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Assemblée nationale: les députés cardent vigoureusement la filière coton
(L'Essor 06/01/2003)

La santé de la CMDT, un des piliers de notre économie, est dans tous les esprits. Celui du gouvernement, bien entendu, mais aussi ceux des parlementaires, des agents, des producteurs et des habitants des zones cotonnières, comme on a pu le constater jeudi lors de l'interpellation du gouvernement par les élus de la nation sur l'avenir de la CMDT et plus généralement de la filière coton.
Pendant 12 heures d'horloge, les questions se sont multiplié sur les difficultés de l'entreprise, la nécessité ou non de passer à une gestion privée et le sort des agents et des producteurs. L'intérêt des élus pour la question s'est traduit par le nombre élevé des intervenants.

Outre le ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et de la Pêche, Seydou Traoré, le banc du gouvernement était occupé par Bassari Touré, le ministre de l'Économie et des finances, Choguel Maïga, le ministre de l'Industrie et du commerce, Nancoma Kéita, le ministre de l'Environnement, Ousmane Thiam, le ministre délégué auprès du ministre de l'Économie et des finances chargé de la Promotion des investissements et du secteur privé, Badi Ould Ganfoud, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Réforme de l'État et des relations avec les institutions.

230 milliards de Fcfa dépensés en faveur de la CMDT. Seydou Traoré a introduit les débats en présentant la CMDT, une entreprise mixte où l'État malien détient 60 % du capital. Les 40 % restants étant la propriété d'une société française dénommée Dagris. La CMDT, c'est aussi quelque 5000 agents, 3,3 millions d'habitants concernés, 25 à 40 milliards d'impôts et 50 % des recettes d'exportation en année normale. La part de l'entreprise dans le PIB est alors de 6 %.
Mais depuis 3 ans, la CMDT connaît des difficultés telles que l'État a été amené à plusieurs reprises à intervenir pour l'assister. Ainsi, en subventions, prêts et garanties de prêt, ce sont 230 milliards de Fcfa qui ont été dépensés en faveur de la CMDT pour l'aider à garder la tête hors de l'eau, précisera le ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et de la Pêche. La question qui se pose, poursuivra-t-il, est de savoir si l'on peut continuer à injecter l'argent du contribuable dans une société qui, normalement, doit faire des bénéfices, mais qui dans la réalité, continue à accumuler les pertes depuis un certain temps.
C'est pourquoi, l'État a jugé bon de réfléchir à la meilleure conduite à tenir face à la situation, dans l'intérêt des agents, des producteurs et des ressources publiques. Notre pays, en toute liberté, a ainsi sollicité le partenariat de la Banque mondiale pour définir l'avenir de la CMDT et de la filière coton.
La CMDT doit faire face à une baisse des cours du coton sur le marché international, à la forte subvention des producteurs du nord qui fausse la concurrence et casse les prix, mais aussi à une baisse continue des rendements de nos exploitations et surtout à une mauvaise gestion de la CMDT.
Depuis le 5 février 2001, une mission de restructuration du secteur coton est à pied d'oeuvre pour mettre en application le programme de réforme du secteur coton. Elle doit diligenter et cordonner la finalisation des études sur la filière, mettre en place un cadre de dialogue et de concertation regroupant les différents partenaires de la filière et préparer la lettre de politique du secteur coton.

Se recentrer sur le coton. A plusieurs reprises, le ministre Seydou Traoré a rappelé que la privatisation de la CMDT ne relève nullement d'une braderie. Le but visé est, au contraire, de redonner vigueur à l'entreprise et de lui rendre sa place de leader de notre économie. La libéralisation de la filière coton vise aussi à ouvrir le marché aux opérateurs économiques qui le veulent, et à donner aux producteurs la liberté de vendre leur production. Privatisation et libéralisation, a reconnu le ministre, sont des concepts qui font peur. Aussi, a-t-il recommandé de les ramener à leur plus simple expression.
Avant la privatisation qui pourrait intervenir en 2005, la CMDT va se recentrer sur le coton. Elle va donc se dessaisir des missions de service public (hydraulique villageoise, entretien de pistes rurales) qu'elle menait à la demande de l'État qui lui payait ces services.
Depuis 3 ans, qu'elle se débat dans des difficultés, la CMDT est victime de finances instables et de tensions de trésorerie qui, si elles devaient perdurer, conduiraient inéluctablement soit à une dissolution, soit à une recapitalisation.
Cependant, pour cette année, les perspectives sont redevenues assez favorables. Ainsi, dans l'optique d'une utilisation du port d'Abidjan pour l'évacuation du coton, l'entreprise pourrait tabler sur des bénéfices de 4,2 milliards de FCFA. Mais le surcoût entraîné par l'abandon de cette voie d'accès (à cause de la crise ivoirienne) et l'utilisation des ports de Dakar (Sénégal), Téma (Ghana) et Lomé (Togo) pourrait réduire considérablement cette marge et la ramener à 2,74 milliards, voire moins.
Aux yeux du ministre, la réforme de la filière s'impose. Et il n'est pas seul à le penser. Les États généraux du secteur coton tenus en avril 2001 au Palais des Congrès avaient aussi recommandé notamment la poursuite du programme d'ouverture du capital de Huicoma (Huileries cotonnières du Mali), le recentrage des activités de la CMDT sur le coton, et l'ouverture du capital de la CMDT aux producteurs, aux agents et aux banques. Avait aussi été évoquée l'érection de l'OHVN en société cotonnière autonome de la filière.
La Lettre de politique de développement du secteur coton (LPDSC) dégage les perspectives de développement du secteur. Cette réforme ambitionne de maîtriser et réduire les coûts de production pour que le prix de revient de la fibre soit compatible avec l'évolution à la baisse du niveau des cours mondiaux du coton. Il faut donc améliorer les rendements au champ, dynamiser les organisation paysannes et renforcer la participation du privé, des producteurs et des collectivités décentralisées dans l'atteinte de ces objectifs. La réforme vise aussi à accroître la contribution du secteur dans l'économie nationale.

La part de l'État ne dépassera pas 20 %. Pour 2001-2002, il était prévu l'élaboration et la mise en œuvre d'un plan de redressement financier, le démarrage du recentrage de la CMDT, la mise en œuvre des mesures identifiées pour le renforcement des capacités des producteurs en gestion et organisation. Il était aussi envisagé l'étude de zone, la rédaction de cahiers de charges pour l'installation d'une société privée en zone OHVN. On attendait aussi le démarrage d'une étude sur les étapes nécessaires et les options pour la libéralisation totale à terme du secteur coton et l'adoption et la mise en œuvre d'un mécanisme de détermination des prix aux producteurs du coton graine qui se réfère au cours mondial de la fibre et qui tienne compte des prix pratiqués dans la sous-région.
Enfin, il était question d'une étude sur l'organisation future du Conseil agricole en zone cotonnière et la mise en place par la CMDT, d'un mécanisme concurrentiel de vente de coton fibre à l'exportation, qui maximise les recettes.
Selon ce plan d'action de la réforme, la période 2003-05 aurait du voir la validation et la mise en œuvre des recommandations de l'étude afin de réaliser la libéralisation totale de la filière par l'ouverture à la concurrence et à de nouveaux opérateurs et la privatisation de la CMDT. A ce moment, la part de l'État ne dépassera pas 20 %.
Globalement, la restructuration va entraîner des pertes d'emplois faisant passer le personnel de 2300 à 1690 agents. Un plan social est prévu. Dans le même cadre la CMDT met déjà en vente ses usines.
En clair, nous nous acheminons vers la fin du modèle de la filière intégrée telle qu'elle a prévalu jusqu'ici. Un modèle qui, selon le rapport de la commission du Développement rural et de l'Environnement de l'Assemblée, a permis de remporter des succès dans la culture du coton dans notre pays, qui occupe aujourd'hui le premier rang en Afrique noire. Mais avec la faiblesse de la participation des producteurs dans les prises de décision et les difficultés de gestion, on peut constater que ce modèle a montré ses limites, et que des évolutions s'imposent. La libéralisation du secteur coton s'inscrit aussi dans la logique de la politique de libéralisation de l'économie qui se traduit par un désengagement de l'État des activités productives, industrielles et commerciales au profit du secteur privé et des collectivités locales.
Après l'exposé documenté du ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et de la Pêche, et la lecture du rapport de la commission du Développement rural et de l'Environnement, plusieurs députés se sont inscrits pour poser des questions au gouvernement. Pour l'essentiel, les élus se sont interrogés sur la mauvaise gestion de la CMDT, le sort réservé à ceux qui avaient été accusés de malversations, "l'objectif réel" de la privatisation. Les députés ont aussi voulu savoir le rôle joué par le partenariat de l'État dans l'effort de redressement de la CMDT. Le sort de l'usine qui devait être implantée à Bla a été également évoqué. De nombreux députés ont soulevé le problème de coût et de l'accès à l'aliment bétail produit par Huicoma qui est vendu à 76.000 F la tonne chez nous contre 42.000 F dans les pays voisins. Dans leurs questions, les élus ont laissé transparaître leur scepticisme quant aux chances de succès de la privatisation.

L'État ne bradera rien. Le ministre Seydou Traoré, en réponse, a réitéré que le but visé est de permettre à la CMDT d'être plus performante et à la filière coton de jouer le rôle qui doit être le sien dans notre économie. L'État ne bradera rien a-t-il assuré avant de donner des explications sur l'usine de Bla et la vente des usines mises sur le marché. Prenant en compte les inquiétudes des uns et des autres face à la mauvaise pluviométrie, le ministre a indiqué que le gouvernement se préoccupait tout autant de l'avenir de l'élevage. Concernant le partenariat de l'État, le ministre a expliqué que l'État étant responsable de certains choix qui ont fait perdre de l'argent à la société, il est tenu de faire face seul à ces conséquences
A sa suite, le ministre Choguel Maïga de l'Industrie et du Commerce a expliqué les raisons qui font de notre aliment bétail le plus cher de la sous-région. Il faut, a-t-il préconisé, envisager de s'orienter vers d'autres produits pour notre élevage car les 150.000 tonnes produites sont loin de satisfaire nos besoins.
Les ministres ont promis la poursuite des missions de service public et la prise en compte des intérêts des travailleurs, des producteurs et de l'État dans toute prise de décisions. L'interpellation s'est achevée par la lecture et l'adoption par acclamation d'une résolution sur la question qui sera adressée au président de la République, conformément au règlement intérieur de l'Assemblé nationale.
Dans ce texte, les députés soulignent la mauvaise gestion qui a eu cours à la CMDT, demandent la préservation des acquis, la poursuite des missions de service public, la professionnalisation des organisations paysannes, la sensibilisation des acteurs, la protection de l'environnement, une meilleure distribution de l'aliment bétail et la création de nouvelles unités de fabrication d'aliment bétail.
Cette interpellation était le dernier point à l'ordre du jour de la session extraordinaire qui a aussi procédé à l'adoption de la loi de finances rectificative pour l'exercice 2002, de la loi de finances pour l'exercice 2003 et d'une loi organique modifiant la loi n° 02-010 du 05 mars 2002 portant loi organique fixant le nombre, les conditions d'éligibilité, le régime des inéligibilités et des incompatibilités, la condition de remplacement des membres de l'Assemblée nationale. en cas de vacances de siège, leur indemnité et déterminant les conditions de la délégation de vote.
Les parlementaires qui se sont séparés pour l'intersession, se retrouveront en avril prochain.

A. LAM

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