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Huile périmée déversée
au Mali: Ce qui s'est réellement passé, selon l'IGAE C'est notre confrère "JJ" qui a, comme dit le jargon du métier journalistique, levé le lièvre dans sa dernière livraison. "De l'huile périmée" destinée au Burkina se serait retrouvée vendue à vil prix sur le marché du voisin malien. L'information aurait été tout à fait anodine (car les histoires de fraudes commerciales sont si courantes qu'elles sont devenues banales) si le produit périmé en question avait été vendu par des commerçants en quête de gain facile. Mais fait grave, il s'agirait d'un don empoisonné reçu par les autorités burkinabè dans le cadre de la lutte contre le Sida et qui aurait été expédié à nos amis des bords du Djoliba. Pour un pays qui vient de sévir contre la "mal bouffe" en interdisant l'importation de "simples" croupions de dinde, une telle information est grave. Si grave que nous avons voulu en savoir davantage en nous référant au service étatique chargé du contrôle de la qualité des produits consommés à grande échelle au Burkina : l'Inspection générale des Affaires économiques (IGAE). Son premier responsable, M. Emmanuel Lingani confirme que de l'huile destinée à un marché extérieur a effectivement transité par le Burkina. Mais que ses services n'étaient pas compétents pour en juger de la qualité car non destinée au marché burkinabè. Lisez plutôt. Sidwaya (S.) : De l'huile périmée, donc impropre à la consommation, aurait été déversée par le Burkina sur le marché malien. En tant que service en charge du contrôle de la qualité des produits de consommation au Burkina, que savez-vous de cette affaire ? Monsieur Emmanuel Lengani (E. L.) : Nous sommes un service du ministère chargé du Commerce et une telle information donnée dans la presse ne peut que nous préoccuper et nous interpeller. Je ne suis certainement pas la personne indiquée pour répondre à son Excellence M. le ministre chargé du Commerce du Mali, mais je peux me permettre de donner les informations dont j'ai connaissance sur ce produit périmé dont il est question. Nous avions été effectivement mis au courant de l'arrivée d'une certaine quantité d'huile destinée au Burkina dans le cadre d'opérations de développement. Il s'agissait précisément de monétariser cette huile. En tant que service de l'Etat chargé du contrôle de la qualité, nous avons cherché à savoir si le produit en question était effectivement arrivé au Burkina. Pour ce faire, nos collègues de la douane ont été saisis et de renseignements en renseignements, nous avons appris que cette huile devait arriver à Bobo-Dioulasso. Nous avons alors dépêché nos services sur place pour vérifier, voir que le produit était effectivement entré sur le territoire et du même coup savoir s'il allait être mis à la consommation. Parce que si tel était le cas, il y a des formalités à respecter. Il y a notamment le certificat national de conformité qui est un document délivré par l'IGAE au vu de la qualité d'un produit donné. Si le produit est conforme à la norme, l'inspection accepte que le produit rentre au Burkina. Je dois préciser que l'huile en question était encore sous douane, donc non mise en circulation. Lorsque nous avons été pour vérifier après l'alerte, on nous a fait savoir que l'huile n'était pas destinée au marché burkinabè, mais qu'elle était en transit vers une autre destination. Vous savez aussi depuis un certain temps le commerce est libre et les produits ne sont plus soumis à des autorisations à exportation. Cela veut dire simplement que tout opérateur économique qui a une marchandise à vendre peut l'envoyer où il veut. Nous ne cherchons pas à connaître la caractéristique ou la qualité d'un produit local ou d'origine étrangère qui transite par le Burkina, et qui est destiné à un autre pays. A partir du moment où ce n'est pas le consommateur burkinabè qui est visé, nous n'intervenons pas. Voilà l'étendue de nos compétences. Mais pour ce cas-ci, nous avons suivi l'évolution de l'affaire. Ainsi, de concert avec la douane, nous avons eu la certitude que le produit est parti du Burkina. Nous n'avons plus cherché à savoir vers quelle destination il est parti. Si d'aventure le produit devait être consommé au Burkina Faso, les analyses que nous faisons habituellement allaient permettre de déceler sa mauvaise qualité. Dans un tel cas, le produit est systématiquement détruit. Les cigarettes, les boissons, les produits d'entretien tels que les crèmes SOFT-HAIR ,... sont détruites systématiquement après leur saisie. Si je dois donc me référer à ce qui est dit dans cette affaire, je dirai que les responsabilités doivent être situées ailleurs. Mais ça ne peut pas être le fait du Burkina qui ait cherché à envoyer un produit de mauvaise qualité dans un autre pays. S. : Au départ, vous étiez donc informé que l'huile était destinée au Burkina, si l'on s'en tient à ce développement ? E. L. : Au départ, nous avons appris que ce produit allait venir au Burkina par nos propres sources d'information. Ce n'est pas l'opérateur économique lui-même qui est venu nous en informer. Nous avons quand même un devoir de vigilance vis-à-vis de tous les produits importés au Burkina et qui sont soumis à notre contrôle si nous avons effectivement été informé de l'arrivée d'huile à Bobo, il nous a été impossible de contrôler sa qualité puisqu'elle était en transit, non destinée, comme je l'ai déjà indiqué, à la consommation nationale et donc pas soumise à l'obligation de contrôle. S. : Il y a tout de même quelque chose qui tique dans cette affaire. Comment se fait-il que vous soyez informé de l'entrée au Burkina de cette huile-là précisément ? E.L. : C'est très simple, ce ne sont pas tous les produits qui entrent au Burkina que nous suivons. Nous avons dans notre collimateur une liste de 38 produits ou groupe de produits dont nous contrôlons l'entrée sur le territoire national. Tant qu'un produit entre dans notre liste, nous sommes saisi par la douane et nous agissons. Pour les missions qui sont les nôtres c'est tout à fait normal que nous cherchions à savoir quels produits entrent au Burkina et à quoi ils sont destinés. C'est pourquoi même après avoir délivré les certificats de conformité qui donnent l'autorisation de circulation aux produits, nous faisons souvent des sorties sur le terrain pour voir si par exemple un produit qui a été déclaré bon à un moment donné ne s'est pas entre temps détérioré. Il y a aussi que nos services peuvent être contournés par certains opérateurs indélicats. S. : En tant que service technique, avez-vous été approché ou saisi par les services de contrôle du Mali ? E.L. : A notre connaissance aucune autorité, aucun service malien ne nous a saisi. Nous avons découvert l'information dans la presse comme tout le monde. S. : Pour être simple, vous êtes censé être au courant de l'entrée sur le territoire burkinabè de tous les produits figurant sur votre liste afin de prendre les mesures nécessaires de contrôle de qualité ? E.L. : Oui. Si ce n'est pas entré par la fraude bien entendu. Tout le monde subit la fraude et ses effets. Si un produit échappe à la douane, il ne faut pas s'attendre à le voir à l'IGAE pour contrôle. Bien sûr, par nos actions sur le terrain nous arrivons à mettre la main sur certains produits de mauvaise qualité introduits sur notre marché mais on ne peut pas saisir toutes les marchandises vendues illégalement. Mais je peux vous assurer que beaucoup de produits sont saisis et détruits suite à des contrôles inopinés. Nous sommes un service de terrain de toute façon et à ce titre nous n'avons pas besoin qu'un opérateur économique se déplace officiellement pour venir nous voir avant de toujours vérifier la conformité des produits qu'il commercialise. S. : D'une manière générale est-ce que la circulation de produits frauduleux est une chose courante au Burkina ? E.L : Dans le cadre
de la lutte contre la fraude, il nous arrive effectivement de rencontrer dans
le circuit du marché des produits non homologués. Nous sommes un service de surveillance et nous devons être un peu discret pour être plus efficace. Dans tous les cas dans notre travail quotidien, il y a une collaboration étroite avec la douane. Le CNC (Certificat national de conformité) fait partie des documents à présenter avant le dédouanement. Entretien
réalisé par Cheick Oumar BONI © Copyright Sidwaya Nouvelles économiques du mois de décembre Nouvelles économiques du mois de novembre Nouvelles économiques du mois d'octobre Nouvelles économiques du mois de septembre Nouvelles économiques du mois d'août Nouvelles économiques du mois de juin Nouvelles
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