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Economie: Pas encore le grand bond
(L'Aube 03/01/2007)

Dans un contexte international marqué par la lancinante question des Ape et de l’harmonisation des procédures dans l’espace Uemoa, le Mali boucle l’année 2007 avec une réalisation budgétaire estimée à 766,2 milliards de Fcfa en recettes contre 694,3 en 2006 et 890,7 milliards de Fcfa en dépenses contre 789,5 en 2006. Soit des taux de croissance respectifs de 10,35 % et 12,81 %. Un budget caractérisé donc par un déséquilibre et qui a nécessité un appel à l’aide extérieure pour faire face aux lourds investissements destinés à la réalisation d’infrastructures nécessaires au déploiement d’une bonne activité économique.

Les recettes fiscales ont connu une augmentation de 11,02 %, passant de 459 milliards de Fcfa en 2006 à 509,6 milliards Fcfa pour l’année qui vient de s’écouler. Ce qui corrobore la montée de la pression fiscale, passée de 14,7% à 15,2 %. Les recettes non fiscales, quant à elles, restent dans une fourchette caractérisée par une stagnation. Elles s’établissent à 30,2 milliards Fcfa. Les dons sont de 179,4 milliards de Fcfa en 2007 contre 162,6 milliards de Fcfa en 2006, ce qui laisse apparaître une confiance accrue des partenaires financiers multilatéraux. La meilleure preuve en est la signature entre la Banque mondiale et le gouvernement, en septembre dernier, d’un accord de financement de la phase II du Programme d’investissement dans le secteur de l’éducation (Pise II) d’une enveloppe de 17,5 milliards de Fcfa. Cela vient s’ajouter au Millenium challenge accouant pour lequel, à terme, des centaines de milliards Fcfa seront engrangés en termes d’investissements.

Le satisfecit décerné au gouvernement par le Dr Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (Bad), à la fin de sa visite aux allures d’inspection des chantiers financés par son institution, en novembre dernier, plaide aussi en faveur de l’accroissement des allocations de la Bad en faveur du Mali.

Cependant, il a été observé un léger renchérissement du coût de la vie, se traduisant par un taux d’inflation annuel de 1,9 % contre 1,2 % antérieurement.

Par aileurs, le Pib en volume est monté, passant de 5 % à 5,4 %. Le Pib nominal, de son côté, connaît une hausse de 231,1 milliards de Fcfa. Il n’y a aucun arriéré de paiement (intérieur comme extérieur), mais l’encours de la dette publique a connu une croissance jusqu’à 850, 8 milliards de Fcfa contre 745,7 milliards de Fcfa en 2006. Elle se subdivise en 676,4 milliards de Fcfa pour la dette extérieure et 83,4 milliards de Fcfa pour la dette intérieure.

Les bons points du tourisme
Au-delà de ces indicateurs et performances macroéconomiques, il faut signaler les bons points enregistrés par des secteurs tel que celui de l’hôtellerie et du tourisme. En effet, 250.000 visiteurs ont foulé le sol malien en 2007 alors qu’ils n’étaient que 200.003 en 2006. C’est la confirmation des allures notées pendant l’année 2005, où il y avait 186.918 visiteurs avec des dépenses d’infrastructures de 9,2 milliards de Fcfa en 2005 et 16,5 milliards de Fcfa en 2006. Le nombre de salariés, à son tour, ne cesse de croître parallèlement au développement des infrastructures et au regain d’activités.

L’inauguration des Entrepôts sénégalais au Mali (Ensema) en août 2007 et la relance du trafic ferroviaire par l’acquisition d’un matériel roulant flambant neuf (au coût de plus de 13 milliards de Fcfa) marque un tournant dans le positionnement du Mali comme carrefour incontournable de l’Uemoa. Ce qui pourrait constituer un atout pour le secteur privé malien, si ce dernier ne s’était pas aujourd’hui empêtré dans des querelles intestines étalées au grand jour à travers les élections consulaires de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, du Conseil malien des chargeurs et du Conseil malien des transporteurs routiers. Des déchirures qui ont fait voler en éclats le secteur privé qui entretient désormais plusieurs camps se regardant désormais en chiens de faïence.

Faiblesse du tissu industriel
Les opérateurs économiques et surtout ceux du secteur industriel ont bien intérêt à se ressaisir, car les résultats du recensement industriel, publiés dès le premier trimestre de l’année 2007, ont confirmé d’une part la faiblesse du tissu industriel et d’autre part le manque de diversification des activités industrielles, alors que ce secteur est appelé à jouer un des premiers rôles dans le processus de croissance accélérée projeté par les pouvoirs publics.

Le programme de mise à niveau des entreprises a été activé au bénéfice de quelques structures du secteur privé, mais un manque de cohésion et d’entente sur l’essentiel en a limité la portée.

Par ailleurs, le secteur minier a trop fait parler de lui pendant l’année 2007 à cause de l’or, objet d’une campagne internationale de la part d’Ong qui ont posé un débat en ces termes : « A qui profitent les revenus de l’or au Mali ? ».

L’exploitation des atouts économiques du Mali passe par la transformation des produits agricoles. Raison pour laquelle le Conseil présidentiel pour l’investissement a mis l’accent, lors de ses sessions de l’année 2007, sur l’agro industrie. Ce serait aussi une réponse efficace à la question des pénuries cycliques de denrées de première nécessité, cause d’une spéculation sur les prix aux frais du consommateur. L’année 2007 n’a pas été épargnée par ce casse-tête et la concertation initiée à ce sujet par la centrale syndicale, l’Untm, depuis la semaine dernière, trouve ici tout son sens.

En décidant de regrouper l’économie, l’industrie et le commerce dans un seul département ministériel, à la faveur de l’avènement du gouvernement Modibo Sidibé, les autorités du pays entendent mettre un accent tout particulier sur la nécessité d’une politique cohérente de gestion de ces secteurs connexes. Tout le contraire de ce qui se faisait dans le gouvernement précédent, où l’on relevait des dissensions entre le ministre de la promotion des investissements et des petites et moyennes entreprises et ses collègues respectifs de l’industrie et du commerce et de l’économie et des finances.

Secteur bancaire en mutation
Le secteur bancaire malien est actuellement en plein boom, même s’il lui est reproché de disposer de liquidités abondantes, alors que l’économie manque de financement à long terme. Les dépôts bancaires sont passés de 490,6 milliards de Fcfa à fin janvier 2006 à 571, 5 milliards de Fcfa en fin janvier 2007, soit un taux de croissance de 16,5 %. Une situation qui cache mal une concurrence ardue dans un secteur en pleine mutation.

En cette fin d’année 2007, on dénombre présentement 13 banques de dépôts, 534 structures de micro financement, 4 établissements financiers, 10 compagnies d’assurances et 1 compagnie de réassurances. La Bdm-Sa, considérée comme la banque leader du pays, se classe 4ème banque de l’Uemoa, selon le classement du groupe Jeune Afrique. Au même moment, Ecobank, championne de la Brvm 2006, affiche ses ambitions de banque panafricaine par l’extension de son réseau international.

La Bms-sa, quant à elle, voit ses résultats récompensés par une reconnaissance internationale, grâce à une ligne de crédit de 2 milliards de Fcfa reçue d’un organisme de la Cedeao. De son côté, la Bnda se lance dans une diversification de ses prestations, pour pêcher dans les mêmes eaux que ses concurrents, pour ne plus être considérée comme une simple banque du paysan.

Les jeunes loups aux dents longues (Bci et Banque atlantique) montrent qu’ils savent bousculer les aînés sur le marché, en amorçant une politique d’extension de leur réseau. Cela coïncide avec la fin annoncée de la phase de redressement de la Bim-Sa qui affiche fièrement ses bons résultats de 2007.

Dans l’ensemble, 2007 n’aura donc pas assuré le décollage économique tant attendu. Espérons que 2008, année test de la mise en place du Programme de développement économique et social (Pdes), marquera le déclic de la croissance accélérée projetée par le gouvernement.

Amadou Bamba Niang

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