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Prix du pain: la solution dans les céréales
locales?
(L'Essor 10/01/2008)
Des boulangerie vont fabriquer du pain avec de la farine composée
de blé, de maïs et de sorgho. Le pari est jouable à
condition que les consommateurs perçoivent nettement les avantages
par rapport au pain ordinaire
Trouver une réponse locale au renchérissement du prix du
pain provoquée par la hausse des cours mondiaux du blé ?
Il fallait bien y penser. Et cette solution existe. L'initiative est venue
la Direction nationale des industries en partenariat avec le syndicat
des boulangers et le Cadre de concertation des acteurs de la filière
pain. En quoi consiste-t-elle ? Fabriquer du pain avec un mélange
de farines de blé et de céréales locales : maïs,
mil, sorgho. Ce nouveau pain va peu à peu investir les marchés
(au fur et à mesure que les différents mélanges seront
disponibles et maîtrisés).
Cette initiative devrait permettre de maintenir les tarifs du pain à
un niveau raisonnable malgré la hausse continue du prix du blé
sur le marché mondial. Le pari est jouable étant donné
qu'une partie de la farine utilisée dans la fabrication du pain
provient de céréales locales, donc moins coûteuses.
La nouvelle variété de pain a été présentée
mardi à la faveur dune conférence de presse animée
par le directeur national des Industries, Adama Konaté dans la
salle de conférence de la Chambre de commerce et dindustrie
du Mali. Cétait en présence du président du
Cadre de concertation des acteurs de la filière pain, Mamadou Lamine
Haïdara, du directeur national du Commerce et de la Concurrence,
Mahamane Touré et du président du Syndicat du patronat des
boulangers du Mali, Habib Coulibaly.
BEAUCOUP D'AVANTAGES NUTRITIONNELS : Le nouveau pain est donc produit
à base de farine composée de blé, maïs, sorgho
ou de mil. Ce panachage de farine de blé et de matières
premières locales permettra à coup sûr d'augmenter
la marge de manoeuvre des boulangers et de freiner ainsi les prix.
Pour les initiateurs, en réduisant ses importations de blé,
le pays fera un pas vers la réduction de sa dépendance économique
et surtout économisera une quantité importante de devises
étrangères.
"Mais en plus laspect économique, ce pain à base
de farines composées présente beaucoup de qualités
sur le plan nutritionnel. Il est digeste et riche en glucide et lipide",
certifie Adama Konaté, le directeur national des Industries.
Au fait combien coûtera le nouveau pain ? Le président du
Cadre de concertation des acteurs de la filière pain, Mamadou Lamine
Haïdara a été formel. "Ce pain reviendra à
250 Fcfa la miche de 300g et 125 Fcfa la baguette de 150g. Par comparaison,
le pain ordinaire exclusivement produit à base de farine de blé
est désormais vendu à 300 Fcfa la miche de 300g et 150 Fcfa
la baguette de 150g, contre respectivement 250 et 125 Fcfa auparavant.
Le prix du sac de farine de blé prend aussi l'ascenseur. Il revient
à 22 000 Fcfa contre 20 000 Fcfa auparavant. Ces changements devaient
prendre effet hier à minuit.
Pour revenir à la qualité nutritive du pain, les spécialistes
expliquent que celui obtenu à partir de la farine de blé
contient 12 à 14% de protéine contre 10 à 8 % pour
le pain à base de farine composée. Mais cette farine dépasse
celle du blé pour dautres éléments nutritionnels
tels les lipides et les glucides. Par ailleurs, la farine composée
peut être utilisée pour la fabrication d'autres produits
alimentaires comme des pâtes et des biscuits.
Pour la phase test de fabrication du nouveau pain, 7 boulangeries ont
été choisies. L'État en collaboration avec les opérateurs
de la filière pain subventionnera cette première phase.
Ensuite sera lancée une deuxième phase qui concernera 22
boulangeries.
"Cest un processus qui vient dêtre enclenché
et les pains seront améliorés au fur à mesure que
les consommateurs feront des suggestions", indique Mahamane Touré,
le directeur national du Commerce et de la Concurrence.
Les consommateurs auront donc progressivement le choix entre 4 variétés
de pains : à base de farine de blé mélangée
au mil, de blé plus du maïs et de blé associé
au sorgho. Les farines des céréales locales sont ainsi dosées
: 12,5 % de maïs, 12,5 % de mil et 10 % de sorgho.
L'EXPERIENCE DU "MALI BURU" : A la date d'hier, ce sont seulement
les boulangerie "Batami" et de la SOADF qui ont proposé
le nouveau pain. À "Batami", la miche de 300g coûtait
300 Fcfa.
Quelques personnes qui ont déjà goûté à
la nouvelle formule de pain l'ont appréciée. Mais leurs
appréhensions portent sur le prix et la taille de la miche (les
pains achetés hier étaient denses et lourds mais leur format
réduit se prête mal à un partage en plusieurs portions).
Comme nous l'avons rapporté plus haut, le président du Cadre
de concertation des acteurs de la filière pain, Mamadou Lamine
Haïdara, avait assuré que la miche serait vendue à
250 Fcfa. Or celle-ci coûtait hier 300 Fcfa, soit le même
prix que le pain produit exclusivement avec du blé. Il faut espérer
que les prix officiels seront respectés quand la production de
masse va commencer. Il en va du succès de cette belle initiative.
Car les résistances ne manquent pas.
En effet, dores et déjà certains boulangers annoncent
qu'ils ne sont pas partants. Ils ne veulent pas que la production de la
farine des céréales locales soit confiée aux Grands
moulins du Mali car ils n'apprécient pas la qualité de la
farine de cette société. "Nous ne nous approvisionnons
pas chez les Grands moulins. Nous, nous pensons que c'est une façon
de faire la promotion de leur farine de blé. Ce sera une sorte
de monopole qui ne dit pas son nom car c'est à eux qu'on a aussi
confié le mélange des farines", explique un boulanger
en promettant que les professionnels qui partagent ce point de vue organiseront
une conférence de presse dans les jours prochains.
Rappelons que deux essais du même genre ont été conduits
dans les années 80 puis 90. Le pain produit avec l'association
des farines de céréales locales avait été
alors baptisé "Mali buru" (le pain du Mali). L'initiative
a fait long feu pour des raisons essentiellement gustatives : le "buru"
en question était peu savoureux et n'a pas "accroché"
les consommateurs.
Doussou DJIRE
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