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Avec les accords APE, le Mali a beaucoup à perdre
(Liberation 07/01/2008)

Analyse. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) avait posé le 31 décembre 2007 comme limite. Depuis cette date, les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP), ne sont plus protégés par le régime de «préférences non-réciproques» dans leurs échanges commerciaux avec l’Union européenne. L’OMC voyait d’un mauvais œil ce système, qui permettait aux pays ACP d’accéder au marché européen tout en conservant chez eux des barrières douanières élevées.

En octobre, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avait demandé une prolongation de cette dérogation. En vain. Les pays ACP ont été priés de signer un accord de partenariat économique (APE) avant fin décembre, sous peine de basculer dans le système commun, dit de «préférences généralisées» (SPG), sans possibilité de protéger leur marché national. Or ces APE n’ont pas été signés et sont loin de l’être.

Marche. Des deux côtés, on explique cet échec par des «lenteurs techniques». On évoque plus discrètement le retard de l’intégration régionale ouest-africaine. Mais le ton du président sénégalais, Abdoulaye Wade, qui s’est opposé aux APE lors du sommet Europe-Afrique de décembre, a rappelé les tensions autour de ces négociations. Aujourd’hui même à Dakar une «marche pacifique» est prévue pour dénoncer ces accords. C’est que le risque économique est considérable.

L’exemple du Mali illustre bien le problème. En baissant ses barrières douanières, ce pays verrait s’envoler une partie importante de ses revenus. Les droits de douanes et TVA sur importations représentent 55 % de ses recettes fiscales. Or le manque à gagner après signature des APE est estimé à 18 milliards de francs CFA (27 millions d’euros). L’Europe promet une compensation dont le montant reste à négocier. La baisse des tarifs douaniers conduirait surtout à une percée des produits agricoles européens - largement subventionnés - sur le marché malien. Les conséquences pour les petits producteurs locaux (le gros de la population) seraient désastreuses dans le cas d’une ouverture totale. Et les filières lait, blé, sucre, riz, maïs, volaille ou viande bovine seraient menacées.

Tolérance. Bamako demande ainsi quinze ans de délai supplémentaire avant d’ouvrir ses portes. L’OMC tolère que 20 % des échanges commerciaux échappent à une libéralisation totale, le Mali propose 30 %.

Autre enjeu des discussions, le contenu réel des «mesures d’accompagnement» promises par Bruxelles, censées «créer un climat d’affaire dynamique et sécuriser les investisseurs». En réalité, au titre de pays moins avancé (PMA), le Mali continue de bénéficier de l’initiative internationale «tout sauf les armes», qui lui garantit déjà un accès libre au marché européen «sans être tenu d’appliquer les mêmes taux de droits aux produits similaires importés». Mais l’initiative prendra fin en 2009. Le 17 décembre dernier, les ministres de la Cédéao ont demandé un délai de dix-huit mois pour finaliser les négociations.

Correspondance à Bamako CÉLIAN MACÉ

© Copyright Liberation

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