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Exportation des produits agricoles: la compétitivité des filières est un passage obligé
(L'Essor 08/01/2008)

Pour conquérir le marché, il faut répondre à ses cahiers des charges en respectant ses standards, en remplissant ses programmes et en proposant des produits innovants

Il y a plus de 10 milles ans, sur les sols du Jourdain (actuel Israël), l'homme a mis en terre pour la première fois les semences et domestiqué des animaux. C'est le début de l'époque où, abandonnant l'économie des chasseurs-cueilleurs, l'être humain a cherché à obtenir de quoi survivre, en développant une agriculture de subsistance. C'est la naissance de l'agriculture.
A partir de la deuxième moitié du 19è siècle, ce système millénaire va fondamentalement évoluer, avec l'utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole), les progrès de la chimie minérale et l'introduction des engrais minéraux. L'utilisation croissante des techniques modernes, les progrès en matière de machinisme, les améliorations génétiques des productions animales et végétales, les progrès en matière d'intrants ont permis d'augmenter très fortement les rendements au cours du siècle dernier.
Peu à peu, s'est créée une agriculture de production et de négoce ou agri-business. Un véritable secteur économique, longtemps dominant, voire unique. Aujourd'hui, l'organisation des marchés, la démographie, la technique, le savoir-faire et l'application des hautes technologies, sont mis à la disposition de l'agriculteur pour obtenir des niveaux de production assurant la sécurité alimentaire à tous.
Dès 1946, l'agriculture devient dans de nombreux pays une industrie, qui, non seulement assure les besoins de l'exploitant, mais fournit un surplus destiné à couvrir les besoins de la population non agricole ainsi que l'exportation. L'intensification de l'agriculture datant des années 1960 à 1980 est aussi connue sous le terme de révolution verte, telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Notre pays est un militant de première heure de cette révolution. Depuis 1960, sont nés les premiers projets développement des produits agricoles en vue de leur exportation, rappelle Moctar Boukenem, spécialiste de la qualité des produits au Programme compétitivité et diversification agricoles (PCDA). Aujourd'hui, aucune agriculture ne peut prétendre à la modernisation sans diversifier ses produits.
Les échanges commerciales, aux plans national, sous-régional et international, sont le soutient indispensable pour cette activité. Des semis à l'assiette, les produits agricoles suivent une chaîne de transformation aussi diverse que variée. Les exigences de qualité et de compétitivité du marché sont d'autant plus élevées que notre secteur primaire est condamné à s'y adapter.
C'est dans cette optique qu'en 2006, le gouvernement, soutenu par la Banque mondiale, a initié le Programme de compétitivité et de diversification agricoles (PCDA). Né sur les cendres de plusieurs prédécesseurs, c'est un projet qui vise à promouvoir l'agriculture commerciale comme alternative à l'agriculture de subsistance, par le renforcement des chaînes d'approvisionnement agricoles.
La finalité du Programme, explique Moctar Boukenem, est de faire des filières commerciales à valeur ajoutée, une industrie à part entière, porteuse de développement et intégrant le secteur privé et le paysannat dans une logique de croissance partagée. A terme, il s'agit d'augmenter la contribution du secteur agricole à la croissance économique, d'intensifier et varier la production agricole en vue de renforcer la sécurité alimentaire et développer les exportations.
Pour ce faire, le programme préconise une approche basée sur un processus dynamique et itératif de paramétrage des opportunités commerciales, d'amélioration de la productivité et de renforcement de la capacité des acteurs à répondre aux exigences et aux cahiers des charges des réseaux transactionnels bien identifiés.

Un marché sûr. A ce niveau, c'est un véritable travail de fourmis qu'il faut abattre, reconnaît le technicien du PCDA. A la base, pour renforcer la compétitivité des filières agricoles, des réponses et des solutions doivent être trouvées pour une série d'interrogations. En effet, de quels créneaux de marchés et de quel potentiel s'agit-il ? Qui sont les acteurs et les réseaux transactionnels impliqués ? Les conditions d'accès en terme des cahiers des charges précis et les concurrents ?
Au niveau de la productivité et la captation de la valeur, quels sont les bonnes pratiques et les intrants nécessaires pour maximiser les rendements et la qualité de la production ? De quelle manière faut-il choisir les bons fournisseurs, réaliser des économies d'échelle et éliminer le gaspillage ?
Dans la capacité de répondre aux exigences des marchés et la création de la valeur, comment faire pour aborder le marché en répondant à ses cahiers des charges, en respectant ses standards, en remplissant ses programmes et en proposant des produits innovants ? Qu'est-ce qu'il faut vendre ? Où, quand, quel nombre et à quel prix ?
C'est seulement à partir du moment où des éléments de réponse à l'ensemble des questions posées ont été trouvées qu'on pourra songer à faire évoluer les liens vers des vraies ententes commerciales qui seront négociées, mises en application et respectées par les acteurs concernés, indique-t-on au PCDA. Ces accords seront déterminants dans la compétitivité des chaînes d'approvisionnement. Car, elles seules peuvent garantir la fluidité des transactions (produits, informations, argent ), la confiance, la coopération et la communication entre les acteurs.
La compétitivité d'une filière dépend aussi de la qualité et du niveau d'intégration des liens entre les acteurs dans une logique de grappe, garantissant ainsi l'accès aux facteurs de production et des services compétitifs. Il s'agit des liens entre réseaux concurrents, des liens avec les structures d'appui, les fournisseurs de services, les structures professionnelles et interprofessionnelles, etc.
Selon le spécialiste en qualité du PCDA, d'autres facteurs importants doivent être pris en compte. Le premier concerne l'évolution des conditions macro-économiques et du climat d'investissement du pays. Ces deux facteurs, explique-t-il, qui ne sont pas adressés directement par le plan de compétitivité des filières et qui, en même temps, demeure un véritable défi pour les pays, concerne le potentiel de faire évoluer dans le court terme, l'état d'esprit des différents acteurs concernés.

Le nécessaire changement. Cette évolution est un ingrédient indispensable pour inculquer aux acteurs la culture d'innovation et pour diminuer leur résistance aux changements des pratiques et des comportements. Ces mutations seront nécessaires tant au niveau des réseaux transactionnels (incluant les producteurs, les transformateurs, les commerçants et les distributeurs), qu'au niveau des circuits de fournisseurs de services publics et privés. Sans ce véritable changement au niveau de la conscience, la compétitivité restera un objectif illusoire dans le contexte de la globalisation et de concurrence de plus en plus féroce.
Ainsi, en fonction de leur rentabilité économique et financière avérée, leur potentiel de développement important (marché, production) et leur effet significatif sur la réduction de la pauvreté en milieu rural, entre autres critères, la mangue, la pomme de terre, l'échalote/oignon, le karité, la papaye, la tomate, le poisson frais, le bétail sur pied et la viande sont les filières sélectionnées par ce programme.
Si elles sont développées, ces filières représentent un potentiel économique inestimable pour notre pays. En effet, l'impact se fera sentir sur toute la chaîne de développement socio-économique de notre pays. La valeur ajoutée créée par les exportations auront une répercussion sur les conditions de vie des populations rurales en améliorant leur pouvoir d'achat.
Le développement des chaînes d'approvisionnement entraîne la modernisation des infrastructures de production, de transformation et de transport, par l'intensification des réseaux routiers. La création d'emplois et de service sur toute la chaîne est un facteur de lutte contre la précarité, aussi bien en milieu rural qu'urbain. Les producteurs seront dotés de moyens et techniques performants pour leurs activités.
Le ravitaillement sûr des marchés nationaux garantit la sécurité alimentaire dans le pays. L'approvisionnement des marchés sous-régionaux et internationaux par l'exportation, sera une source de devise pour l'économie nationale et un levier pour le développement en général. Dès lors, le PCDA ne serait-elle pas une ultime chance pour notre agriculture de sortir de son stade de subsistance ?

C. A. DIA

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