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Alimentation: le nouveau pain est là
(L'Essor 16/01/2008)
Il est fabriqué à partir d'un mélange d'une ou de
plusieurs céréales locales
Le renchérissement de la baguette du continue d'alimenter les
causeries de grins et les articles de presse. La flambée du prix
du blé sur le marché mondial a bouleversé la donne
autour d'un aliment très consommé dans notre pays, particulièrement
à Bamako. La miche de 400 grammes, le gros pain, est tombé
à 300 grammes, pendant que la baguette de 200 grammes a perdu 50
grammes. A contrario les prix aussi viennent de subir une majoration.
Le gros pain est désormais cédé à 300 Fcfa
au lieu se 250Fcfa. La baguette de 125 Fcfa monte à 150Fcfa. Les
nouveaux prix ont été communiqués par le cadre de
concertation des acteurs de la filière pain du Mali (CCFP) lors
de sa conférence de presse de la semaine à la Chambre de
Commerce et dIndustrie du Mali (CCIM).
« Ces décisions découlent d'une concertation élargie
avec tous les acteurs de la filière pain. Nous avons tout fait
pour maintenir l'ancien prix du pain. Mais face à une hausse de
103 % sur les marchés mondiaux, nous navions pas dautre
choix que de répercuter cette hausse sur la miche vendue chez nous.
Le sac de farine passe désormais de 20000Fcfa à 22000 Fcfa.
», a expliqué Mamadou Lamine Haïdara, le président
du cadre de concertation des acteurs de la filière pain, .
La situation du blé sur les marchés mondiaux est très
instable ces derniers temps. Le consommateur et l'opérateur économique
se demandent tous les jours ce que demain leur réserve. De juillet
2006 à mai 2007, le prix du blé a enregistré une
hausse de plus de 40 % du fait du dérèglement climatique.
Il a affecté les exploitations agricoles des pays exportateurs
en Europe, en Amérique et en Asie et de l'augmentation de la population
mondiale. Les experts mettent aussi en cause le changement des habitudes
alimentaires, l'utilisation dans les pays exportateurs d'une partie de
la production de blé dans la production de biocarburant. Les pays
pauvres sont en émoi face au renchérissement des coûts
d'exportation et l'alerte sur la baisse des stocks de sécurité
alimentaire. Le niveau le plus bas est atteint depuis 1977. Toutes ces
raisons expliquent les perturbations actuelles du marché.
Cette flambée de prix laisse les consommateurs perplexes. Les plus
avisés, comme cette mère de famille, Ramata Traoré
estime que cette situation était prévisible. « Le
constat de la hausse considérable du prix du blé sur le
marché international annonçait une telle situation. A chacun
de prendre ses dispositions. Il y a une semaine, jachetais chaque
matin trois miches de gros pain à 750 Fcfa. Maintenant jachète
la même quantité à 900 Fcfa. Hier, Jai prévenu
mes enfants que leur ration allait diminuer. Désormais nous achèterons
deux miches et demie.» annonce cette femme les lèvres pincées
et le regard fixe.
À BASE DE FARINES COMPOSÉES. En réponse à
cette situation difficile, le chef d'État lors des présentations
de vux à la société civile avait annoncé
la production très prochaine d'un nouveau pain. La recette du nouveau
produit est un mélange de blé et d'une ou plusieurs céréales
locales. Il existe quatre variétés: le pain de blé
plus maïs; le pain de blé plus sorgho; le pain de blé
plus mil, le pain de blé plus les trois céréales.
Les mélanges recèlent 65 % de blé; 12,5% de maïs;
12,5% de mil;10% de sorgho. Le nouveau pain a été présenté
aux consommateurs le 8 janvier dernier (voir lEssor du 10 Janvier
2008).
Mais certains boulangers constatent que la fabrication de ce nouveau pain
demande une grande technologie surtout dans la mouture des céréales
locales. Il propose avant même la production en masse du nouveau
pain, de réunir les technologies nécessaires pour moudre
à souhait. « Tant que l'État ninstalle pas lui-même
les matériels nécessaires pour la production de la farine,
cette initiative fera long feu. Il faut que l'ensemble des boulangers
du Mali s'approprient la nouvelle recette. Le produit nouveau crée
de la valeur ajoutée sur les récoltes des paysans maliens.
La modernisation et la standardisation des boulangeries de l'intérieur
peuvent aussi offrir des emplois aux jeunes.», pronostique un boulanger.
Les consommateurs restent toutefois sur leur garde. « Ils voulaient
seulement augmenter le prix du pain. Cette histoire de pain mixte nest
quune aventure de plus. Nous nous souvenons de 'expérience
"Malibouru". Moi je ne crois pas à la pérennité
du nouveau pain à base de céréales locales.»,
soutient l'étudiant Aliou Cissé.
Si Aliou Cissé est pessimiste, son camarade de classe Oumar Traoré
est optimiste. Il croit à l'accès de tous au pain, à
condition que les boulangers arrivent à bien faire le nouveau produit.
« Avec 50 Fcfa de galette et un bol de bouillie, ma journée
commence bien. Tôt ou tard, nous allons arrêter de consommer
le pain dans ce pays. Si nous ne pouvons pas contrôler les fluctuations
du blé sur les marchés mondiaux, consommons ce qui est à
notre portée. » ironise Ousmane Konaté commerçant
détaillant au Grand marché de Bamako.
Les conséquences collatérales de l'augmentation du prix
de la farine sont loin dêtre finies. Nous nous intéresserons
dans nos prochaines éditions aux perturbations causées par
ces conséquences sur les produits des pâtisseries.
Doussou DJIRE
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