle face à la réaction de l’opinion nationale. Ainsi, pour atténuer une éventuelle mauvaise réaction des consommateurs, l’Etat a décidé de relancer “Mali bourou” (le pain du Mali), mais cette fois-ci sous un autre nom: “Burunafama” (le pain bénéfique). L’annonce a été faite le mardi 8 janvier 2008 lors d’une conférence de presse. Le CCFP (Cadre de concertation de la filière pain) qui regroupe les syndicats de boulangers, les consommateurs, les meuniers et le gouvernement pense avoir trouvé une solution durable. D’abord, il s’agit de proposer des baguettes de pain à un prix abordable, car les boulangers affirment ne plus pouvoir tenir face à la hausse du prix de la farine de blé.

Cette augmentation qui avait été proposée par le CCFP pour le 15 octobre 2007 ne fut finalement pas acceptée. Le gouvernement, inquiet de la position des consommateurs, avait en fait demandé un peu de temps. En réalité, le gouvernement semble vouloir franchir de manière rusée le cap de la hausse du prix du pain, en proposant parallèlement un produit de moindre qualité à la portée de toutes les bourses. Mais ce produit qu’est Burunafama a été boudé par les consommateurs.

En attendant, l’administration met les bouchées doubles pour éviter le pire au moment de la soudure. Selon le Directeur national du commerce et de l’industrie, il faut lutter contre l’exportation des céréales en cette période de récolte. C’est dans ce cadre que 5 camions en partance pour le Sénégal ont été saisis à Kayes, le mercredi 16 janvier 2008. Egalement, en décembre dernier 9 camions pleins de céréales pour la Mauritanie ont été appréhendés à Nioro du Sahel. Cette attitude est celle du pompier qui vient après l’incendie. Alors gouverner, c’est prévoir.

Soumaila T. Diarra

© Copyright Le Républicain

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